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Les lettres sont dorées, le tond est de marbre blanc

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qui en furent labourés. Heureusemsnt le tir, dont l’intention était manifeste, fut souvent maladroit : il ne frappa l’église qu’en trois endroits sans y causer beaucoup de mal et n’atteignit pas la coupole ; un seul projectile bien dirigé frappa la lanterne et brisa la cloche qu’elle contenait. Quant aux malades et aux blessés dont l’hôpital était rempli, leurs

Fig. 2 (à 0,02 p. in.) .

angoisses n’en furent que plus cruelles et ils furent plus maltraités; l’une des victimes fut coupée en deux dans son lit par un obus qui n’éclata point. Et c’est une nation civilisée qui s’attaquait ainsi,. dans son aveuglement, aux malheureux réfugiés dans l’asile toujours respecté de la

douleur aussi bien qu’à l’une des plus hautes manifestations de la piété et de l’art \

i . Si notre intention dans cet ouvrage a été de ne nous occuper que de l’église et du monastère du Val-de-Grâte, on comprendra cependant que nous fassions connaître la destination actuelle des bâtiments et les différents services qui s’y rattachent.

Ces services se composent de l’Hôpital militaire proprement dit, et de l’ École d’application de Médecine et de Pharmacie militaires.

Le personnel de l’hôpital militaire comprend actuellement :

i° Un médecin militaire en chef ou principal (M. Gaudelier), cinq professeurs titulaires et dix professeurs agrégés, qui tous assurent le service médical des huit divisions de malades et sont en même temps professeurs à l’Ecole de médecine ;

2° Un pharmacien en chef et deux professeurs agrégés de pharmacie;

3° Un officier principal d’administration comptable, huit officiers d’administration et cent quatre-vingts infirmiers militaires; les officiers sont spécialement chargés du service des écritures à tenir au bureau des entrées, de la dépense, du matériel et de la compagnie ; ils veillent aux réceptions des denrées et à l’entretien du mobilier ainsi qu’à la discipline du détachement; le nombre des infirmiers peut être porté à trois cent trente-cinq ;

4° Trois cent quarante-deux malades, dont trente-cinq officiers et trois cent sept sous-officiers et soldats ; les salles peuvent recevoir quarante-six officiers et huit cent sept sous-officiers et soldats;

5° Deux aumôniers, dont un en chef, M. l’abbé de Bertrand de Beuvron, et trente et une sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ( ce nombre peut être porté à quarante) à la tète desquelles est Mmela comtesse de Moissac. Les sœurs sont spécialement chargées de la cuisine, de la dépense, de la cave, de l’entretien et des distributions du linge et des effets ; elles dirigent l’atelier des couturières et la préparation du linge à pansement relavé avant d’être remis en service ;

6° Un garde du génie, M. Duval, chargé de l’entretien des bâtiments sous la direction de M. le lieutenant-colonel Laussedat, commandant la rive gauche, et dépendant lui-même du service de M. le général du Génie de Courville.

7® Enfin le service de la lingerie. Ce service est fait par seize femmes, et celui de la blanchisserie par trente et une autres. Elles s’occupent du linge de l’Hôpital et de l’École de médecine, et de celui des Hôpitaux militaires du Gros- Caillou et de Vincennes. Les transports sont faits par le Train des équipages.

Il y a deux concierges et un poste de quarante-deux hommes.

Les divers services sont la Cuisine, la Dépense, la Cave, la Lingerie, l’Atelier des réparations du linge et des effets, la Buanderie, le Magasin du matériel, des

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Couvertures, de la Paille de couchage et de Matelasserie, les services de Menuiserie, Serrurerie et Ferblanterie, de Cordonnerie, de Peinture et Vitrerie, de Lithographie, des Bains et des Jardiniers.

L’Ecole d'application de médecine et de pharmacie militaires est dirigée par M. le docteur Laveran, inspecteur du service de santé. Le personnel de santé pour l’enseignement est de vingt et un professeurs. Les élèves sont au nombre de cent quatre-vingt-huit, en deux promotions. Il y a deux employés d’administration et dix-neul infirmiers et employés. En tout deux cent trente et une personnes.

Il existe à l’Ecole de médecine un Musée d’histoire naturelle et un d’anatomie, une Salle des modèles et un Atelier pour leurs préparations, un grand Amphithéâtre de dissection, trois Amphithéâtres de cours, plusieurs Laboratoires, un Arsenal de chirurgie, une Bibliothèque et un Jardin botanique.

Le total des personnes malades ou formant le groupe de l’Hôpital du Valde-Grâce et de l’Ecole de médecine est de mille à douze cents.

Nous venons d’exposer les faits principaux de l’histoire de l’abbaye royale du Val-de-Grâce et la pensée cpii en a dicté les dispositions. Analysons maintenant le monument lui -même, et nous verrons comment les artistes charges des travaux ont répondu au programme qui leur avait été proposé.

11 ne faudrait pas juger du mérite artistique d’un architecte et de son œuvre sans tenir compte des formes, bonnes ou mauvaises, généralement adoptées par ses contemporains, et sans admettre ces formes, au moins momentanément. On doit faire la part des faiblesses inhérentes à certaines phases de l’art dans ses évolutions. A aucune époque les artistes, pris séparément, n’ont inventé un style d’architecture; ils expriment, avec leur goût personnel, les idées de leur temps, idées auxquelles peuvent s’allier des erreurs admises par toute leur génération comme étant la vérité, et dont on ne peut les rendre absolument responsables.

La Renaissance italienne a apporté en France l’emploi excessif des ordres antiques. Depuis cette époque nous n’y

avons pas renoncé, nous les avons appliqués peut-être diffé-

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remment, Sous Louis XIV, les nefs des églises sont décorées de placages d’ordres complets, et les 'façades, de plusieurs étages d’ordres; des ordres encore enveloppent l’étage des fenêtres au-dessous des coupoles. Que l’on ait pensé que la colonne antique soit une des plus belles conceptions de l’art, personne n’y contredira ; toutefois on peut dire que l’usage en est devenu très-fréquent, et qu’en général, dans ces édifices, la raison ne saurait toujours justifier une décoration faite d’éléments pris d’ordinaire tels quels dans l’antiquité, où ils ne remplissent pas les mêmes fonctions.

Mais une fois ce fait reconnu, et quoiqu’il s’agisse souvent d’une reproduction trop littérale, il reste encore à voir dans quelle mesure les architectes du temps, dont le mérite de quelques-uns d’ailleurs était considérable, liés par l’innovation qui était venue s’imposer, ont pu donner satisfaction aux exigences du culte, et manifester dans leurs œuvres un sentiment noble, élevé, relativement libre et digne en un mot de l’art de l’architecture. Cet usage d’orner les édifices avec des ordres trouvés à l’avance, et dans lesquels on n’introduisait que rarement des éléments nouveaux, a eu pour résultat d’enlever une grande partie de l’intérêt qu’auraient pu présenter les monuments des xvne et xviii'' siècles. 11 est cependant des exemples où l’inspiration des artistes se manifeste non-seulement par la belle proportion des ordres et la magnificence des moyens de construction, mais encore par l’originalité des dispositions et le talent réel avec lequel sont traités certains détails. C’est précisément à ce point de vue que nous voulons nous placer pour étudier l’église et le monastère du Val-de-Grâce qui offrent ces qualités, et qui en font, nous le répétons, la plus remarquable peut-être des productions de l’art de cette époque.

Les dispositions générales de l’ancienne abbaye sont indiquées sur notre plan d’ensemble (PL III), à l’échelle d’un centimètre pour six mètres, sur lequel il est très-important de jeter une seconde fois les yeux1.

Une cour d’honneur, dont l’entrée est fermée par une grille le long de la rue Saint-Jacques, précède l’église, qui a sa façade principale tournée vers le couchant, suivant l’usage traditionnel observé encore une fois ici pour tomber plus tard en désuétude. La rue perpendiculaire à cette façade, qui porte le nom de rue du Val-de-Grâce, a été ouverte en grande partie sur l’emplacement du Couvent des Carmélites où s’étaient retirées, en 1676, Louise -Françoise de La Beaume Leblanc, duchesse de La Vallière, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde, et, plus tard, madame de Montespan, sa rivale, à laquelle elle prodigua, comme on sait, les soins les plus touchants. Cette rue ne communiqua définitivement avec la rue Saint-Jacques qu’en iBii; la partie comprise entre les rues de l’Est et d’Enfer a été percée suides terrains dépendant des Chartreux.

La nef de l’église est formée de trois travées donnant accès à six chapelles, trois de chaque côté, qui 11’ont jamais été entièrement achevées, du moins en ce qui concerne les autels 2. A la suite vient la coupole repo-

1. M. le général de Courville, Directeur du Génie, à Paris, dans le service duquel se trouve le Val-de-Grâce, et qui connaît toute la valeur artistique et historique de ce monument, a bien voulu mettre à notre disposition, avec la plus grande complaisance, divers dessins très -exacts qui nous ont aidé à faire les planches III, IV et VIII.

2. Les six chapelles devaient être placées sous le vocable de trois rois et de trois reines qui étaient devenus des saints sur le trône : saint Canut, roi de Danemark; saint Eric, roi de Suède; saint Louis, roi de France; sainte Clotilde, sainte Bathilde et sainte Radegonde.

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sant sur pendentifs et entourée de trois chapelles principales, de formes différentes : l’une, dans l’axe, au delà du dôme, destinée à l’adoration du saint-sacrement; la seconde, à gauche, sous le vocable de Sainte-Anne, patronne de la Reine, et située au-dessus du caveau où étaient déposés les cœurs des princes du sang; et enfin, la troisième, à droite, dédiée à Saint-Louis, patron du Roi, qui servait de chœur aux religieuses et communiquait avec la communauté. Les sacristies sont placées sur le côté droit de la nef, c’est-à-dire au sud : A était celle des religieuses ; ficelle des ecclésiastiques.

A la suite du chœur des religieuses, en s’éloignant du dôme, on trouve l’arrière-chœur C, sous lequel on passait pour se rendre au pavillon de la Reine, puis le clocher octogone, D. Le cloître, de forme rectangulaire, se compose de deux étages de galeries superposées autour desquelles étaient groupés les divers services nécessaires au couvent, tels que, au rez-de-chaussée, la Salle capitulaire E1, la Cuisine F , le Réfectoire G, occupant la hauteur des deux galeries, et, au premier étage, ainsi qu’aux étages supérieurs, les Dortoirs, les Cellules, etc.

t. La Cuisine actuelle est dans cette ancienne Salle capitulaire. Le Réfectoire a été transformé en Musée d’anatomie, et la cour de l’École de médecine militaire était la basse-cour.

Antérieurement à 17J2 un réservoir monumental était placé au milieu de cette cour. Il est actuellement pris dans l’épaisseur d’un bâtiment où sont les laboratoires. Il était orné d’une niche sur chaque face. Dans celle qui est encore apparente à l’extérieur on a placé la statue du docteur Broussais, par Bra. Entre ce réservoir et la rue Saint-Jacques il 11’y avait plus que des terrains à bâtir traversés en biais par une rue dite du Sançonnet à l’entrée de laquelle on voyait un puits public et un calvaire, et qui passait à l’angle du pavillon sud-ouest du monastère ; on peut constater aujourd’hui la direction de cette voie par le mur séparatif de quelques maisons bâties sur son alignement; elle est d’ailleurs trèsvisible sur notre plan général.

Les fenêtres de l’ancienne Salle capitulaire et des réfectoires sont ogivales, et les murs sont garnis en dehors de contre-forts saillants couverts par des talus ressautés, comme on avait l’habitude de le faire aux époques antérieures. Les grandes voûtes d’arêtes barlongues qu’ils maintiennent sont formées de berceaux elliptiques surhaussés, pénétrant le grand berceau principal qui est à plein cintre. Malgré que les arcs des fenêtres ne soient pas extradossés, les murs sembleraient être d’origine plus ancienne que ceux environnants. Du côté de l’église le mur du premier étage est en retraite sur celui du rez-de-chaussée comme s’il était le résultat d’une surélévation. On sait que lorsque la Reine acheta le Petit-Bourbon il existait déjà quelques bâtiments, et que c’est dans l’un d’eux que Henri IV. maître du faubourg Saint-Jacques, passa la nuit du mercredi ier novembre 1 589. et y reposa trois heures sur un lit de paille fraîche. Ces murs percés de fenêtres ogivales étaient- ils déjà debout? Le plan général est tellement plein d’unité qu’il ne permet peut-être pas d’admettre une semblable hypothèse.

En tout cas, cette partie des bâtiments, où l’on a marié librement la forme ogivale avec le plein cintre et la platebande, n’est pas la moins intéressante de l’abbaye : la façade des réfectoires, surtout, est fort remarquable par son originalité et son grand caractère. Le clocher, ainsi qu’on peut le voir par la disposition des assises de pierre qui 11e se raccordent pas avec leurs voisines, a été construit après la salle capitulaire1.

L’axe du cloître ne correspond pas avec celui du dôme ; il est rejeté au delà, de manière que l’une des deux galeries

1. Les quatre cloches qu'il contenait y furent suspendues le 4 février 1662.

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débouche vers le milieu de la première cour de service. Quatre pavillons flanquent les angles extérieurs des bâtiments ; ils sont disposés de façon à ne pas encombrer ces angles ni les priver de lumière. L’un d’eux, celui qu’habitait la Reine, est placé, avons-nous dit, du côté du jardin en regardant l’église ; on pouvait y arriver en carrosse en traversant le rez-de-chaussée des bâtiments et sans pénétrer chez les religieuses. On se rappelle qu’un péristyle d’ordre ionique à bossages, en décore l’entrée.

Fig. 4. — Bouton en fer des portes du cloître. Demi-exécution.

11 faut remarquer ici l’isolement, ou plutôt l’éloignement exceptionnel, qui existe entre le monastère et l’église f On sait en effet que dans les édifices de même nature, de date antérieure, les cloîtres sont adossés aux nefs ou aux collatéraux des églises, soit au nord, soit au midi, afin déconcentrer

t. On voit une disposition beaucoup moins belle, mais se rapprochant un peu tic celle-ci, à l’abbaye royale de Saint-Denis construite par Robert de Cotte, de 1718 à 1752.

davantage tous les services. Ici, le clocher, l’arrière-chœur et le chœur des religieuses étant le trait d’union entre le cloître et l’église, toute satisfaction était donnée aux besoins religieux et matériels, et l’isolement adopté avait pour conséquence de faciliter l’éclairage et l’aération des distributions.

De jolis boutons en fer ciselé sont placés sur les portes du cloître. On remarque autour de ce bouton une rosace sculptée en relief, en plein bois, et prévue pour le rece-

voir. Nous donnons le profil de ce bouton (fig. 4); sa face est représentée à la fin de ce chapitre (fig. 24).

Le plan de l’église est fort remarquable. Une petite galerie, ou couloir qui l’enveloppe b (PI. III), la met, ainsi que les sacristies, en communication avec la communauté jusqu’à la chapelle Sainte-Anne en passant parcelle du Saint-Sacrement. Cette petite galerie présente un caractère de convenance et d’originalité tellement accentuées que nous devons appeler l’attention d’une façon particulière sur cette utile disposition. L’aspect extérieur en est très-satisfaisant, ainsi qu’on peut en juger par les dessins qui représentent (fig. 5) le plan d’une travée de l’étage en soubassement de la chapelle

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Saint-Louis, et (PL VIII) la coupe transversale de cette chapelle et son élévation latérale.

Ajoutons que les poussées de la grande voûte supérieure sont parfaitement maintenues par des contre-forts percés de baies de communication 5 cette galerie est construite très - solidement au moyen de murs n’ayant que trente centimètres d’épaisseur, et sa couverture est formée de grandes dalles recouvertes de plomb. Au-dessus des baies de communication, à l’extérieur, une console renversée est appareillée avec le contre-fort de façon à transmettre la poussée à la pile a, et, par suite, sur la partie inférieure du contre-fort dont la longueur est de 3™, 75.

Déjà, à l’église de l’Oratoire, à Paris, achevée vers 1630, c’est-à-dire quinze ans avant la fondation du Val-de-Grâce, CI. Métezeau avait adopté une disposition analogue pour la nef. L’église de l’Oratoire offre donc de l’intérêt par cette analogie en ce qui concerne les voûtes et les points d’appui dont* la résistance est bien combinée. On peut voir là comme un souvenir de la tradition du moyen âge pendant lequel les questions de ce genre, on peut dire, toujours ingénieusement résolues, ont si justement préoccupé les architectes de cette époque. Ici, comme à la chapelle Saint-Louis du Val-de-Grâce, il fallait de puissants contreforts : on n’a pas craint de les accuser vigoureusement.

En comparant ces constructions à celles des siècles précédents, nous croyons être dans le vrai, car les voûtes des monuments antiques sont maintenues par des massifs énormes et inébranlables, dont rien ne semble avoir gêné le développement, tandis que les églises du xvne siècle participent davantage des édifices bâtis depuis les Romains, en ce qui est de la résistance opposée aux poussées des

voûtes et de la surface de leurs points d’appui, qu’on voulait, non sans raison, aussi peu étendue que possible.

Pour les nefs garnies de collatéraux l’abandon de l’usage des arcs-boutants, en vue de supprimer certains inconvénients qu’ils présentaient, eut lieu sans qu’on songeât à remplacer leur efficacité par d’autres moyens ; il modifiait profondément le système de résistance. L’application du style romain aux édifices contemporains du Val-de-Grâce, ou bâtis quelques années après, application dans laquelle on ne tenait pas assez compte des exigences des poussées, a produit des constructions où cette saillie des contre-forts est diminuée de plus en plus jusqu’à devenir une sorte de grande console renversée, hors d’échelle, démesurément aplatie vers le haut, et par cela même insuffisante. Il n’y a qu’à jeter les yeux sur beaucoup d’entre eux pour voir que les pierres, d’ailleurs trop volumineuses et trop pesantes des voûtes, sont disjointes dans le sens de la longueur des nefs, comme cela a eu lieu, par exemple, à l’église des Invalides et à Saint-Sulpice de Paris. La coupe sur la nef du Val-de-Grâce (PI. IX) nous montre, au contraire, une disposition dont les conditions de stabilité sont parfaites.

La façade postérieure de la même église nous paraît tellement préférable à celle opposée que nous avons cru devoir en donner une vue (PI. X). On y constate une richesse et une unité de conception vraiment remarquables, un sentiment tout particulier de la valeur relative des pleins et des vides comme des surfaces nues et des parties ornées, et enfin une harmonie et une majesté tout exceptionnelles. La façade principale, au contraire, est conçue suivant des dispositions connues, les proportions générales du portique d’entrée sont

peu agréables et les détails en sont maigres, froids et presque vulgaires ; tandis que cette élévation du côté des jardins, sans analogue, est empreinte d’un caractère véritablement monumental et possède une fermeté de lignes qui en font, à notre avis, un chef-d’œuvre. Sans doute il faut attribuer cette fermeté à l’emploi de formes généralement carrées. Il est à remarquer en effet que les baies de la coupole sont à plates-bandes, qu’il n’existe qu’un seul étage de fenêtres surmonté d’une sorte d’attique orné de médaillons et supportant d’une heureuse façon la coupole ; que les contre- forts, relativement rapprochés, très-saillants, qui séparent les baies, pris dans une ordonnance corinthienne, sont ornés seulement de pilastres, et qu’enfîn les parties au-dessous sont larges et simples, toutes dispositions qu’on ne voit pas, par exemple, à la Sorbonne ou aux Invalides, édifices qui manquent, selon nous, de ces qualités : à la Sorbonne, les contre-forts qui soutiennent le dôme ont une moins grande saillie ; ils sont plus écartés (il y en a huit au lieu de seize1), les fenêtres sont en arc de cercle; aux Invalides, les colonnes qui entourent le dôme sont groupées inégalement sans nécessité matérielle, et il en résulte de l’indécision et une certaine mollesse dans l’aspect extérieur ; enfin il y a deux étages de fenêtres dans la tour du dôme ; celles de l’étage inférieur sont en arc de cercle et celles au-dessus sont de forme plein cintre 5 si cette disposition est plus pittoresque, elle est beaucoup plus compliquée et l’édifice perd pour ces causes de sa simplicité et de sa majesté. Le raccordement de la tour du dôme avec la partie carrée inférieure, formée par les bâtiments , présente de grandes lignes horizontales sans

1 . Il est vrai que le diamètre de la coupole est plus petit.

toits apparents, des frontons sans combles par derrière, d’où résultent des vides qui sont regrettables. Au Val-de- Gràce, au contraire, les parties analogues sont couronnées par des lanternons, et les toitures de la nef et des chapelles sont amples et bien accusées; de sorte que le tout est mieux groupé, plus rationnel et que l’unité en est plus parfaite1.

En un mot, nous dirons que la tour du dôme du Val-de Grâce se rapproche beaucoup plus que les précédentes de celle de Saint-Pierre de Rome dont l’ensemble n’en diffère que par les colonnes remplaçant les pilastres, et que la première l’emporte sur celle-ci, non par son étendue ou par sa richesse, mais par le caractère plus énergique de ses formes. La figure ( 6 ) représente le plan de l’une des

i. Nous avons reproduit sur notre gravure, planche X, la disposition primitive de la couverture en plomb de la chapelle du Saint-Sacrement ; cette couverture est actuellement en ardoises.

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piles de la tour du dôme de Saint-Pierre qu’on peut comparer à celles de notre planche VI. Ces plans sont à la même échelle.

11 faut reconnaître cependant que la silhouette de la coupole du Val-de-Grâce a, dans sa partie supérieure, une sorte d’aplatissement qui, lui donnant un peu de lourdeur, nuit à sa beauté.

Le dôme des Invalides est certainement préférable quant à la forme extérieure et il mérite sa grande renommée : la pureté de sa courbe et son élégance ont un charme indiscutable l.

i. Plusieurs auteurs ont parlé des beautés du Val-de-Grâce. Parmi les éloges contenus dans les Observations sur V Architecture par M. l'abbé Laugier } 1765, suivi de Remarques sur un livre intitulé : Observations sur l' Architecture } de M. l’abbé Laugier} par M. G. Vuillaumot , architecte , 1768. Nous citerons les suivants :

« Dans les dehors des bâtiments rien ne fait un effet plus majestueux que «les grandes élévations, lesquelles étant bien proportionnées d’ailleurs présentent «des masses qui étonnent le spectateur; et dans les édifices de conséquence, on « 11e peut trop viser à produire cet étonnement. Les dômes des Invalides et du «Val-de-Grâce ont cet avantage : ce sont de fortes masses qui, par leur éléva- « tion, se dessinent dans le vide des airs et y jouent d’une manière surprenante. « Bien des gens craignent que le dôme de la nouvelle église Sainte-Geneviève « 11e produise pas cet effet surprenant. Lourdement assise sur la masse de l’édifice « et faiblement élancée dans les airs, sa forme aura d’autant plus de désavantage «que tous les yeux feront la comparaison et sentiront le contraste avec le dôme «voisin du Val-de Grâce. Je fais cette observation d’autant plus librement qu’il « est encore temps d’éviter cet inconvénient, et que l’architecte a dans son génie «plus de ressources qu’il 11’en faut pour donner à son dôme toute la perfec-

« tion dont il est susceptible » Ce qui suit nous semble mieux raisonné:

« Une calotte en plein cintre paraît écrasée, parce qu’étant vue de bas en «haut, le rayon visuel se termine aux deux tiers de sa courbure, passe au delà en « tangente, et tout ce qui est au-dessus 11’est point aperçu. Il n’y a donc qu’une « coupe elliptique qui puisse donner à la forme de la calotte une élévation suffi- « santé au coup d’œil, Cette coupe elliptique peut être déterminée en tirant deux « tangentes de part et d’autre sur le cercle à la hauteur de 60 degrés, et en pro- « longeant la courbe elliptiquement sous l’angle que les deux tangentes forment

Mais n’oublions pas de signaler tous les éléments décoratifs distribués à l’extérieur de la coupole du Val-de-Grâce : au-dessus des contre-forts sont des enfants gigantesques portant des pots-à-feu, et adossés à des consoles renversées supportant de plus grands vases d’où s’échappent des flammes; plus haut, on a placé deux étages de petites lucarnes en plomb couronnées par des fleurs de lis; et enfin, sur la toiture de la lanterne, sont encore ajustés des potsà-feu. Cet emblème de la foi, souvent répété, donne lieu à un grand nombre de motifs se découpant sur le ciel, ainsi qu’on le faisait au moyen âge, et qui amènent la vie dans ces parties supérieures de l’édifice; ce qui contraste singulièrement, il faut le dire, avec la froide et morne coupole de notre Panthéon de Paris.

On peut regretter, au Val-de-Grâce, la disparition des dorures qui ornaient les plates-bandes en plomb disposées régulièrement à sa surface et sur la lanterne, et qui devaient beaucoup en améliorer l’aspect ; ces dorures étaient encore visibles avant la Révolution.

Il est toutefois une autre partie du dùme qui attire l’attention : nous voulons parler du garde-fou placé en dehors de la lanterne, et dont l’effet laisse à désirer. La médaille de la fondation et plusieurs gravures antérieures à 1675, comme celles de Pérelle, d 'Israël Silvestre qui représentent l’église

« ù leur point d’intersection. La calotte du Val-de-Grâce peut servir de modèle. « Elle est d’une très-belle coupe, et complète, d’une façon très-mâle, l’effet pyra- « midal de ce dôme, dont la masse entière a la forme de l’élancement le plus « majestueux. La calotte du dôme des Invalides n’est pas à beaucoup près d’une

«coupe si parfaite, sa courbe décrit une ellipse trop allongée » (Nous devons

ces extraits à l’obligeance de notre confrère M. L. Leguay.)

1. Au bas d’une gravure de ce dernier maître, on lit les quatre strophes sui-

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vue des jardins, ne font pas voir là de balustrade; d’autres auteurs, Marot et Blondel , qui sont plus récents, en indiquent une ; et Hurtaut, dans son Dictionnaire historique de la ville de Paris en constate aussi l’existence. 11 se peut donc qu’elle ait été ajoutée depuis 1675; en ce cas, Charpentier, dans sa gravure de 1762, aurait fait une omission. Cette adjonction, si adjonction il y a, serait toutefois fort ancienne, et n’est pas à l’avantage du monument; mais elle pourrait peut-être justifier l’espèce d’aplatissement de cette partie de la coupole.

On a fait remarquer à tort que la disposition qui se voit dans le plan du dôme des Invalides, celle relative aux piliers ouverts par des passages donnant accès à des chapelles, était une innovation introduite dans l’art de l’architecture par Hardouin Mansart2. S’il y a là un progrès, et nous sommes de cet avis, il faut l’attribuer à François Mansart qui, avant son neveu, appliqua ce système de construction à l’église du Val-de-Grâce ; car on sait que l’église et le dôme des Invalides ont été élevés longtemps après, de 1675 à I^91)- Quoique le dôme du Val-de-Grâce soit de plus

vantes qui montrent l’enthousiasme que produisit alors le monument, ainsi qu’on le verra plus loin :

« Une Reync sans exemple, Dont le nom est immortel, En eslevant ce beau Temple, Se send digne d’un Autel.

L’ouvrage Pompeux et beau, Belles nymphes de la Seync, Eslevez-vous sur Vostre eau.

« Pour voir d’vne grande Reyne

« L’art surpasse la Nature.

Dans ce Royal Bastiment, Et sa noble Architecture Donne de l’Estonnement.

« Vos flots auprès du Rivage, Dans leur Esclatant Miroir,

N’en feroyent pas mieux l’Image, Que Sivestre la fait voir.

I* 1779) PaSe 125-

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