‹ L'église et les églisesChapitre 31 sur 45 · Math., VII · texte numérisé non relu

Math., VII

dans l'histoire ÎO'.I

Le jour où il transporta le siège de l'empire sur les rives <lu Bosphore, il posa l'église de Bysance en face de Home, sinon contre. Il fallut, plus tard, par déférence, doter la capitale d'un titre patriarcal '. Puis, à mesure que les Empereurs, sous prétexte de protéger la religion, se mêlèrent île gouverner l'Eglise, que l'épiscopat oriental trop servile se plia à leurs exigences et que les Papes défendirent, avec plus d'énergie, l'indépendance et la dignité du Saint-Siège, la rivalité tourna à l'hostilité.

« Home, disait-on, n'est capitale de l'Eglise que parce qu'elle a été capitale de l'Empire! Les deux titres sont connexes : la nouvelle capitale doit être à son tour Capui Ecclesix. C'est en Orient que le Christ est né, qu'il a souffert, qu'il a fondé son Eglise ». Et ces théories trouvaient de l'écho au sein même du concile de (lhalcédoine -.

1. Tilloy. Les schismaiiques. Le Patriarcat de Constant inople, p. 10*2. — 2. (i. Gov.u , Les Papes

Plus la situation politique est tendue, plus le conflit religieux s'aigrit.

L'Orient anémié dans sa voluptueuse somnolence, voyait d'un mauvais œil l'Occident qui se reprenait à vivre sous la secousse des invasions; et le fossé se creusait toujours entre le monde grec el le monde romain, si dissemblables de race, de langue, de rite, de tempérament !.

el la Civilisation, p. 35, Pis* ni, Les Églises ehrétiennes séparées. (Cf. Le Sièrle, T. III, p. 80).

1. Duchésne, L'Église d'Orient, de Dioctétien à Mahomet, p. ir>. Pierling, La Russie el le Saint- Siège. Cf. [ntrod. T. I .

Les deux moitiés de l'Empire romain, unifiées dan- la même civilisation greco-romaine, à l'époque où elles arrivèrent au christianisme, ont bientôt cessé d avoir une histoire commune. Deux mondes différents -<• sonl formés et chacun a eu -a civilisation à part. Peu à peu, il- onl cessé de se connaître el de se comprendre. Les relations, d'abord fréquentes, -<»ni devenues plus raie-. I es deux moitiés de l'Église se sonl habituées à vivre parallèlement. Une antipathie mutuelle s'esl élevée entre l'Orienl el l'Occident el l'unité extérieure, maintenue à grand'peine, a fini par >•■ briaei . G Morkl, ' i .1 Calvel, L'Abbi G, Muret

I> \XS F. HISTOIRE

A la cour de Bysance, on considéra le couronnemenl de Gharlemagne comme un défi direcl ' : ri. puisque Home, avec l'appui de l'Église, se détachait poliliquemenl de l'Empire, l'Empire, c'est-àdire l'Empereur, résolut de rompre avec l'Eglise de Rome: schisme tout politique, du Césarisme plutôt que de la nation, qui se lil ;'i l'insu du peuple et par-dessus sa tête2, et, qu'après coup seulement, pour la forme, on abrita derrière quelques chicanes théologiques.

Tout était doue prêt, el depuis longtemps, quand Photius entra en scène.

Homme de cour plutôt qu'homme d'église, intrigant et ambitieux, il s'installa en intrus sur le siège patriarcal et se révolta contre Rome 857 . Mais la partie était si grosse, la cause si mauvaise, que les Empereurs eux-mêmes hésitèrent.

Photius lui déposé, réintégré, puis dé-

1. Rev. <L- l'Orient chrét. V an., n. 2, p. 132. — 2. Solo vi ef, La ]{u.<.<ie el F Église catholique, p. 67. Etienne Lamt, La France du Levant, p. 25. Rev. île

fûrienl Chrétien, \" Ami., n. 2, p. 130.

posé encore; et cette alternative de rupture et d'union, selon les mentalités successives de la cour impériale, dura deux siècles, jusqu'à la séparation définitive consommée par Michel Cérulaire en 1053 ' : séparation de fait, qui ne repose sur aucun acte canonique et qui, en droit même, n'existe plus, car en 1274 d'abord, au concile de Lyon, en 1430 surtout, au concile de Florence, l'union a été déridée -.

La réconciliation, plus ou moins sincère de la part des Grecs3, n'a guère

1. KiHTii, Origines de lu civilisation, T. I, p. 286. — 2. Concile île Lyon. Cf. Éludes préparatoires au Congrès de Jérusalem, p. 211. Ailes <lu Concile de Florence Cf. Revue de l'Orienl chrétien, T. I, p. 69 .-I .il»:.. Rohbbacher, Liv. LXXXIIl. T. IX. p. 31.") Edit. Palmé). Pastor, Les Papes du Moyen-âge. T. I. p. 322. P. Michel. L'Orienl et Rome, p. 266. — ii. Il faut reconnaître que lea Croisades, à ce poinl de vue spécial de l'Union, mil eu un effet déplorable. Elles onl réveillé louies les rancunes h i<>nie~ les susceptibilités. La r Croisade, en particulier, qui, malgré les efforts d'Innocent lll, se rabattit sur Constanlinople et y. fonda un empiie latin, renforça pour longtemps l'animosité des Grecs et laissa dans tout \'( ►rient de sourdes inimitiés qui flrenl avorter toutes les

dans l'histoire 113

existé que sur le papier, c'est vrai; mais la situation respective des deux églises n'en esl pas moins singulière : elles ont toul simplement cessé de correspondre ; elles restent en présence ; elles se regardent et elles attendent.

— Rien qu'à les voir ainsi l'une en face de l'autre, c'est assez pour que la supériorité du catholicisme s'atteste et s'impose.

L'Eglise romaine n'aurait pas en mains ses titres de noblesse, elle ne porterait pas en elle-même, dans son être, dans sa vie, dans ses œuvres, le gage, les signes, les témoignages authentiques de sa divinité, ceux que nous avons dits et tous les autres, que cette confrontation avec l'Eglise d'Orient, la première en rang parmi toutes les églises séparées, serait décisive et sans réplique.

Est-ce assez dire qu'elles sont sœurs, même jumelles ? N'est-ce pas plus en-

tentatives d'union. Cf. Hbbgenbgbthbr, Histoire de V Église, T. IV,p. 137. Etienne Lamt, La France du

Levant, p. M .

cuit, puisque l'une est en réalité un dédoublement de l'autre ?

Elles ont communauté d'origine ; et, au schisme près, elles sont moralement identiques ; — on voit comment je le dis.

L'Église d'Orient n'est pas à côté, comme l'Islamisme : elle n'est pas une déformation violente comme le Protestantisme ; elle n'a subi aucune modification substantielle \ elle a tout conservé, la doctrine, les sacrements, la liturgie. On ne peut contester la validité de ses ordinations ; ses Évêques sont des Évêques. Elle a la Messe, l'Eucharistie, l'Évangile intégral, la foi des Grands Conciles1. C'esl tout pareil. Et, cependant, quelle différence, quel contraste!

Elle a les mêmes organes el ils fonctionnent, puisqu'elle vit ; mais on dirait (puvivre, pour elle, ce n'est plus agir, c'est seulement végéter !

I. Revue de l'Orient Chrétien, ("année, n. 2, 1». 122. Lbhoy-Bbai i.iki . L'empire des Tsars <•/ les Russes, I. III. p. 66.

i>ws l'histoire 115

L'Église catholique, en pleine vigueur, active el Féconde, s'affirme darîa l'expansion débordante de sa vitalité ; elle marche, elle s'' développé, elle se défend, elle travaille avec »!<•> énergies sans cesse renouvelées el toujours jeunes.

L'autre tout de suite s'esl figée. Quoique fidèle à la croyance el au rite, elle n'a point l'ail un pas.

L'autre, après avoir brillé d'un si vil* éclat, dans les premiers siècles, lutté si courageusement, produit tant d'hommes, tant d'œ.uvres, laid de fruits merveilleux i\r sainteté, l'autre, qui avait pris toutes les initiatives "l recueilli tontes les prémices, qui avait fourni vingt-deux papes a va ni le schisme ', au sein de laquelle l'héroïsme, le génie et la grâce avaient suscité une éclosion si admirable de vie surnaturelle, l'autre, toul à coup vidée de >;i sève, a langui, anémiée, déprimée. Elle ne produit pins rien, comme si tontes les sources du sacrifice el de la charité

1. Les Papes orientaux du VIII* siècle. Cf. Études préparatoires nu Congrès </<■ Jérusalem, |». '1T>7.

étaient tories en elle : ni un apôtre, ni un martyr, ni un docteur, ni un saint, ni une œuvre.

Elle ne s'est émancipée tlu coté de la Papauté que pour tomber sous le joug du pouvoir civil. Son Patriarche, qui avait rêvé d'être un autre; Pape, n'a été qu'un chapelain humilié de l'Empereur.

Incorporée à l'Etat, elle n'a même pas été capable de maintenir son intégrité'' ; car, à mesure que l'Empire grec de Constanlinople se morcelait en royaumes autonomes, l'église grecque s'effritait en autant d'églises nationales : la Russie d'abord, puis la Grèce, les Provinces danubiennes etc..

Et quelles tristes pages à écrire, s'il fallait dépeindre ici l'étal lamentable de ce clergé d'Orient, dont le pope russe, plus connu parce qu'on en a plus parlé, est le type légendaire * !

Quel commentaire à celte parole de

1. II. PERBETVK, Entretien* sur V Église, T. II, p. 192, B2, 163. Solovikt, I.u Russie el l'Église universelle, \>. 17. I*. Michel, L'Orient et Rome. ch. III, \ I, VIL Correspondant, 10 Janv. 1892.

dans l'histoire 117

Jésus: « Je suis la vigne et vous êtes » les brandies. La branche esl stérile si » elle n'adhère au troue. Ainsi en sera~ » /-// de vous, si vous ne restez unis à » moi. Celui qui se séparera <le moi se » desséchera » '.

I )cssécliées, liélas ! elles le sont, ces malheureuses églises, ankylosées par le schisme, rongées par le protestantisme et infestées de rationalisme -.

Faut-il désespérer de les voir revivre jamais ?

— Les avances laites, à la fin du siècle dernier, par Léon XIII, sous le couvert du congrès de Jérusalem, ont provoqué

des études, «les discussions, des ae les qui

déblaient le terrain, préparent les voies à une entente et font concevoir, de part et d'autre, les plus légitimes espérances.

Mais, pour apprécier, comme il convient, la portée de celle démarche solen-

Page 1