Etude sur les hôpitaux , par M. Armand Husson
L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE
y sont indiqués comme des emplacements à bâtir. 11 offre de l’intérêt en ce qu’il fait connaître la destination primitive des différentes salles de l’abbaye. 11 montre encore les dessins adoptés pour les jardins, et dont les tracés en verdure représentaient par endroits des fleurs de lis. La vignette placée à la fin de ce chapitre (fig. 3) fait voir un compartiment, partie d’un carré, de l’un de ces tracés, qui sont très-bien exprimés, d’ailleurs, dans les vues perspectives qu’en donne Israël Silvestre.
Depuis 1827 nous n’avons à citer que peu de faits se rattachant à l’histoire du Val-de-Gràce.
11 en est un cependant qui est fort important parce qu’il a eu pour résultat d’apporter un changement à l’œuvre des architectes primitifs : nous voulons parler de la reconstruction en fer du dôme qui fut terminée en 1863. Les bois très -nombreux qui le composaient ayant souffert, paraît-il, on voulut les remplacer par une matière plus durable. Rondelet, dans son Traité de l’art de bâtir, a donné les dessins de la disposition de cette charpente 5 nous doutons de leur parfaite exactitude quant aux proportions générales. Cependant nous reproduisons d’après eux une coupe (PI. V, fig. 1) et deux plans pris à deux hauteurs différentes (PI. VI, fig. 1 et 2). Le système en fer qui a remplacé celui en bois (PL V, fig. 2.) et (PL VI, fig. 3) a certainement l’avantage d’être plus simple, moins lourd et incombustible, mais la dilatation des fermes en tôle qui le composent doit être très-sensible en même temps que très-inégale; leur pied est, il est vrai, garni de sabots graissés d’huile dans lesquels elles peuvent agir aujourd’hui librement. Mais, privées de tout système d’enrayure, et plus tard peut-être d’entretien, n est- il pas à craindre qu’elles aient, par la suite, une
fâcheuse action sur les maçonneries qui les supportent.
Une inscription placée sur la paroi intérieure du mur de l’attique relate ce qui suit :
1862-1863. Restauration des Maçonneries extérieures et Sculptures de la Nef, des Tambours du Dôme et de la Coupole.
1864. Reconstruction incomplète du Dôme.
1865. Achèvement de la reconstruction des Maçonneries extérieures du Chevet et de ses Sculptures.
Darodes, chef de bataillon du Génie1.
Ce fut vers la même époque (1863) que l’on fît une découverte dans l’ancien cimetière placé au Sud du pavillon Sud-Est et dontle milieu en était distant d’environ cinquante mètres : lors de la construction du mur de clôture qui sépare les jardins de l’hôpital des cours de l’Ecole de chirurgie, on y retrouva environ quinze petites dalles de cinquante centimètres carrés, qui ont été employées depuis au pavage des galeries du cloître et dont les inscriptions sont à demi effacées 2.
x. Ce travail a été exécuté sous la direction supérieure de M. le colonel du Génie Javain, et la surveillance de M. Duval, garde du Génie.
2. L’une d’elles a recouvert le corps d’une religieuse venue du Val-Profond ; on y lit :
Cy-gijt Sr Marie Hervé D' de S'—Laurens , profeffe de cet ordre de nojtre bienheureux père Ss-BenoiJl ; laquelle a pris l'Habit en l’abbaye du Val-Profond et y a faicl fa prof effion le 3 juillet 1616, aagee de 37 ans. Elle eft dèceddée en cefte abbaye royalle de Nojire-Dame du Val-de-Grâce le 24 novembre 1633, aigee de 76 ans 8 mois moins un jour. — Prieç pour fort ame s’il voujl plaijl.
O11 lit sur une autre dalle :
Icy repofe le corps de soeur Magdeleine Claire de Canouville de Raffetot de Sl-Bernardj religieufe du chœur } profeffe de l’ordre de notre bienheureux père S'—Benou laquelle ayant receu l'Habit de religion en cette abbaye royalle de Notre-Dame du Valde-Grace} apres l'année de fon Noviiiat } a fait fa profejjion le 21 janvier 1664 agee de 17 ans et 7 mois. Elle y est décédée le 8 avril 1721 , âgée de 73 ans. — Priep pour son âme.
L’EGLISE ET LE MONASTÈRE
Nous avons parlé précédemment du groupe de la Nativité, de François Anguier, qui avait été fait pour l’église du Val-de-Grâce. Napoléon Ier le donna à l’église Saint-Roch. Le maître-autel fut détruit; un autel de bois, sans style, le remplaça dans la suite. La fabrique de Saint-Roch, sollicitée depuis pour rendre le groupe au Val-de-Grâce, s’y refusa absolument.
En décembre 1868, Msr Darboy, archevêque de Paris, grand aumônier de l’Empereur, conseillé par M. l’abbé de Beuvron, demanda au souverain de restituer à peu de frais le maître-autel pour y placer la copie du groupe d’Anguier déjà commandée à divers artistes. Napoléon III, éclairé sur la nécessité d’adopter pour cette restitution des moyens en rapport avec l’importance historique et artistique du monument, écrivit de sa main sur la requête de l’Archevêque : Je tiens à ce que l’autel soit rétabli tel qu’il était. Napoléon.
Le groupe de la Nativité fut donc reproduit. M. Lequien fut chargé de la statue de la Sainte-Vierge, M. Desprez, du Saint-Joseph, et M. Clément Denis, de l’Enfant-Jésus. Ce dernier statuaire, jeune encore, mourut pendant le siège de Paris, après avoir cependant terminé son œuvre,
11 ne restait de l’ancien maître-autel, en plus du palier, que la trace de son contour dans la mosaïque de marbre du sanctuaire ; il se trouva que les plinthes des figures d’Anguier, dont la forme primitive eût été dans cette circonstance d’un grand secours, avaient été jadis dénaturées; d’anciennes gravures donnaient quelques indications contradictoires; enfin des descriptions assez détaillées de ce maître-autel existent dans Le Maire, Germain Brice et Hurtaut. Piganiol de la Force reproduit en partie celle de Germain Brice en la développant.
Le Maire dit de plus que les piédestaux qui portaient Je groupe étaient de marbre mixte, de couleur rouge et autres.
C’est surtout au moyen de ces documents écrits qu’un projet de restauration de cet autel, ayant double face et deux expositions superposées et en sens inverse, put être étudié et mis à exécution en suivant les intentions du donateur 1 .
i. L’auteur de ce livre en fut chargé. Voici un extrait de son rapport en date du xer septembre 1869 :
« La première opération, pour l’étude du projet, a été, après avoir enlevé l’autel de bois qui avait remplacé le monument primitif, de rechercher les traces des anciennes dispositions qui auraient pu s’y rencontrer. De ce côté, j’ai été assez heureux pour trouver encore en place les marches et le palier de l’autel, ainsi que les contours exacts des piédestaux du groupe de la Nativité. J’avais donc des dimensions certaines et des formes arrêtées pour établir sûrement la projection horizontale de l’autel primitif, chose indispensable pour ponvoir placer plus tard les figures d’Anguier, comme il convenait, et selon la pensée du célèbre statuaire. Je retrouvai aussi quelques débris de marbre indiquant les couleurs qui avaient été employées. »
« En second lieu je dus rechercher ce qui avait été écrit et publié sur cette partie importante de l’église depuis sa fondation. »
Voici ce que dit à ce sujet Germain Brice ( Nouvelle Description historique de la ville de Paris , 8e édition, Tome III, 1725, p. 115) .
« Au milieu et derrière ces belles figures qui sont grandes comme nature, il « s’élève un tabernacle tout doré, en forme de niche, soutenu de douze petites « colonnes, posées sur un plan courbe, qui portent un demi-dôme, quatre de « face, le reste dans l’enfoncement; c’est dans ce tabernacle que le Saint-Sacre- « ment est exposé les jours des grandes fêtes. »
Piganiol de la Force (Tome VI, p. 9) dit de son côté :
« Le grand autel est dans l’axe du fond opposé à la nef et de l’invention de « Gabriel Le Duc. »
« L’intention de la reine Anne d’Autriche fut qu’on représentât ici une étable « très-richement ornée, pour relever la pauvreté de celle où le Verbe éternel a « bien voulu naître. »
« Sur l’autel qui est sur ce baldaquin, est la crèche, dans laquelle est l’Enfant- « Jésus, accompagné de la Sainte-Vierge mère et de Saint-Joseph, toutes figures « de marbre blanc, grandes comme nature et sculptées par François Anguierre.»
« Le parement de cet autel est un bas-relief de bronze doré, qui représente
L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE
Le bas-relief, de bronze doré, la Mise au tombeau, placé primitivement sur le devant de l'autel n’a pas été retrouvé. U en existe un, de la même dimension, représentant le même sujet, sur le devant du maître-autel de la cathédrale de Séez (Orne). 11 est un peu moins ancien, mais son genre de beauté
« une descente de croix, et est aussi de l’ouvrage de François Anguierre. Entre « les trois figures dont je viens de parler, mais derrière, est un tabernacle en « forme de niche, soutenu par douze petites colonnes qui portent un demi-dôme. « On ne voit de ces colonnes que les quatre qui sont de face, car les huit autres « sont dans l’enfoncement. »
« Cet autel est double, car il y en a un autre derrière qui sert aux religieuses « et à la chapelle du Saint-Sacrement, qui est interne, par l’ouverture de laquelle « elles reçoivent la communion, et adorent le Saint-Sacrement qui est exposé « au principal autel en un riche tabernacle sans être vu des externes... »
« Plusieurs gravures anciennes de la Bibliothèque impériale qui représentent le maître-autel du Val-de-Grâce indiquent d’une manière générale les dispositions dont il s’agit, et fixent, dans une certaine mesure, l’idée qu’on peut se faire de ce remarquable monument. »
« Le devant du tombeau de l’autel était, d’après les renseignements ci-dessus, orné d’un bas-relief de bronze doré, qui, transporté au musée des Petits-Augustins, fut reçu par Alexandre Lenoir le y prairial an II. Sa sortie du musée n’est pas constatée, de sorte qu’on ignore ce qu’il est devenu depuis cette époque. » « Cette représentation de la Nativité, couronnée par le Saint-Sacrement, offre un ensemble rempli de grâce et d’unité; le baldaquin, très-élevé, ne peut être que l’expression et l’enveloppe protectrice d’une forme également élevée, surmontée d’une exposition. Aucun rhythme architectural ne pourrait d’ailleurs faire admettre sous ce baldaquin une silhouette horizontale, et si Ms1' l’Archevêque de Paris a demandé un simple tombeau d’autel, sans exposition au-dessus , c’était probablement dans la pensée de diminuer la dépense. »
« Les copies du groupe de la Nativité sont d’un poids considérable qui ne permettrait pas de construire les parties inférieures avec des matériaux légers. Aussi devront-elles être établies en pierre massive revêtue de marbre de couleur d’une grande épaisseur. C’est le ton rouge de Flandre qui devra dominer; quelques fonds ou filets en blanc veiné et en noir antique seront mêlés conformément aux indications résultant des fouilles que j’ai faites. »
« L’exposition sera en bronze doré ainsi que divers autres ornements... » « Une inscription faisant connaître le don de l’Empereur, serait placée, suivant le vœu de Msr l’Archevêque de Paris, sur le maître-autel... »
et son caractère paraissaient convenir; il fut snrmoulé, fondu à Paris et mis en place, ainsi que tous les autres bronzes, par M. Poussielgue. La marbrerie a été exécutée par M. Séguin, et les modèles des figurines d’ange, en bronze, qui supportent la couronne royale, par M. Cambos, statuaire.
L’inscription suivante est gravée sur le devant de l’autel postérieur :
Ce maître-autel a été reconstruit par Napoléon III en 1870 sur l’emplacement de celui qu’avait fondé Anne d’Autriche et qui fut détruit en ijç/j'.
La planche VII représente une vue de la façade principale, et la fig. 2 une coupe perpendiculaire à cette face faisant voir les deux expositions superposées et les deux autels adossés.
Les travaux étaient à peine achevés que la guerre de 1870 éclata, et le nouveau maître-autel ne put être consacré que le 28 juillet 1872 par Mgr Jeancart, évêque de Césame.
L’Europe entière sait qu’au Val-de-Grâce est installé, dans des conditions toutes spéciales d’étendue et de salubrité, l’un des plus beaux hôpitaux militaires du monde. Pendant l’investissement de Paris par les Prussiens, le dôme de l’église portait à son sommet le drapeau des ambulances, que, vers les derniers temps du siège, les intempéries réduisirent en lambeaux. Il faut le dire à la honte de l’ennemi, le dôme fut le point de mire continuel de son artillerie : soixante-douze obus tombèrent tout autour, sur les bâtiments où ils portèrent l’incendie, ou dans les jardins