II. — Mosaïques de l'étage inférieur
Si , franchissant les portes du narthex, nous entrons dans l'église , nous trouvons l'étage inférieur du monument entièrement tapissé de mosaïques. Dans la courbe des arcades tendues au-dessus du vestibule , dans les voûtes d'arête qu'elles soutiennent , dans les passages qui du vestibule mènent dans l'église , dans les voûtes qui couvrent les branches de la croix , dans les hémicycles ménagés au rentrant des maîtres piliers, dans les arcades qui donnent accès aux petites absides , dans ces absides enfin , apparaissent sur un fond d'or une multitude de saints moines et de saints évêques, aux attitudes graves et calmes, aux traits sévères et durs. Les héros les plus illustres de l'ascétisme byzantin ont été représentés dans cette église de monastère, et proposés en quelque sorte en modèle à l'admiration de leurs successeurs. Sur tous ces visages un même sentiment éclate , celui du recueillement et du respect : l'artiste ne s'est point piqué d'introduire la variété dans l'expression des figures ; mais il a su du moins poser et draper ses personnages , bien qu'ici encore les proportions des corps soient déjà singulièrement courtes et ramassées. Pour ces mosaïques aussi , les comparaisons avec le Ménologe sont fort instructives. Non seulement beaucoup des personnages représentés à Saint-Luc figurent avec les mêmes traits et la même attitude dans le manuscrit du Vatican : mais prenez n'importe lequel des martyrs ou des saints du Mènologe, il semblera détaché des murailles de Saint- Luc. Nous ne pouvons citer en détail les nombreuses figures du manuscrit qui se rapprochent de nos mosaïques (2) ; mais il faut, parmi elles, signaler cinq apô-
(1) MenoL, I, 158.
(2) Menol., I, 56, 120, 127, 183; II, 39, 48, 50, 67, 116, 136, 177, 198, 199, 200, 201, 215, 217.
très dus au pinceau de Siméon Blachernita (1), et qui peuvent compter parmi les plus belles peintures du manuscrit. Les mosaïques de Saint- Luc n'en sont point indignes. Sans doute , quand il s'agit de composer une scène , de placer les personnages dans des attitudes variées, l'art byzantin du onzième siècle montre quelque gaucherie et quelque gêne; mais il excelle à peindre ces calmes et immobiles figures, à rendre ces expressions graves et comme figées , à représenter ces héros de l'église et du cloître , qu'il chérit ardemment , et dont les images, transmises d'âge en âge, ornent aujourd'hui encore les murailles de toute église d'Orient.
1° A gauche du bras occidental de la croix, plus élevé que la voûte du vestibule, deux saints sont représentés dans la courbe de la première arcade. Ce sont saint Théodore Studite et saint Daniel l'ascète (O THC CKHTGOC), tous deux vêtus du costume monastique, avec la longue robe brune et le manteau noir jeté sur les épaules. Par un geste familier aux ascètes byzantins, ils élèvent les deux mains à la hauteur de la poitrine : les têtes sont nimbées et terminées par de longues barbes blanches taillées en pointe (2). Par un procédé particulier aux mosaïstes byzantins , les lumières qui éclairent les visages sont figurées par des mosaïques d'argent. Les figures sont bien modelées , mais les corps sont courts et ramassés.
La voûte d'arête qui suit est partagée , suivant l'usage, en quatre compartiments triangulaires , renfermant chacun un médaillon de saint : ce sont saint Théoctistos, saint Maximos , saint Nil et saint Dositheos (3), tous barbus et tenant à la main une croix (4). — Deux autres médaillons sont placés au-dessus de l'arcade trilobée , séparés par des arabesques bleues , courant sur fond d'or ; ils représentent saint Joannikios (5) et saint Sisoës (6) : tous deux , comme les précédents , tiennent en main une croix.
Au tympan de l'arcade adossée au mur occidental, une mosaïque remarquable représente saint Luc O TOTPNHKHOTHC (?) en
(1) Menol., I, 166, f° 150 du manuscrit.
(2) Sur ces deux saints, cf. Manuel, 332, 333, et Menol, I, 181, une représentation, différant d'ailleurs de notre mosaïque, de saint Théodore Studite.
(3) Manuel, 332, 333.
(4) Cf. Menol., II, 90, S. Théoctistos.
(5) Manuel, 334 ; Menol., I, 164.
(6) Manuel, 335.
attitude d'orant. Les cheveux sont noirs, la barbe de même couleur et taillée en pointe, le visage maigre aux pommettes très saillantes , la tête excellente, pleine de vie et d'expression. Malheureusement je n'ai pu trouver aucun renseignement sur le saint figuré dans cette mosaïque, ni sur l'épithète de ô youpvr\*n6vi\ç qui lui est attribuée. Ce n'est point assurément le patron du monastère; ce dernier se trouve représenté plus loin avec un aspect tout différent. Sans doute dans ce saint Luc il faut reconnaître quelqu'un de ces saints grecs , de date relativement récente , comme saint Nikon de Sparte , auquel il fait pendant.
Enfin, dans l'arcade ouverte entre le maître pilier de gauche et le petit pilier, quatre saints moines sont représentés debout : à gauche, saint Arsène et saint Antoine (1), ce dernier vêtu d'un manteau bleu relevé sur la tête comme la cagoule des pénitents du moyen âge ; à droite ; saint Hilarion et saint Ephrem (2).
Dans les deux compartiments du vaisseau latéral de gauche , des peintures de date récente ont remplacé les mosaïques.
2° Dans la première arcade à droite de la croisée , saint Jean Climaque (O THC KAHMAKOC) et saint Macarios l'Egyptien sont représentés en costume monastique, ce dernier assez avancé en âge , avec des cheveux gris et une barbe en pointe de la même couleur, ressemblant de tout point au portrait que le Mênologe trace du même saint (3). Dans les compartiments de la voûte en arête, quatre médaillons contiennent les figures de saint Poimen (4), de saint Abramios(5), de saint Jean le mutilé (O KAOBOC pour ô KoXoêoç) (6), et de saint Jean le Galyvite (7). Ce dernier, imberbe, au visage maigre et ascétique, aux cheveux roux coupés court, a, dans l'iconographie byzantine , un type d'une singulière énergie (8) , qui est ici rendu avec une grande vigueur. Les quatre saints tiennent en main une croix. Au-dessus de l'arcade trilobée, deux autres médaillons représentent saint Etienne le jeune (9) et saint Martinianos.
Au tympan de l'arcade adossée au mur occidental , une remar-
(1) Manuel, 330, 331.
(2) Manuel, 330, 333. Cf., pour S. Hilarion, Menol., I, 132.
(3) Menol., II, 121. Manuel, 333.
(4) Manuel, 333.
(5) Manuel, 332. Menol., I, 150.
(6) Manuel, 335.
(7) Manuel, 335.
(8) Menol., II, 109.
(9) Manuel, 332.
quable mosaïque représente saint Nikon le pénitent (1) (O MG- TANOCITAI) (sic). Il est, comme saint Luc, en attitude d'orant : sa barbe et ses cheveux sont noirs; son visage parfaitement modelé. Il semble que le mosaïste se soit particulièrement appliqué à ces deux figures de saints, de proportions plus grandes et d'exécution plus soignée.
Enfin, dans l'arcade ouverte entre le maître pilier et le petit pilier, on trouve, à droite, saint Euthymios (2), avec une longue barbe descendant jusqu'à la ceinture (3) , et saint Sabas (4) ; à gauche , saint Pachome (5) et saint Theodosios (6). Tous tiennent en main des croix et rappellent, par l'attitude et le costume, les ascètes représentés dans le Ménologe basilien. '
La nef latérale de droite est , comme celle de gauche , décorée de peintures de date fort récente.
3° Dans l'espace réservé sous la coupole , au-dessus des niches ménagées dans l'épaisseur des maîtres piliers, se trouvent des conques demi-sphériques décorées de mosaïques. On y a placé quatre des grands saints de l'Eglise orientale , choisis , non plus parmi les moines qui décoraient uniformément le vestibule, mais parmi les évêques. Au premier pilier de gauche, c'est saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néocésarée, représenté en buste et vêtu du costume épiscopal ; il porte un livre sur le bras gauche. La tête est traitée avec beaucoup de soin : une barbe grise et des boucles , retombant sur les côtés du visage , l'encadrent ; le crâne est chauve (7). Au pilier de droite apparaît saint Nicolas , vêtu, lui aussi , du costume épiscopal et tenant de la main gauche le livre des évangiles (8). Au second pilier de gauche, saint Basile a une tête énergique , encadrée d'une barbe noire et de cheveux de même couleur (9). Enfin, au second pilier de droite, saint Jean Chrysostome est représenté (10). Les quatre figures sont d'une exécution remarquable , les draperies sont heureusement disposées , les visages traités avec une vigueur et un natu-
(1) Manuel, 336.
(2) Manuel, 330.
(3) Menol., II, 125.
(4) Menol, II, il.
(5) Manuel, 330.
(G) Ibid.. Cf. Menol., II, 173.
(7) Manuel, 318. Menol., I, 194.
(8) Manuel, 316. Menol., II, 12.
(9) Manuel, 316. Menol., II, 75.
(10) Manuel, 316.
rel dignes d'attention. Chaque personnage a an type individuel fortement caractérisé. Les mains seules sont mauvaises et déparent ces portraits.
4° Dans le bras droit de la croix , la voûte est également tapissée de mosaïques. Quatre médaillons occupent les quatre compartiments triangulaires. Dans l'un , le Christ , vêtu d'une tunique dorée et d'un manteau bleu, tient, de la main gauche, un livre et bénit de la droite. De longs cheveux bruns , traités avec un soin peut-être excessif , et une barbe roussâtre encadrent la figure , fort allongée et d'un modelé médiocre. Le type du Seigneur, tel qu'il est ici représenté, semble bien appartenir au onzième siècle. En face du Christ, saint Zacharie est vêtu d'une tunique blanche, recouverte d'un grand manteau rouge attaché sur le devant de la poitrine. De longs cheveux blancs et une barbe en pointe encadrent le visage. Enfin, les deux autres compartiments renferment, l'un, l'archange Uriel, dont la tête est repeinte; l'autre, l'archange Raphaël , vêtu de blanc, et tenant à la main une haste, terminée en fleuron. De grandes ailes flottent derrière lui. La tête , couronnée de cheveux bouclés que traverse une bandelette, est médiocre et nullement supérieure aux figures d'archanges placées dans le second narthex.
Au tympan des arcades qui soutiennent la voûte, d'autres mosaïques représentent , à l'est , la madone tenant le Christ enfant; à l'ouest, un saint dont le nom a disparu. Il porte des vêtements blancs heureusement drapés , et , de la main , tient un volumen rouge. La tête, imberbe, couronnée de cheveux frisés, est d'un modelé juste et fin; l'ensemble est excellent. La madone n'est pas moins remarquable. Les draperies de son manteau bleu et du voile liseré d'or qui couvre sa tête sont fort bien traitées ; le Christ, en tunique bleue, recouverte d'un manteau doré, a une tête charmante et une attitude d'un naturel parfait. Au-dessus de l'arcade trilobée qui sépare le bras de la croix du vaisseau central, trois médaillons renferment, au milieu, une croix à huit branches inscrite dans un cercle ; de chaque côté , l'image de saint Ananias et de saint Cléopas (1), tous deux parfaitement drapés. Au-dessus de la porte d'entrée, deux autres des disciples, Sosipatros et Jason (2), sont figurés.
5° A la voûte du bras gauche de la croix , quatre médaillons remplissent les quatre compartiments triangulaires. L'un ren-
(1) Manuel, 312, 310.
(2) Manuel, 313.
ferme une image du Christ , vêtu d'une robe dorée et d'un manteau bleu , tenant sur le bras droit un livre gemmé. Le type du Sauveur est ici fort différent de la représentation placée au bras sud de la croix. De longs cheveux très fins d'un blond clair, une barbe de la même couleur encadrent un visage au teint sombre , éclairé seulement par quelques lumières d'argent ; des yeux profonds se creusent sous les sourcils. L'air du visage a quelque chose d'étrange, qui fait contraste avec les portraits ordinaires du Sauveur (1). En face du Christ, saint Jacques l'Adelphotheos est représenté en costume épiscopal (2), avec de longs cheveux et une barbe blanche , un teint fortement bistré comme celui de Jésus. Les deux autres compartiments sont occupés par les archanges Michel et Gabriel , d'exécution aussi médiocre que ceux de la croisée du sud.
Au tympan de l'arcade orientale, la madone est encore une fois représentée portant l'enfant Jésus , mais avec un type fort différent de celui que nous avons rencontré tout à l'heure. Dans la croisée de droite, la madone, tient de ses deux mains abaissées le Christ sur sa poitrine : ici, Jésus est, au contraire, renversé sur le bras droit de la madone dans une attitude gauche et maladroite. La madone elle-même, au reste fortement retouchée, est médiocre ; mais la comparaison des deux images atteste la variété des types attribués à la madone dans l'iconographie byzantine, et dont les sceaux byzantins offrent fréquemment la preuve (3). Audessus de l'arc trilobé qui sépare la branche de la croix du vaisseau central, trois médaillons renferment des saints aux vêtements blancs : saint Nicanor, saint Timon et saint Akylas (4). Au-dessus de la porte d'entrée sont placés trois autres des disciples : Barnabas, Etienne et Prochoros (5). Mais la mosaïque la plus intéressante est celle qui, au tympan de l'arcade occidentale , représente le patron même du couvent : saint Luc. Il est figuré en buste, les mains levées dans l'attitude d'orant, vêtu d'un manteau bleu, retombant sur ses bras et sa poitrine en draperies nombreuses et élégantes. Une cagoule bleue, à bande d'or , est placée sur sa tête; une barbe blonde et longue, taillée en pointe, termine le
(1) Cf. Didron, Manuel, p. 454, note.
(2) Manuel, 317. Cf. ibid., 309.
(3) Schlumbergor, La Vierge, le Christ et les saints sur les sceaux byzantins, 1-4, 20 et suiv.
(4) Manuel, 312, 313, 315.
(5) Manuel, 312, 313, 315.
visage. Le modelé est excellent. Les mains, petites et sèches, sont moins heureusement rendues ; mais l'expression est vivante et l'ensemble remarquable (1).
6° Enfin , les petites absides sont également ornées de mosaïques. A gauche, dans la courbe de l'arcade qui donne accès dans le sanctuaire , de saints évoques sont représentés debout : à gauche, saint Cyrille d'Alexandrie et saint Ignace le Théophore (2) ; à droite, saint Grégoire de la grande Arménie (3), et un autre dont le nom a disparu, peut-être saint Clément de Rome (4). Tous quatre sont vêtus du costume épiscopal. Dans le reste de l'abside, les mosaïques ont disparu et ont été remplacées, au dixseptième siècle, par de médiocres peintures.
La décoration de l'abside de droite est tout autrement complète et intéressante. Dans l'arcade d'entrée , quatre figures de saints apparaissent : à droite, saint Philotheos (5) et saint Denys l'Aréopagite (6) ; à gauche , saint Hierotheos (7) et saint Grégoire de Nysse (8). Tous quatre portent le costume épiscopal. Comme la plupart des ascètes et des saints qui décorent les murailles de Saint-Luc, ils ont le corps court et ramassé, l'attitude un peu compassée et raide ; les têtes, assez bien traitées, semblent toutes copiées sur le même modèle. Ces figures aussi ont de grandes ressemblances avec les miniatures du Ménologe basilien.
Dans la voûte d'arête qui couvre l'abside , quatre médaillons représentent saint Antipas, saint Polycarpe (9), saint Anthimos et saint Eleutherios. Dans l'arcade du fond , quatre autres saints évêques sont debout : saint Spyridon (10) et saint Silvestre(l 1) à gauche, saint Cyprien et saint Achille ('A/£iXi'oç) (12) à droite. Dans la fenêtre géminée qui s'ouvre au fond de l'abside, saint Théodore Tiron, en buste, tenant de la main une croix, est placé entre les deux arcades.
(1) Cf. une représentation de S. Luc le Jeune dans un manuscrit de Messine, que j'ai étudié ailleurs (Mél. de l'Ecole de Rome, 1888). Manuel, 333.
(2) Manuel, 316, 317.
(3) Manuel, 318. MenoL, I, 76.
(4) On lit la fin seule du nom : ...MHC (KXrjfJiYiç). Manuel, 320.
(5) Manuel, 337. MenoL, I, 40.
(6) Manuel, 317.
(7) Manuel, 318. MenoL, I, 92.
(8) Manuel, 317. MenoL, II, 92.
(9) Manuel, 318, 319.
(10) Manuel, 316. MenoL, II, 24.
(11) Manuel, 317. MenoL, II, 78.
(12) Manuel, 329, 330.
La partie la plus intéressante de la décoration est celle qui occupe le tympan des deux arcades nord et sud. On y a représenté deux sujets empruntés aux plus vieilles traditions de l'art chrétien primitif (1) : à droite, les trois jeunes gens dans la fournaise (01 AHOI TPGIC TTAIAGC); à gauche, Daniel dans la fosse aux lions. Les trois enfants placés dans la fournaise sont vus en buste seulement : celui du milieu étend les mains en attitude d'orant ; les deux autres les tiennent levées devant la poitrine. Les têtes imberbes sont fort bonnes. Au-dessus d'eux plane un ange qui étend les mains sur la tête des martyrs. De l'autre côté, Daniel est debout, les mains levées , en attitude d'orant , la tête imberbe. Il porte des braies de couleur bleue , semblables aux saraballes dont sont vêtus les mages (2) , une tunique et un grand manteau rouge attaché sur le devant de la poitrine et retombant le long du dos. Deux lions rampent à ses pieds (3). Ces sujets, empruntés à l'art chrétien primitif, se trouvent rarement séparés dans les manuscrits byzantins. Dans le Grégoire de Nazianze du neuvième siècle, dans le Ménologe du onzième, ils sont placés l'un à côté de l'autre, comme dans les mosaïques de Saint- Luc. D'ailleurs , l'art byzantin n'a nullement cherché à innover dans ces sujets consacrés par une longue et respectable tradition. Au neuvième siècle (4), comme au dixième (5), le type est le même , et les mosaïques de Saint-Luc s'y conforment exactement.
L'impression que produit l'ensemble de cette décoration est fort mêlée. Assurément, on sent qu'un esprit bien ordonné a présidé au groupement des mosaïques dans les diverses parties de l'église, mettant au vestibule le chœur des saints solitaires, à l'abside celui des saints évêques ; dans les branches de la croix , les personnes divines et les anges, entourant le Christ du chœur des disciples. Nous trouverons plus loin encore la trace de cette savante disposition , qui classe les figures en groupes symétriques et assigne à chaque catégorie de. sujets sa place déterminée. Mais , à côté de cette unité de conception , apparaissent dans l'exécution de singulières différences. Certaines figures sont
(1) Sur cette tendance de l'art au onzième siècle, à reprendre les sujets des catacombes. Bayet, L'art byz., 167-168.
(2) Bayet et Duchesne, Mission au mont Athos, 253, 272.
(3) Manuel, 118, 120.
(4) B. N., 510, f° 435 (Bordier, 86).
(5) Menol,, II, 36, 37.
traitées avec un soin remarquable : ainsi les bustes de saint Nikon , des deux saint Luc et des évêques places sur les piliers. Au contraire , les images des moines et des autres évêques sont d'une uniformité un peu monotone et d'une moindre valeur. Mais c'est surtout dans les mosaïques placées à la voûte des deux croisées que de grandes faiblesses apparaissent : les images du Christ et des archanges sont notablement inférieures au reste de la décoration. Il ne semble point pourtant qu'elles appartiennent à une autre époque : les caractères iconographiques leur assignent la même date qu'aux autres mosaïques. Mais , dans une décoration aussi considérable , plusieurs artistes ont trouvé à occuper leur talent : il semble bien que les mosaïques des croisées n'ont point été confiées au plus habile.
Quoi qu'il en soit, c'est au onzième siècle que nous reportent toutes ces figures; et si les saints ascètes, avec leurs traits rudes, leurs membres amaigris, rappellent d'une façon trop sensible le triomphe de l'école monastique (1), du moins plusieurs œuvres remarquables , en particulier les portraits de saint Nikon et des deux saint Luc , traités avec une rare vigueur , donnent une bonne idée de ce que l'école byzantine du onzième siècle était capable de produire.