Voir aux Pièces justificatives } B
2. Voir la Biographie universelle de Michaut frères, à laquelle nous empruntons ces lignes.
3. Commencé en 1633 sous le nom d’hôtel de la Vrillière, et devenu en 1821 la Banque de France.
4. Une petite vue de ce château est gravée dans la Statistique monumentale dit Calvados^ tome III (1837). L’auteur, de Caumont, attribue, à tort, sa construction à l’architecte de l’Hôtel des Invalides qui est Jules Hardouin Mansart, petit neveu de François, et dont il sera question plus loin. En effet Jean de Choisy, intendant de Metz, Chevalier, Conseiller du roi et du duc d’Orléans, seigneur de Balleroy, de Beaumont, etc., jeta les fondements du château actuel, de 1626 à 1636, et par conséquent avant la naissance de Jules Hardouin Mansart; ce château fut plus tard décore de peintures par Lemoine, peintre du roi, auteur des plafonds d’Hercule, à Versailles. Lemoine, étant né en 1688, ne put davantage être mis ;\ l’œuvre par François Mansart, quoi qu’en dise l’auteur de la Statistique.
les jardins du château de Gèvres, et une partie de celui de Fresnes, sont encore dus à Mansart. »
« La reine Anne d’Autriche, voulant signaler sa piété par un monument, résolut de faire construire le Val-de- Grâce (1645). Mansart lui fut désigné comme l’artiste le plus capable de seconder ses vues. Peu de temps après, il bâtit l’église des Dames de Sainte-Marie, de Chaillot, aujourd’hui démolie ; le château de Maisons, près Saint-Germainen-Laye (1642), mit le sceau à sa réputation. Mais à peine en avait-il, sur la demande du président de Longueil, élevé une aile, que, sans en avertir le propriétaire, il la démolit pour la refaire sur un autre plan. Cette instabilité fut cause qu’on ne le chargea pas de la construction du Louvre. Colbert lui avait demandé les plans de cet édifice ; Mansart en présenta au ministre plusieurs fort beaux, mais qui n’étaient que de simples croquis. Colbert le pressa de les arrêter et de les mettre au net afin qu’il pût les soumettre à l’approbation du roi. L’artiste ne voulut point s’astreindre à un travail qui contrariait son génie indépendant. Le Bernin fut appelé de Rome, mais Perrault eut la gloire d’élever ce grand édifice. Le dernier ouvrage de Mansart fut le portail de l’église des Minimes de la place Royale qui n’existe plus aujourd’hui. C’est lui qui a inventé cette sorte de couverture brisée qui a pris le nom de mansarde... »
On a vu que Mansart déploya tout son génie dans la construction de la chapelle du château de Fresnes, qu’il exécuta en 1647. Germain Brice 1 explique, à propos du Val-de-Grâce, dans quelle condition cette chapelle fut construite ; nous citons, mot à mot, le texte qui s’y rapporte, à
x. Nouvelle Description de la ville de Paris, tome III, 172Ç.
84 L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE
cause de l’intérêt que présentent les appréciations de l’auteur sur le talent et la réputation de l’architecte :
« François Mansart, dont on a parlé si souvent, alors le plus renommé de tous les architectes français, fut choisi comme le plus capable d’imaginer quelque chose de grand et d’extraordinaire ; et les dessins qu’il proposa furent si goûtés de tout le monde, qu’on lui abandonna la conduite de ce grand ouvrage. Il en jeta les fondements qui occasionnèrent des travaux et des dépenses immenses; car lorsqu’on ouvrit la terre pour établir les premières assises, on découvrit des carrières profondes, et il fallut descendre prodigieusement pour trouver un bon fond. Mansart fit ensuite élever les murs hors de terre jusqu’environ à la hauteur de neuf pieds. Mais cet architecte, difficile à se satisfaire, n’ayant point voulu promettre de ne rien changer aux dessins qu’il avait donnés, et ayant fait connaître, au contraire, qu’il réformerait sans façon, à mesure que l’édifice se formerait, tout ce qui pourrait lui déplaire, on pensa que ce serait courir trop de risques, et que d’ailleurs le bâtiment tirerait en longueur, aussi on lui en ôta la conduite et on la donna à Jacques Le Mercier , qui continua le bâtiment jusqu’à la hauteur de la première corniche, et ajouta au premier plan la chapelle du Saint-Sacrement qui est derrière le chevet de l’église. »
« Mansart piqué, comme on peut le croire, de ce qui venait de se passer, crut qu’il était de son honneur d’en tirer vengeance. La manière dont il s’y prit fut aussi sage qu’elle était ingénieuse. Il engagea Henri du Plessis de Guéncgaud, Secrétaire d’État, à faire bâtir une chapelle dans son château de Fresnes, a sept lieues de Paris, qui appartient présentement à Henri-François d’Aguesseau, chancelier de
France, et il y exécuta en petit1 le superbe dessin qu’il avait projeté pour le Val-de-Grâce, en cas qu’on lui eût laissé une entière liberté. On s’imagine aisément qu’il ne s’y négligea pas; jamais bâtiment ne fut fait avec plus de soin de la part de l’architecte. Aussi est-ce, au sentiment des meilleurs connaisseurs, le plus parfait morceau d’architecture qu’il y ait dans le royaume.»
Ce château, devenu la propriété du chancelier d’Aguesseau, resta dans sa famille jusqu’en 1826, époque où mourut le marquis d’Aguesseau, pair de France. La comtesse de Ségur en hérita et le vendit à une société de spéculateurs qui le démolit pour bénéficier des matériaux.
Mansart fit encore les châteaux de Bercy, de la Ferté- Reuilly (Indre), reconstruit en 1859, de Choisy-sur-Seine, de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret), de Petit-Bourg, près Corbeil ; on lui attribue l’hôtel de ville de Troyes.
Ce qui nous reste aujourd’hui, principalement, en dehors du Val-de-Grâce, pour apprécier le talent de François Mansart, c’est donc le château de Maisons-Lafitte, qui a été gravé en sept planches par Mariette, et le temple Sainte-Marie, rue Saint-Antoine, qui faisait autrefois partie du couvent de la Visitation des Filles-de-Sainte-Marie, dont saint François de Sales, évêque de Genève, fut le fondateur. La supérieure, Hélène-Angélique L’Huillier, fit bâtir l’église du couvent, en 1632, sur le modèle de Notre-Dame-de-la-Rotonde, à Rome. Mansart, chargé des travaux, l’acheva en 1634; elle prit le nom de Notre-Dame-des- Anges. Ce couvent fut supprimé en 1790 et devint propriété nationale. Le 12 fri-
1. La coupole de la chapelle de Fresnes n’avait guère que le tiers de celle du Val-de-Grâce.
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maire an XI, un arrêté des consuls a concédé à la ville de Paris l’église Sainte-Marie pour être affectée à l’exercice du culte réformé.
La nièce de François Mansart, Marie Gauthier, épousa Jules Hardouin, premier peintre du roi 5 elle en eut un fils auquel on donna le prénom de son père et qui annonça de bonne heure les belles dispositions d’artiste que la nature lui avait départies. A cause de la grande réputation qu’avait acquise son grand’oncle, il prit le nom de sa grand’mère, et se nomma Jules Hardouin, dit Mansart, et enfin Hardouin Mansart. Il finit par recueillir toute la succession de la renommée attachée à ce nom depuis un grand nombre d’années sans atteindre cependant, croyons-nous, à la hauteur du talent de François. Telle n’est pas l’opinion de Quatremère de Quincy : S’il n’a pas, dit-il dans son recueil, donné place à François Mansart, c’est que ce recueil est un choix des plus célèbres architectes, ou de ceux qui méritent de l’être. Il parle de l’indépendance de son génie qui le portait à changer sans cesse d’idées et qui lui fit perdre beaucoup d’occasions de s’immortaliser. A cet égard il nous rassure sur le neveu : Jules Hardouin, ajoute-t-il, était l’un de ces
hommes qui sont tout à la fois l’instrument et le moteur des grands projets, et tels que Louis XIV savait les trouver.
Il devint en partie [ministre du grand roi qui le fit surintendant et ordonnateur général de ses bâtiments ; aucun architecte n’eut autant de crédit, de fortune et d’honneurs. On trouve en effet dans un mémoire qui lui est adressé par Marinier, commis des bâtiments du roi sous Colbert, Louvois, et Mansart1, la suscription suivante, qui fait voir
Mémoires du duc de Saint-Simon. Notes? p. 507^ vol. XII, édition 1857.
comment on savait encore à cette époque honorer les artistes de mérite. Cette suscription est ainsi conçue : « A monseigneur, monseigneur Hardouin Mansart, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, conseiller du Roi en ses conseils, surintendant et ordonnateur général des batiments, jardins, tapisseries, arts et manufactures de Sa Majesté. »
Qu’il nous soit permis, non de contester ici le mérite réel de l’auteur du dôme des Invalides, Jules Hardouin, mais de faire remarquer que l’indépendanee dont fît preuve François Mansart est une de ces faveurs que la nature n’a pas accordées à tous les artistes, et qu’il n’y a peut-être pas lieu sur ce point de blâmer cet architecte autant qu’on l’a fait, et cela plus particulièrement encore si ses intérêts personnels en ont souffert. Le fond du caractère de François Mansart ne semble pas avoir été, à proprement parler, l’orgueil, puisqu’il n’hésitait pas à détruire aussitôt celles de ses œuvres qu’il avait jugées mauvaises. Néanmoins des faits de cette nature sont condamnables, et on peut en conclure que son jugement a pu parfois manquer de sûreté. Rappelonsnous d’un côté que les dépenses considérables résultant de l’état vraiment exceptionnel du sol sur lequel fut bâti le Val-de-Grâce (Notre plan pl. II l’indique) ont été l’un des graves motifs de la disgrâce de Mansart, et que, d’un autre côté, la chapelle du château de Fresnes passait pour être le chef-d’œuvre d’architecture de cette époque. Ces faits ne sont-ils pas de nature au moins à atténuer grandement les torts qui lui furent imputés?
A cause de son caractère entier et de sa haute position, il eut des ennemis. Si plus tard Le Mercier dut se débattre et se défendre contre Le Poussin qui obtint qu’on modifiât les projets de décoration intérieure de l’architecte du Louvre,
L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE
nul doute que l’auteur des plans du Val-de-Grâce n’eût aussi devant lui des peintres et des sculpteurs qui cherchaient déjà à exercer leur art avec cette fâcheuse indépendance qui ne peut, s’il s’agit de décoration générale, que nuire à son unité. Nous voyons la preuve de certaines agressions passionnées et toutes personnelles dont fut victime François Mansart, dans la gravure faite en 1 6 5 1 1 par Michel Dorigny, peintre et graveur, élève et gendre de Simon Vouet. Cette gravure a pour titre : La Mansarade, ou pompe funèbre du maltôtier de la vertu. On lit, du côté gauche, Va\i- Voir excudit ; et de l’autre, avec privilège de M. Mansart. Elle a été reproduite, inexactement quant au paysage, dans le 17e volume du Magasin pittoresque . « Le célèbre architecte, » dit M. Bonnardot dans son Histoire artistique et archéologique de la gravure en France, « portant un pied de ne\, chevauche sur un âne entre Montmartre et le gibet de Montfaucon ; son cou se trouve engagé dans une échelle appuyée sur ses épaules; à la main droite, il tient une sonnette; derrière lui un singe lui tient un parasol. »
Comme détails topographiques on y remarque les bâtiments de l’abbaye de Montmartre et plusieurs moulins à vent et les ruines du gibet, dernière étape des malfaiteurs.
Selon l’estampe, il voulait « s’enrichir aux despens des vertueux artisans, digne pensée du fils d’une meusnière dont il est issu, et qui sent bien du moulin à vent où il a esté forgé puisqu’il lui en est tant demeuré dans le cerveau ».
Suit un long texte, tissu d’injures grossières et d’accusations violentes. C’est un fdel advertissement à ceux qui font bastir pour se garantir de ses grivellées et de ses ruines.