‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 25 sur 30 · Vie des premiers peintres du Roi · texte numérisé non relu

Vie des premiers peintres du Roi

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L’EGLISE ET LE MONASTERE

Mignard, voyant peindre son frère aîné, abandonna l’idée qu’il avait d’étudier la médecine, et prit lui-même des pinceaux. Il partit âgé de douze ans pour Bourges, où il entra dans l’atelier d’un artiste en renom dans ce pays et qui se nommait Boucher. Un an après, il revint à Troyes chez un sculpteur, François Gentil, qui lui fut, dit-on, extrêmement utile.

Nicolas Mignard, ainsi que beaucoup d’autres peintres, allait à cette époque étudier à Fontainebleau, qui était devenu, par l’immense quantité de chefs-d’œuvre que François Ier y avait réunis en revenant d’Italie, un autre sanctuaire des arts ; c’est là aussi que son jeune frère put se livrer à de sérieuses études après lesquelles il devint enfin assez habile pour être chargé de travaux importants à la chapelle du château de Coubert en Brie, appartenant au maréchal de Vitry. Il vint ensuite à Paris et entra dans l’atelier de Simon Voiiet; puis il partit pour Rome à la fin de l’année 1 635. 11 est bon de signaler ici les tendances de Mignard pendant son séjour en Italie : « 11 admira l’antique sans s’élever jusqu’à l’assimilation de ses beautés sublimes ; Michel-Ange l’étonna, il aima Raphaël, mais, n’osant pas s’attaquer à de tels maîtres, il prit pour objet de son culte un Raphaël plus abordable, Annibal Carrache... 11 fut chargé précisément par le cardinal de Lyon, Louis Duplessis, de reproduire les peintures de ce maître qu’on admire à la galerie Farnèse. Il se pénétra de son esprit, et, pendant huit mois qu’il demeura dans le palais Farnèse, il épousa si bien la manière d’Annibal Carrache, qu’il la fit sienne désormais, et que, dans le cours de sa carrière, il ne cessa de l’employer toutes les fois qu’il eut à peindre l’allégorie ou l’histoire. »

« 11 étudia encore les procédés de la fresque1, tellement il fut frappé de certains effets qu’elle seule peut rendre... Il s’adonna aussi avec le plus grand succès au portrait; il avait l’art de saisir la ressemblance, non pas peut-être dans le sens le plus élevé du mot, mais de la façon qui plaît aux hommes et ravit les femmes... »

En 1656, à son retour à Rome d’un voyage qu’il fft à Venise, Mignard épousa la fille d’un architecte romain, Anna Avolara, dont le visage doux et fin lui servit souvent de modèle lorsqu’il eut à représenter quelques-unes de ses nombreuses Vierges.

11 revint en France en 1657, s’arrêta à Avignon où habitait son frère, et y resta malade pendant une année; il y fit connaissance avec Molière qui y était à ce moment au début de sa gloire, et revenait de Lyon où il avait fait jouer sa troupe de comédiens.

Sa réputation l’avait précédé à Paris où il fut mandé pour faire le portrait de Louis XIV âgé de vingt ans ; on voulait envoyer ce portrait en Espagne où se négociait le mariage du jeune roi avec l’infante Marie-Thérèse. Mignard fit ce portrait en trois heures. « Ici commence dans l’exis-

1. C’est la peinture monumentale par excellence. On sait qu’elle est composée de couleurs détrempées dans de l’eau pure et appliquées sur un enduit frais (, fresco ) avec lequel elles s’incorporent, aussi n’applique-t-on sur le mur, chaque jour, successivement, que la portion d’enduit que le peintre doit couvrir dans sa journée. Celle-ci préparée, l’artiste décalque, au moyen d’une pointe, ou autrement, les cartons sur lesquels il a esquissé sa composition; puis il applique ses couleurs avec des brosses plates. S’il commet une erreur, elle est irréparable et il faut détruire complètement les parties défectueuses pour recommencer à nouveau. C’est ainsi qu’est peinte la coupole du Val-de-Gràce. On appelle encore fresque, par extension, mais improprement, certaines peintures murales exécutées par les procédés ordinaires.

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