‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 20 sur 30 · Pièces justificatives C · texte numérisé non relu

Pièces justificatives C

96 L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

encourageait à bien faire. Jamais il n’a fait défaut à ceux qui l’ont employé, ni rien abattu de tout ce qu’il avait bâti, défaut assez ordinaire de nos meilleurs architectes ; aussi ont-ils moins de vertu et plus de bien qu’il n’avoit. Car tant s’en faut qu’il fût riche, qu’à sa mort pour payer ses dettes, on fut obligé de vendre sa bibliothèque, si belle qu’elle fut vendue dix mille écus... Il mourut des gouttes qui ne lui étaient venues que d’avoir trop veillé et travaillé en sa vie ».

Pierre le Muet. — Il naquit à Dijon en 1591. Après avoir appris les mathématiques dans sa ville natale, il étudia l’architecture civile et militaire, et donna des preuves de sa capacité dans cette dernière science en fortifiant, par ordre du cardinal Mazarin, plusieurs villes de Picardie1. Il fut l’un des architectes les plus employés de son temps, si l’on en croit les notices ou titres de maisons particulières et des hôtels qu’il construisit , mais dont il serait difficile de retrouver aujourd’hui les vestiges. « Son véritable titre à la réputation, » dit Quatremère de Quincy, « est le choix qu’Anne d’Autriche fit de lui pour achever l’édifice ou monastère déjà commencé par deux architectes du Valde-Grâce , et l’église du même nom, dont il éleva la coupole que racheva Gabriel Le Duc. » On a vu qu’il n’en a pas été ainsi.

Les travaux avaient été interrompus par les guerres civiles en 1651 ; il les reprit en 1654, à la hauteur de la naissance des voûtes de la nef, où Le Mercier, successeur de François Mansart, les avait laissés. Il éleva la façade

1, Biographie universelle de Michau frères } édition 1859.

formée de deux ordres superposés corinthien et composite, et suivit d’ailleurs, quant aux dispositions générales, les plans de Mansart. Gabriel Le Duc lui fut adjoint, et il eut une très-grande part dans la décoration de l’édifice, dont l’ampleur contraste avec la sécheresse du style de l’ingénieur-architecte Le Muet. Celui-ci pouvait être considéré comme fort expérimenté dans la construction et dans la conduite des grandes entreprises, d’autant plus qu’il était attaché à ces travaux depuis leur début, et qu’il avait rendu de grands services à Mansart et à Le Mercier.

Pierre Le Muet donna aussi les nouveaux plans de l’église des Augustins-Déchaussés , ou Notre-Dame-des- Victoires, dite des Petits-Pères, près la place des Victoires, qui avait été fondée en 1629. Elle était trop petite et fut démolie. Le Muet commença donc la nouvelle église. On ne peut se faire une opinion du talent de cet architecte par l’examen de cet édifice, car il 11e le conduisit, et en partie seulement, qu’à quelques pieds au-dessus du sol. Libéral Bruant fit faire les parties basses des piliers de la croisée, et Gabriel Le Duc les éleva jusqu’à la hauteur de l’entablement en modifiant les dispositions du transept. Perrault y décora une chapelle, celle du transept de droite, et enfin, en 1737, Cartaud, architecte du duc d’Orléans, continua les travaux.

On doit encore à Pierre Le Muet les plans du château de Luques et de ceux de Laigle et de Beauvilliers.

Il a laissé divers ouvrages, qui sont : la Manière de bien bâtir pour toutes sortes de personnes, dédiée au Roi; 1623 (infolio. 53 pl.) réimprimée en 1629 et 1663 (in-folio), avec plusieurs figures, plans et élévations des plus beaux bâtiments et édifices de France.

L’EGLISE ET LE MONASTÈRE

Un Traité des cinq ordres d’architecture dont se sont servis les anciens, traduit de Paladio ; augmenté de nouvelles inventions pour l’art de bâtir, avec des observations du traducteur ; Paris, 1626 ; réimprimé en 1647 et *682. Et les Règles des cinq ordres d’ architecture de Vignole, augmentées et réduites de grand en petit ; in-40. Paris, 1632.

Pierre Le Muet mourut à Paris, le 28 septembre 1669, dix-sept ans après sa femme Marie Autissier. ( Pièces justificatives-D.

Gabriel Le Duc. — Gabriel Le Duc, Pun des architectes qui doivent nous intéresser le plus après François Mansart, en ce qui concerne l’église du Val-de-Grâce, est fort peu connu, et il nous semble juste de lui donner ici la véritable place qui convient à son mérite.

On ignore la date et le lieu de sa naissance, mais on sait qu’il était Français et qu’il avait fait en Italie de sérieuses études sur les monuments antiques.

La Biographie universelle de Michau l’indique comme l’un des derniers architectes du Val-de-Grâce qu’il aurait achevé avec l’aide d’Antoine Du Val Broutel, et d’après les dessins de François Mansart, à partir de l’entablement ou naissance des voûtes de la nef. « C’est à tort, est-il dit dans cette biographie, que quelques personnes ont écrit que Le Duc avait continué ce beau monument sur les dessins de Pierre Le Muet. » Il résulte des renseignements qu’on peut avoir sur cette intéressante question que toutes les parties supérieures de l’église sont de Gabriel Le Duc. Ce que l’on sait avec certitude, c’est l’année de la prise de possession des travaux par chacun des architectes, et les dates correspondantes aux constructions successives; et c’est au moyen de ces

divers documents que l'on peut émettre une opinion raisonnée sur ce sujet.

Le Duc fît aussi, sans collaboration, les dessins du baldaquin du maître-autel, très-belle œuvre qui rappelle, quoique sur une plus petite échelle, celui de Saint-Pierre de Rome.

Nous avons dit plus haut ce que nous pensons du grand talent de Le Duc. Quatremère de Quincy ne lui rend pas toute la justice qu’il mérite. C’est à peine s’il prononce son nom; de même il cite rapidement François Mansart, tandis qu’il consacre un long chapitre de son livre à Le Mercier. 11 ne nous semble pas que cet auteur ait bien jugé la valeur relative de chacun de ces artistes.

Gabriel Le Duc fut chargé des travaux de l’église des Petits-Pères (Notre-Dame-des-Victoires). 11 se serait servi des dessins de Pierre Le Muet qu’il modifia sensiblement.

Piganiol de la Force1 2 nous apprend que le Dôme1 fut commencé jusqu’à six ou sept pieds d’élévation par Libéral Bruant. « Gabriel Le Duc, dit-il, lui succéda, perfectionna le premier dessin en y ajoutant les tribunes qui sont dans les quatre piliers3, et en plaçant le maître-autel d’une manière commode. Cet édifice n’est élevé que jusqu’à l’entablement, qui est ionique, qui sera surmonté d’une espèce d’attique composé, qui portera des arcs-doubleaux et des arrièrecorps, d’où doivent partir des lunettes avec des archivoltes qui renfermeront des vitraux au-dessus des cintres des arcades des chapelles. 11 manque le dénie, la voûte en pierre, les six chapelles et le grand portail. »

1. Description historique de lu ville de Puris , 1765, tome VI.

2. Il veut parler de la petite coupole aplatie, placée à la croisée.

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