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el d'accepter, en même temps que l'Évangile, les observances mosaïques.
C'était compliquer la question religieuse d'une grave question sociale et politique.
Les Juifs, en général, ceux de la dispersion surtoul, « ces vagabonds d'Israël », étaient trop mal vus, à Alexandrie, ù Athènes, à Home, partout, pour que les étrangers pussent se prêter, sans s'amoindrir, à ces initiations qui équivalaient, en somme, à une naturalisation juive : l'orgueil d'un grec ou d'un romain devait fatalement se cabrer devant celte porte trop basse.
On le vit bientôt, dès que la propagande, débordant la Judée, entama Antiochc, Chypre, l'Asie -Mineure.
A Jérusalem, la chose, au début, n'avait pas d'importance. Apparemment, l'ail ilude d'un disciple de Jésus ne se distinguait guère de celle d'un juif pieux ; il gardait les mêmes livres, les mêmes rites : comme lui, il allait au Temple. Mais, ailleurs, il en fut tout autrement.
D'abord accueilli, à t ï ( i-< • de concitoyen, dans les Juiveries de l'endroit, l'Apôtre se heurtait tout de suite à un double écueil : tant qu'il subordonnai! sou action aux convenances ou aux exigences de ces petites communautés juives, elle étail paralysée auprès des païens ; et, silùt qu'il faisait mine de s'affranchir un peu du rigorisme mosaïque pour faciliter la conversion des étrangers, c'était toute la colonie juivequi s'insurgeail contre lui,
L'Église étail bloquée, dans une impasse. S. Paul, plus frappé de ce danger • ■l autorisé d'ailleurs par l'exemple de S. Pierre quia vail baptisé dans ces conditions le centurion Corneille1, rompil résolument avec les vieux partis attardés d'Iraël. Il prêcha l'Evangile el baptisa ses néophytes sans leur imposer le fardeau inutile el encombrant de l'ancienne Loi, <|n'il déclara abrogée.
Là-dessus, grand «'moi à la Métropole, à Jérusalem, où l'on vivail hop entre
J. AH., \, '.i, a,
Juifs poii!' se rendre bien compte de la difficulté. El il fallul du temps, des discussions, donl les Actes el les Epîtres nous ont conservé les échos1, pour câliner les esprits cl arrêter les résolutions <lélinili\ es.
La tactique de Paul finit par prévaloir; et,rËglise, dégagée «les liens du Mosaïsnie. allégée du poids mort de ce formalisme légal, retrouva la liberté de son apostolal en face de la Gentilité9.
— .M;iis. à peine échappée au péril juif, elle se heurte à l'Empire.
Rome toute-puissante avait courbé sous -ou joug île fer toutes les nations ; elle avait réalisé, avec ces éléments disparates, l'unité du monde civilisé. Elle avait créé partout des voies de communication ; et. les peuples, fatigués de tant de guerres, si- tenaient en paix.
1. Galat., [1,8-10; AcL. XV, 1-11. 28. — 2. Duchêsne. Hisl. anc. de l'Église. — Freppel. Lulle primitive du Christianisme avec le .Judaïsme. Cf. Les Pérès Apost. IV» leçon, |>. 69). /.<< Con/n juive (Cf. Apologistes du II" siècle, XIX* leçon, p. 385).
Ces avantages matériels permirent à l'Eglise d'essaimer plus aisément.
La Indique était la même. Le premier noyau de lidèles se formait aux dépens des juiveries locales. L'inévitable crise éclatait cuire les judaïsants réfractaires et les convertis, qu'on pourrait appeler u des Juifs progressistes ».
Il yavail rupture; et, une fois le divorce ouvertement consommé avec la synagogue, c'est-à-dire, dès qu'elle n'avait plus figure juive, l'Eglise gagnail du terrain parmi les païens : chez l'es petites gens, surtout, dans le petit peuple, « chez ceux-là '//if Dieu préfère cl que le monde méprise, dit S. Paul1 ; mais, en même temps, elle pénétrait dans les familles patriciennes et jusque dans la maison de l ar2.
Quand S. Paul, en l'an 58, écrivit son épltreaux Romains, il \ ;i\;iil déjàà Rome une chrétienté importante, organisée3.
1- I Cor., 1,26. '.' \. i. \|||, 7; XVII, I. 12. 34 ; XVIII, 2, 26; l'I.il., IV, 22; lion,.. \\l. ]<). 3. Doohêbne, Histoire ancienne <!<■ PEglise, p. ">:>.
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La venue de S. Pierre à Rome, dont on ne saurait préciser exactement la date, niais que l'histoire ne conteste plus1, sa mort en 64, <[iii fut moins sensationnelle assurément que l'élégant suicide de Pétrone, à la Cour do Néron2, fixaient à jamais le centre de l'Eglise à Rome.
« Il tondait la Home des Papes dont la gloire prochaine éclipserait 1rs splendeurs d<- la Home des Césars. 11 mettait, du même coup, au service du catholicisme naissant, la grandeur et le renom de la Home antique, puissance de la veille; et, au service de Home, le catholicisme, puissance du lendemain, l'une continuant l'autre » '■'.
— Au 11e siècle, malgré les aberrations étranges et immorales de la gnose, qui étaient bien faites, cependant, pour jeter la confusion dans les esprits4, la prédication évangélique avait débordé les frontières de l'Empire.
1. Duciièsne, Opus cil., p. 61. .!. Goiraud, Rev. tPApol , T. I. p. 97 ; P. Allaro. — 2. Sienkiewicz, Qao Vadis,p. 635. — 3.G. Gotau. Les Papes cl la t'.ioilisetion, p. 10. — i. DucutsNB, Opus ci/., p. 186, 244.
34 l'ém.ise IïT LKS églises
Les chrétiens ne s'occupaient pas de politique.
Us vivaient entre eux, à l'écart, en citoyens paisibles, sans prendre part aux jeux du Cirque ni aux débats du Forum : mais, de sa nature, le Christianisme devait fatalement bouleverser la Constitution de l'Empire.
Loin d'être séparée de l'Etat, dans cette civilisation païenne, la religion ne faisail qu'une seule el même chose avec lui. Elle était intimement liée aux moindres actes de la vie sociale et politique. Le Pouvoir était essentiellement religieux, au point que h' César imperator, maître du monde, étail <m même temps Ponlifex maximus, le Pontife souverain , bien plus, il étail dieu, ou du moins I raité comme l<d : et, en fait, son caprice était la Loi suprême des choses1. En sorte qu'il étail impossible de toucher ;i la religion sans toucher à César, sans ébranler l'Etal .
1. Kubth, Origines de ta Civilisation moderne, T. I. c. 1". — Nicolay, Histoire des croyances, T. I, \>. 108
Il yavail incompatibilité irréductible entre la doctrine de Jésus el le principe sur lequel reposait l'Empire ; et les chrétiens faisaient, en quelque sorte, œuvre d'anarchistes : ils désagrégeaient l'Empire en prêchant l'Evangile.
Assurément, ils n'y songeaient point et personne n'y prit garde ; effr ces répercussions lointaines de l'Apostolat échappaient à eux connue aux autres. Aussi, n'est-ce pas à ce titre de perturbateurs de l'ordre publie qu'ils ont été poursuivis, pour menées secrètes contre la sûreté de l'Etat, mais bien sur le terrain religieux, parce «pic. précisément, ils refusaient de faire les actes d'idolâtrie qui constituaient le culte officiel de l'Empire1.
Dans cette vaste mosaïque de peuples, les cultes s'amalgamaient comme les nationalités ; les tolérances cultuelles allaient jusqu'à la fusion, la confusion des religions -.
1. P. Ali.aud. Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles. Introd. s III- — 2. J- Marquahdt, Le culte chez les Romains, T. I, 41, 83, 91.
On pouvait garder la sienne, pourvu que l'on prit celle de Rome.
Seuls, le Judaïsme elle Christianisme, avec leur intransigeance exclusive, maintenaient jalousement leur autonomie. Ils restaient à part et devenaient suspects. Le gouvernement ne distinguant pas très bien le chrétien du Juif, il arriva que les colonies juives, qui avaient depuis longtemps leur nid fait dans ce monde-là, risquaient de voir leur situation compromise par l'active propagande des chrétiens. Alors, pour parer le coup, les Juifs les dénonçaient '.
Telles furent les causes générales et les prétextes des persécutions.
Ce sérail une erreur de se les représenter comme une suite ininterrompue de violences, de carnages et de massacres, une chasse libre et désordonnée aux chrétiens. Il y eul bien, çà el là, des désordres, quelques explosions de fureur populaire ; mais, d'ordinaire, cela se passai! méthodiquement, tout comme