‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 19 sur 30 · Abécédaire de Mariette, vol · texte numérisé non relu

Abécédaire de Mariette, vol

1607. Il y grava aussi, en 1620, le catafalque de Henri III dont il avait fait les dessins

En 1627, il construisit le château de Silly (Seine-et-Oise). Richelieu le chargea, en 1629, de la construction de deux édifices fort importants : le Palais-Cardinal et le collège de la Sorbonne.

Le Palais-Cardinal, ou Palais-Richelieu, prit le nom de Palais -Royal après la donation qu’en fît le ministre au roi; celui-ci l’habita avec la régente Anne d’Autriche. Ce monument a été transformé maintes fois depuis cette époque; aussi ne reste-t-il aujourd’hui de l’œuvre de Le Mercier que quelques parties de la seconde cour où l'on voit encore des proues sculptées en relief avec des ancres et autres attributs de marine, qui furent reproduits également dans la décoration du château de Richelieu, en Poitou, par le même architecte, attendu la charge de surintendant de la marine et du commerce dont le propriétaire était revêtu. Le Mercier reconstruisit aussi l’église paroissiale de Richelieu.

Quant au collège de la Sorbonne il avait été fondé, on

1. M. Adolphe Lance, dans son Dictionnaire des Architectes français , fixe à l’année 1585 la naissance de Le Mercier. Il ajoute : « Quatremère de Quincy « dit qu’on a de lui deux estampes datées de Rome, l’une de 1607, l’autre de « 1620. A ce compte il aurait séjourné au moins treize ans en Italie, à moins qu’il « n’y ait fait plusieurs voyages. Mais Quatremère a dû se tromper, car en la « même année 1620, Le Mercier se rendit de Paris au Havre pour inspecter les « travaux de l’église Notre-Dame de cette ville. Sans doute il aurait pu se trouver « à Rome, à Paris et au Havre dans la même année, mais il est difficile d’ad- « mettre qu’il ait abandonné sa charge d’architecte du roi pour aller à Rome « graver une estampe. Evidemment cette date de 1620 a été mal lue par Quatre- « mère, ou bien Le Mercier, qui gravait à Rome en 1620, n’a rien de commun « avec l’architecte du roi. »

Cette opinion nous semble fondée.

L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

le sait, en 12 5 2, par le confesseur du roi saint Louis, Robert Sorbon, dont il prit le nom. On y logeait et entretenait quelques pauvres clercs qui étudiaient la théologie 5 ce fut le premier collège de l’université destiné à cette étude pour des séculiers, et c’est de là que sont sortis les plus illustres théologiens. Richelieu voulait rendre ce monument le plus superbe qu’il serait possible ; mais il mourut en 1642, c’est-à-dire avant l’achèvement des travaux qui avaient été commencés le 4 juin 1629. Le Mercier avait conçu les plans de l’ensemble du collège ; il ne commença l’église que six ans après 5 Richelieu en posa lui-même la première pierre au mois de mai 1 635. Elle fut construite tout entière par ce même architecte, circonstance heureuse qui permet d’apprécier son mérite au moyen d’une oeuvre authentique, et qui n’a pu être que favorable à l’unité de celle-ci; cela ne peut se faire malheureusement lorsque plusieurs artistes ont mis successivement la main à un même édifice.

Le maître-autel de cette église n’était pas de Le Mercier; il avait été élevé sur les dessins de Pierre Bullet, et n’existe plus. A en juger par la description qu’en donne G. Brice, il devait être d’une grande richesse.

Le tombeau de Richelieu, placé autrefois dans le chœur et aujourd’hui dans le transept de droite, n’est pas non plus l’œuvre de Le Mercier; il aurait été composé, dit-on, par Charles Lebrun, et a été exécuté par le célèbre sculpteur François Girardon.

Le Mercier eut sa large part, non dans l’invention, mais dans la construction de la cour du Louvre, car il suivit les plans de Pierre Lescot pour le rez-de-chaussée, le premier étage et l’attique, en conservant la disposition géné-

raie de la partie inférieure du pavillon de l’Horloge. II surmonta, dit Quatremère de Quincy, la masse inférieure du pavillon, d’une sorte de dôme dont il décora l’élévation par six figures de femmes cariatides, faisant fonction de colonnes accouplées et adossées. A l’exception de ce dernier étage, rien n’appartient en propre à l’auteur comme invention, et l’étonnement naît quand on compare le style de cet étage avec la Sorbonne. La grande différence qui existe entre ces deux œuvres ne pourrait, selon nous, s’expliquer que par une rare souplesse du talent de cet artiste, ou par la faible part qu’il prit à l’étude des formes adoptées.

Comme architecte du roi, Le Mercier fut encore chargé de dresser un projet de décoration intérieure de la grande aile du Louvre joignant les Tuileries, projet qui fut modifié sur la demande du Poussin, afin de pouvoir y placer des peintures à sa convenance ; mais les nouvelles dispositions n’eurent pas un meilleur sort. Le Mercier s’en plaignit. Vouet et Feuquières, rivaux du Poussin, sans avoir son mérite, se joignirent à l’architecte, et les tracasseries qui en résultèrent furent cause de la suspension définitive des travaux.

A cette époque de décadence de l’architecture, l’architecte perdait de sa prépondérance. Nous venons de voir l’espèce d’anarchie qui en résultait. Ce genre de désordre s’introduisait dans l’art pour arriver jusqu’à nous.

Nous avons vu que François Mansart conduisit les travaux de l’église du Val-de-Grâce jusqu’à 9 pieds au-dessus du sol de l’église, et que sa disgrâce arriva par suite des dépenses considérables qu’ils avaient occasionnées autant que par l’indépendance trop absolue de son caractère.

L’ÉGLïSE ET LE MONASTÈRE

Ce fut Le Mercier qui continua les travaux à partir du point où Mansart les avait laissés, et il les mena jusqu’à la hauteur de la naissance des voûtes de la nef. Il apporta aussi un changement très-intéressant au plan de la chapelle dite du Saint-Sacrement, placée au chevet de l’église, et sur lequel il a été donné précédemment quelques détails. D’un autre côté, Quatremère de Quincy exagère, selon nous, la part de gloire qui doit revenir à Le Mercier dans l’œuvre artistique du Val-de-Grâce, quand il en admire la pureté de l'exécution. Cet éloge ne doit lui être donné qu’en ce qui concerne la partie relativement peu importante qu’il y a construite.

Par suite des abus qui s’étaient introduits dans le clergé de France, M. de Bérulle fonda la Congrégation de l'Oratoire de N. -S. Jésus-Christ, autorisée par le Pape en 1613. L’église de l’Oratoire, rue Saint-Honoré, fut commencée sur les dessins de Métezeau, et la première pierre posée le 22 septembre 1621. Vers le temps où Le Mercier construisit le Palais-Cardinal, il fut chargé de continuer cette église, qui fut terminée par Caqué, ou Caquier, en 1630. Le portail, élevé en 1743, dut être reconstruit en 1774; Le Mercier ne s’en est donc pas occupé.

Une décision impériale du 3 février 1811 a désigné cet édifice pour recevoir le Consistoire protestant.

Le Mercier modifia les plans de Métezeau en allongeant l’église de toute la partie circulaire qui lui sert de chœur. Mais on doit à ce dernier l’arrangement sage et original adopté pour les contre-forts de la nef, puisque dans les changements apportés aux plans par Le Mercier, celui-ci n’avait touché qu’à l’ahside. Nous avons parlé d’une disposition qui a quelque analogie avec celle-ci à propos de la

galerie appliquée autour des chapelles du dôme qu’on voit au Val-de-Grâce; elle a été exécutée assez longtemps après l’église de l’Oratoire. Ici elle est plus simple, puisqu’il n’y a pas de chapelles.

Enfin Le Mercier a conçu les plans de l’église Saint- Roch, rue Saint-Honoré ; il en commença la construction en 1653. 11 ne la termina pas, car il mourut après avoir achevé le chœur et une partie de la nef; elle resta longtemps sans voûtes. La chapelle de la Vierge date de 1709. Ce fut Jules Robert de Cotte qui dessina le portail, et son fils qui le construisit en 1736. Il ne faudrait donc pas juger définitivement du talent de Le Mercier par cette œuvre d’ailleurs assez médiocre en elle-même au point de vue de l’art.

On lui doit l’hôtel de La Rochefoucauld, rue de Seine, et ceux de Liancourt et de Longeville, tous les deux gravés par Marot.

Les églises de Ruel, de Bagnolet, près Paris, l’église de l’Annonciade à Tours, sont aussi des monuments dus à Jacques Le Mercier et qui démontrent que cet artiste fut très-occupé. Enfin il a publié : Le magnifique château de Richelieu, en général et en particulier,. .. commencé et achevé par A. Duplessis, cardinal de Richelieu, sous la conduite de J. Le Mercier, architecte du roy. Il mourut cependant dans un état voisin de la misère, en 1634. Il lui était né un fils en 1648 '.

Sauvai nous dit qu’il était un peu lent, « matériel, pesant, mais, en récompense, prévoyant, judicieux, profond, solide, en un mot le premier architecte de notre siècle... Charitablement il assistait les ouvriers de ses avis, les

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