inssen. Opus ril. m
ils enseigneront leurs fidèles et maintiendront, dans le groupe paroissial, une certaine uniformité de croyance.
— On conserve à la bibliothèque de la Minerve, à Rome, une lettre de Luther à sa mère. La pauvre femme, effrayée de ce que faisait son fils, lui avait demandé si elle devait changer de religion pour le suivre. Il lui répondit : « Non, restez catholique, je ne veux pas tromper ma mère ».
Cette lettre est-elle authentique? Je n'en sais rien. On la donne comme telle. Mais il y en a vingt autres qui reflètent les angoisses de Luther. On y lit des aveux comme ceux-ci : « Qu'il m'en a coûté tirant de parvenir à me justifier aux yeux de ma conscience ! » — « Que de fois mou cœur a frémi au-dedans de moi à la pensée que je pouvais avoir égaré toutes ces âmes ! » — « Personne ne peut savoir quel casse-tête c'est que d'enseigner et de croire une doctrine que ri admettent pas les Pères de l'Eglise » .' Il avait le remords d'avoir détruit l'an-
tique équilibre <l<- l'Église « si paisible cl si calme suas le papisme ». — « Je pensais cire le seul à éprouver ce tourment, <lit-il à un de ses adeptes qui lui avouait ne pouvoir se convaincre des choses qu'il prêchait, je n'ai pas cette foi inébranlable que je témoigne en mes prédications et mes écrits ! » '
De pareils aveux ne sonl-ils point accablants pour la Réforme ?
Pour différentes qu'elles soient, les origines de l'Eglise anglicane ne sont p;is plus rassurantes.
I /Allemagne, en convulsion, portail la réforme dans ses lianes, comme la nuée d'orage porte la foudre. Mais l'Angleterre était tranquille, prospère, en fort bons termes avec Rome. Et si Hérodiade, je veux dire Anne de Boleyn, et avant elle encore, sa sieur .Marie, n'avaient pas surgi sur le chemin d'Henri VIII,
1. Janssen. Opus cil. T. III. 183. — Dolungbb. La Réforme, T. I, p. 203 : 1. III, p. 262. - Laffay. Lu-
Hier. p. T>7.
142 l'église et les églisi
L'Angleterre serait restée catholique '.
Les idées d'Henri Y1II valaient mieux que ses mœurs. Il venait justement d'écrire contre Luther un livre indigné2, qui lui avail valu du Pape Léon X le titre flatteur de Défenseur delà Foi, lorsqu'un beau jour, après vingl ans de mariage ;i\ ec une sainte femme, Catherine d'Aragon, qui lui avait donné cinq enfants, il veut la répudier pour épouser Anne, sœnr de .Marie de Bôleyn, sa maîtres
Le Pape ne cède ni aux instances, ni aux menaces. Henri VIII passe outre.
Il trouve un complice dans l'archevêque de Cantorbéry Cranmer ; et, c'esl alors ce honteux déOlé de femmes qui lit du ménage royal un scandale pour toute la chrétienté : après Anne de Boleyn décapitée, ce fut Jeanne Sej mour qui
I. Roiirdacher. // de VÊglise. Liv, LXXXIV. T. X, p. 77. - Bossi h. Histoire des Variations, Liv.
VI, n 51.
i tertio xeplem sacramentorum advertut Mari. Lulherum, Uenrico 17//. Angliœ rege, auclore. Parisiis, !■'■■
mourut au bout de dix-sepl mois, puis Anne < l< • Clèves bientôt répudiée, Catherine Howard, décapitée après six mois.
et, enfin, Catherine Parr, à qui la mort du roi épargna l'échafaud.
Henri Ylll se déclara chef de l'Eglise d'Angleterre: toujours le Césarisme !
Les supplicesel la morl brisèrenl les premières protestations du clergé. On confisqua les biens des couvents el la persécution fraya le chemin à la Réforme Les idées malsaines vont vile :
Ions les vires qui n'avaient pas précédé la rupture avec Rome lui firent bientôt cortège. L'Angleterre n'eut plus grand chose à envier à l'Allemagne : amorcée, dans la débauche, par Henri Ylll, aggravée sous le règne d'Edouard VI, suspendue un moment sons le gouvernement catholique de la reine .Marie, la Réforme fut définitivement assise, de force, dans le sang et dans la houe, par le génie infernal d'Elisabeth.
— En Angleterre comme en Allemagne, par-dessus la multiplicité et la
confusion des sectes, deux courants contraires se sont dessinés au sein du protestantisme : l'un qui s'éloigna déplus en plus du catholicisme ; l'autre qui s'en rapprochait graduellement '.
Protestants libertins, que le dogme gênait et la morale plus encore, qui n'ont vu dans la I»éforrne que l'émancipation, qui n'en ont retenu que la haine aveugle du papisme et qui, de négations en négations, sont venus s'échouer sur la plage aride et désolée du rationalisme. C'est à cette extrême gauche, qui représente aujourd'hui, non plus une idée religieuse, mais des rancunes politiques, que faisait allusion M. (1. Monod lorsqu'il a dit que « le Prolestaniisme n'était plus, qu'un vaste abri pour toutes les formes de lu Libre Pensée » -.
L'autre couranl revient, se rapproche, remonte vers le catholicisme. Au lieu de prendre la Réforme sous son côté né-
1. (',. Gotau, Les Papes <■/ In Civilisation, p. 136. Puaxi, Le Siècle, III, 'M). — 2. <i. Mopod, Revue historique. Mai 1892.
gatif <!<■ révolte et d'hostilité, ceux-là ont recueilli pieusement, comme on ramasse les débris d'une chose précieuse, ce qu'elle leur laissait de religion cl ils se sont cramponnes d'autant plus fortement à ce bagage religieux qu'ils le sentaienl plus chétif.
Ames ardentes et fiercs, auxquelles vont nos sympathies et notre respect, qui sont désorientées, que heurtent les lacunes, l'illogisme, les sécheresses du Protestantisme et qui souffrent de ne pouvoir renier la parenté gênante des sectaires el des libertins issus comme (dles de la Réforme '.
Les unes, ligures graves, un peu allièies, essaient d'aller à Dieu toutes seules ; se drapent avec mélancolie, comme en un manteau de deuil, dans la dignité austère d'une vie irréprochable; gravissent en silence le douloureux calvaire de l'incertitude et s'efforcent de rassurer leur conscience inquiète en se jetant dans l'activité des œuvres.
Les autres, plus délicates, plus ten-
l/ÉGLISE LT i.ts ÉGLISES DANS [/HISTOIRE. — 7.
1 11) l'église et les églisls
dres, tourmentées d'aspirations plus hautes, travaillées du besoin de croire, (|uc ne rassasie point ce christianisme amoindri, boiteux, étriqué ; qui ont froid, qui ne sont point à Taise, qui ne respirent point à fond dans leurs temples déserts, sans autel et sans tabernacle ; qui voudraient plus, sans bien savoir quoi ; qui cherchent, qui marchent comme à tâtons, dans la brume ; qui touchent du doigt les faiblesses, les lares du protestantisme et ne voient, à travers leurs préjugés, qu'une image déformée du Christianisme, désillusionnées de ce qu'elles tiennent, mais pleines d'illusions encore sur l'Eglise, les autres, ballotées entre un secret instinct qui les I musse cl des appréhensions qui les rcliejiiienl, regardent avec envie «le noire coté.
Mal instruites «les choses de noire foi,
mal placées pour puiser ;iu\ sources, elles examinent avec anxiété l'attilinle de nos femmes catholiques pour y lire, comme en un livre, à Ira ver- les paroles
et les actes, la transcendance qu'elles ont pressentie, de noire religion sur la leur.
Est-il bien sûr que le spectacle de certaines inconséquences n'en ail pas déconcerté plusieurs, qu'un peu d'édification aurait suffi peut-être à ramener au bercail ?
Iles! toul à l'ail caractéristique qu'à mesure qu'elles deviennent plus parfaites el qu'elles s'élèvent davantage, par leur piété individuelle, ces âmes protestantes semblenl se détacher de leur église el s'isoler du milieu prolestant. <>n dirait «pie c'est leur vertu même <pii les pousse dehors el qu'elles n'en sortent que pour devenir meilleures1. Tandis que nos saints, si haut qu'ils montent, ne perdent janiii is contact avec les masses catholiques. C'est au contraire, de leur union plus intime avec leur Eglise, qu'ils tirent leur plus grande perfection. G'esl la sève catholique qui les vivifie et ils la puisent en plein sol catholique.
I <■• Goyau, L'Allemagne Religieuse, p. S45
— Où en sont aujourd'hui les Eglises protestantes ?
En Allemagne, pour se garer des inconvénients du libre examen, on l'avait prudemment remisé, comme un objet dangereux auquel il vaut mieux ne pas toucher.
La paroisse protestante, organisée tant bien cpie mal sur le type de la paroisse catholique, préservait le peuple, î\ peu près, avec le prône du pasteur. Mais le libre examen, mis à la porte des temples, s'installa, comme chez lui. dans les Universités où s'inlruisent les jeunes ministres; et, par cette voie détournée; il rentra sournoisement dans les paroisses, à la ville et au village, pour y l'aire son œuvre de désagrégation.
Il y eut scission dans le clergé : les tenants des vieilles professions de loi nlïiririb's. Je s orth odoxes . puis, les libéraux, les modernes absolument rationalistes : situation extrémemeni fausse de deux fn-re s siamois qui seraienl brouillés ensemble.
DANS L'HISTOIRE 1 i(J
Le peuple ne s'en aperçut pas tout do suite, parce que les consistoires y veillaient et imposaient à la jeune école des réserves sévères, au moins dans les prêches ; et les pasteurs libéraux, gardant pour eux leur pensée intime, donnaient en chaire l'enseignement traditionnel tout comme les orthodoxes, <|iiitle à se rattraper dans les conférences, les journaux, les brochures, les conversations; car. si le consistoire avait droit de contrôle sur la prédication, la propagande lui échappait.
Aussi, au spectacle de toutes ces divergences, discussions, querelles, divisions, la foi s'en va tous les jours. Ce n'est plus une croyance, c'est une philosophie, une opinion ; et la religion, réduite à l'état de vague sentimentalité, s'évanouit peu à peu dans l'incrédulité' et dans l'indifférence '.
En 1902, ces dissensions, qui travaillent également le protestantisme français, eurent un écho, ici, à Reims.