I. Voyage du Présidenten Algérie, avril
sanctuaire de la Ka'ba ', avec le souvenir d'Abraham, ce puits de Zemzen que l'ange avait montré à Agar pour sauver son Ismaël -.
Orphelin de bonne heure, triste, méditatif, d'une nervosité maladive, qui alla, dit-on, jusqu'à l'hystérie3, impulsif, mystique et sensuel, il était doué, par ailleurs, d'une intelligence puissante et d'une rare énergie : génie troublant, illettré, mais plein d'audace, froidement obstiné, ambitieux, entreprenant, opiniâtre * !
Vers l'âge de quarante ans, il affecte de vivre à l'écart, dans la solitude; puis, un beau jour, il se déclare inspiré du ciel, en relations quotidiennes avec l'ange Gabriel el semel à prêcher, à la Mecque d'abord, OÙ il est plus connu. Mais, en dehors d'un liés petit cercle de parents
1. E. Reclus, /. 'Asie. '.mis. Kkkiîs, L,Êgypte%T. I,p. 232. — 2. Gen., XVI, 21. — 3. Caca de Vaux, Le Mahoméllsme, |». 27. — l. Tous leR détails biogra-i phiques que l on possède sur Mahomet sonl empruntés à ses premiers historiens, musulmans, du VIII1 siècle. Mi in, VU de Mahomet, [ntrod., ch. [•'.
et d'amis, il rencontre plus do contradicteurs que de partisans. Obligé bientôt desedéroberà l'hostilité «le ses adversaires, il s'enfuit, en 622. C'esl Vhégire^ ({ni est le point de départ du calendrier musulman.
A Médine, la cité rivale, jalouse de la Mecque, on l'acclame comme Prophète.
11 recrute des adeptes. Son éloquence enflammée ébranle les masses. Le mystique se mue en conquérant, l'Apôtre en chef d'armée, ses disciples en soldais.
Il entre de plein pied dans son plan et entreprend la guerre sainte pourimposer <\r force sa religion à son pays.
A-t-il rêvé de libérer l'Arabie du joug de la Perse cl de Byzance pour fonder un empire Arabe dont il serait le chef? Rien de positif ne permel de l'affirmer.
Il lutte pendant dix ans pour celle cause «d dirige sa campagne en tacticien consommé, en rusé diplomate. Il esl hardi, courageux sur les champs de bataille : mais, tous les moyens lui sont bons ; massacres, assassinats, expédients
(.il l'église et les églises
inavouables, il ne recule devant rien et met tous ses crimes sur le compte de l'ange Gabriel, qui les lui commande au jour le jour. Il en fait autant pour ses vices intimes, car il n'est pas capabledc s'astreindre à la morale si complaisante qu'il enseigne ; il y l'ait de larges brèches ; ses mœurs sont mauvaises : mais l'ange Gabriel lui donne toutes les dis- |M'ii>cs el approuve Ions ses méfaits '.
En 630, il s'empare enfin de la Mecque où il installe le centre de l'Islam.
11 ne survécu! que deux ans à son triomphe, mais son œuvre dure encore après treize siècles2.
— Elle a double face : un ensemble d'institutions politiques el sociales qui oui fondé l'unité nationale, un dogme H des rites qui constituent la religion ; une législation fondue dans une théologie, un gouvernemenl soudé à un sacerdoce.
Pour bizarre qu'elle soil dans les dé-
l. Le Koran, XXXIII, i, 37, M. :.::. — 2. De Broblib, Histoire des religions. Gondal, Mahomet ri son œuvre. Caba de Vaux, Le Mahomet isme, ch. I-
lails — car il n'est pas commode de mettre sur pied une religion artificielle, — la conception de .Mahomet était Tort lmliilc.
Il n'esl pas prouvé qu'au vu* siècle, l'Arabie, comme on le dit, était encore païenne ; il parait bien qu'elle était déjà, sinon chrétienne, du moins forteuaenl pénétrée de christianisme '.Qu'il y restai des païens, c'est certain ; mais leur paganisme, greffe sur de des vieilles traditions bibliques, flottai! autour des noms magiques d'Ismaël el d'Abraham, Le Prophète posé donc, à la base de son système, le monothéisme, la religion d'Abraham, la foi au Dieu Créateur.
Depuis Abraham, le monde avait marché. Deux grands événements étaient intervenus : le Judaïsme et le Christianisme, issus de la religion d'Abraham.
Or. Juifs el chrétiens étaient en lutte : les uns attendant toujours le messie, les autres le reconnaissant en Jésus. 11 ne
1. liuiiuiiAciii.il. Histoire de l'Église. Liv. 11. T. IV. p. 163. Lilit. Palmé).
fallait point les heurter de front ; car la révélation nouvelle aurait d'autant plus de crédit qu'elle concorderait mieux avec l'ancienne.
Se faire passer pour le Messie, c'était se mettre à dos les chrétiens sans grande chance de rallier les .lu ifs, car les prophéties ne donnaient guère prise à une supercherie aussi grossière. Se donner comme précurseur d'un futur messie, ne l'avancerait pas davantage :
c'eût été travailler pour un Juif. 11 crut tourner la difficulté en empruntant des dru\ mains : beaucoup au Judaïsme, des idées, des préceptes, des rites, .Moïse et les prophètes ; moins à l'Evangile qu'il connaissail peu ou qu'il connaissait mal : il accepte Jésus. Envoyé, mais non Fils de Dieu, car il nie la Trinité '.
Quant à lui, Mahomet, il vie ni de la pari de Dieu pour achever l'œuvre d'Abraham, de Moïse el de Jésus2 el réconcilier, dans l'Islam, les Juifs el les chrétiens.
1 Le Koran, 11,81; III. Il, 52; IV, 169 : \ 50. — 2. Le Koran, Il 59.
DANS l'histoire (J7
En somme, avec sa religion hybride, Mahomet fut un écho plutôt qu'une voix. Son œuvre est une mixture singulière d'erreur et de vérité, de sincérité et d'imposture '.
Tout ce qui vient de lui est mauvais; cela seul est bon qu'il a volé au Judaïsme.
Il ne prouve rien. Il affirme. Tousses oracles lui sont dictés par l'ange <iabriel : c'est-à-dire qu'il lait contresigner par le ciel ses moindres lubies, comme ses plus vastes desseins. Il jongle avec toutes ces révélations fantaisistes pour couvrir toutes ses faiblesses et satisfaire toutes ses rancunes. Il faut le croire sur parole, « Je ne suis pas envoyé, dit-il, pour faire des miracles, mais pour vous enseigner lu vérité » -.
Cette réserve s'explique : ne fait pas de miracles qui veut. Tout de même, rien ne remplace le miracle pour asseoir une religion. Ses disciples ont voulu combler
1. J.-B. Chabot, L'Islam. Ci'. Revue do 1'Orienl chrétien. T. I. p. 500. Chbrbuliez, L'Islam, Rev. des Deux Mondes, 1896 . — '2. Le Koran, XVII, 92. '.>:>.
l'église ex les églises da>? l histoire. — 5.
celle lacune '. Ils l'ont fait avec autant d'exagération que de maladresse. Ils ont attribué à ce faux prophète des faux miracles par centaines, miracles de bateleur, ridicules, enfantins, qui suffiraient à discréditer la cause -.
La pensée dominante de l'Islam, c'esl Dieu, la foi en Dieu, le respect de Dieu3.
Ces gens-là ont la mentalité religieuse. Il- son! pénétrés de la présence de Dieu etleurs pratiques cultuelles, toutes formalistes qu'elles soient, ne leur permettent pas de s'en évader jamais longtemps, puisque cinq fois le jour, en quelque lieu que les surprenne l'appel du muezzin, du baul des minarets, ils devraient suspendre leurs occupations, s'a-
1. Gond al, Mahomet cl son œuvre, p. 29. — 2. Il Faul avouer que le moyen âge, <'n lutte acharnée avec les Musulmans, était singulièrement prédisposé à accueillir «ans grand discernement toul ce que I '"M pouvail raconter sur Mahomet, H qu'aujourd'hui, pour avoir la noie juste eur ce point, il est indispensable de s'en tenir rigoureusement à la tradition musulmane. — 3. Le Koran, 11,255 ; XIX, 87 ; XXI, vi : XXII, 61 ; \.\l\ , 14; XXXI, 26 : l.YIII, 9.
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genouiller, la face tournée vers la Mecque el prier '.
On ne pénètre dans les mosquées que pieds nus, après les ablutions liturgiques ; cl, c'est pure tolérance si l'on permel aux étrangers des sandales. La réaction contre l'idolâtrie va si loin, <[irellc proscrit toute image, toute représentation matérielle <lr la divinité,
A partir <le quatorze ans, ils sont astreints Ions les ans au jeûne <lu Rhamailan- qui dure un mois. Depuis le [>elil
1. La formule «lu 9ymbole musulman esl très courte : /.<l ilâha //Ai. Allah, ira Muhammad Rasâl-
Allah .' 11 n'j a de Dieu qui' Dieu, el Mah< t esl
le prophète de Dieu '. — Les prières quotidiennes obligatoires comprennent dix-sept oraisons. Cf. Détails du rituel musulman, Nicolay, Histoire des croyances, T. I, p. lis . — Des prescriptions très précises prévoient ri solutionnenl les cas les plus minutieux. On eu compte 100 sur la prière proprement ililo, il sur les heures de la prière, el, 165 sur l'appel .'i In prière ; 151 sur les pèlerinagesde la Mecque, 60 pour le Rhamadan, et, 65 sur !<•- ablutions. Cf. 111 Bokhàbi, Traditions islamiques. Traduil île l'Arabe par <>. Houdas >'t publié par l'École des langues orientales vivantes). — 2. Le K..,, ni 11. 180 à 183. Ebbhs, L'Egypte. T. II. p. 132-136. Nicolay, Histoire <lrs Croyances, T. II, p. 146.
jour, jusqu'au coucher du soleil, abstinence absolue de tout aliment, poussée à un tel point qu'on ne doit ni fumer ni sentir une fleur, ni même avaler sa salive.
Il faut dire que ce rigorisme puéril trouve de larges compensations dans les libres et joyeux festins de la nuit. En définitive, ce n'est qu'une transposition dans 1rs heures des repas, une déformation, une atténuation du Carême chrétien qui dure six semaines, ne connaît point ces reprises nocturnes et ne tolérait en Orient, dans ces temps-là, qu'un seul repas, le soir, et, toujours maigre.
Tout bon musulman est tenu de faire au moins une fois, dans sa vie, un pèlerinage au tombeau du Prophète1.
Ces mobilisations, très solennelles au départ de Damas ou du Caire, qui traînent avec elles des cadavres, car c'est une pieuse coutume que de faire
1. Le Koran II, 192, V. 96. E. Reolvs, L'Asie, p.910. Ebibs, L'Egypte, T. I, p. 91; T. Il, i>. UI.Nicolat, Opus. cit., T. I, |>. 159.
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enterrer ses morts à la Ville Sainte, se concentrent à La Mecque en agglomérations épouvantables de 40 à 50.000 têtes, 70.000 en 1882, <>ù pullulent tous les déson 1res et tous les fléaux. Quand le choléra s'en mêle, et il s'en mêle souvent, c'est un désastre. Les décès atteignent en moyenne le chiffre énormedel5à20 °/0{-
Malgré l'envers défectueux des choses, le dogme musulman, tout tronqué qu'il soit, ne manque pas d'une certaine grandeur.
La morale est pitoyable. Non pas que tout soit pourri. Il y a des parties saines. L'Islam condamne le mensonge, le vol, l'injustice8. 11 fait un devoir de la piété filiale. 11 impose l'aumône :!, poulies pauvres et pour la mosquée ; seulement, tout cela, c'est entre soi, entre musulmans. Mais, il n'ose pas aller plus loin V II allège le Décalogue du vi8 com-
1. Cf. A. d'Avril. lier. de l'Orient chrétien, 1898, n" 2, p. 237. II. Slbkman, Le chemin de fer de Damas à la Mecque. Ihid.. 1900, n" I, p. rù?7. II. Lammbns, Ibid., 1902, ii 1 , p. 153. — •.?. Le Koran, IV, 26, 61. — 3. Le Koran, II, 269, 270, 272, ;»7r.. — 1. Cara de
U>'2 l'église et les églises
mandement. El voilà la plaie de l'Islam, la polygamie, qu'il n'invente pas, mais qu'il tolère en essayant d'en atténuer les excès. 11 y en a une autre, l'esclavage ; et les deux se tiennent, car la traite des blanches va de pair avec la traite des noirs. Tout musulman a droit à quatre femmes légitimes ; les autres, au gré de sa fortune, autant qu'il peut en nourrir l.
Mahomet n'a pas rédigé sa doctrine.
Ses oracles étaient recueillis, pêle-mêle, par les uns, par les autres. Plus tard seulement, on les agença au petit honheur, en commençant par les plus longs, pour en faire une recension officielle.
C'esl ce recueil indigeste, décousu, de 6632 paragraphes, qu'on appelle le Koran2 -1/ Koran — le Livre .
Vaux, Élude s///- In doctrine morale </<• l'Islam. Cf. Congrès scientifique international, 1891. 2* scct.j )>. 69. Eschatologie musulmane Cf. Ibid., 1894, 2* Bect., p. ■'■ II- de Castkies, L'Islam, ch. III et IV. I. Le Koran, IV, :;. - 2. Dozy, Histoire <U> l'Islamisme, p. Il i. I.- Koran, lll. 2 ; \. 38; XXIX, 24. I .- moine Bahira, prétendu auteur «lu Koran, Biblioth. Nat , fonds arabe, Manuac., 215). Cf. de | Orient chrétien, L897, n' 1, i1 139.
DANS ^'histoire 103
Il renferme, sous un amas confus de sentences banales, mesquines, incohérentes, de contes burlesques, d'invectives cl de puérilités, avec des longueurs fastidieuses cl des redites sans fin, de sages leçons, des préceptes utilitaires et quelques belles pages calquées sur la Bible; mais encore ces récils bibliques sont-ils mutilés cl dénaturés. « Les grandes figures de l'Histoire Sainte, écrit M. de Vogue, dont chacun de nous retrouve les silhouettes colossales gravées au fond de sa mémoire \>ar les leçons d'une mère, ij sont réduites aux proportions des personnages de contes de fées » '.
On a relevé, dans le Koran, 255 contradictions qui mettent fort eh peine les exégètes musulmans. Et ce livre si pauvre, si creux, si malvenu est encore, pour 280 millions d'hommes, le Livre sacre, la règle «le la foi, le code du droit et de la morale.
— Dans ces conditions, à première vue,