III. — Mosaïques de l'étage supérieur
1° A l'étage supérieur, les fenêtres ouvertes du gynécée sur l'église étaient également décorées de mosaïques. Les huit fenêtres géminées, encadrées entre les piliers, portaient, à la courbe de leurs arcades, de riches décors, et, au tympan de chacune d'elles, un buste de saint sur fond d'or était représenté. De ces images , plusieurs ont disparu : on distingue seulement , aux deux fenêtres de l'angle sud-ouest , les figures de saint Adrien et de saint Siméon ; aux deux fenêtres de l'angle nord-ouest, celles de saint Procope et de saint Agathangelos. Les saints de l'angle sud-est s'aperçoivent mal dans la pénombre ; ceux de l'angle nord-est ont été remplacés par de grossières peintures.
Même aventure est arrivée aux mosaïques du bras occidental de la croix. Les trois fenêtres trilobées portaient, dans la courbe de leurs arcades, un décor d'arabesques dorées sur fond bleu,
(1) Il faut remarquer, pourtant, que ces saints sont bien supérieurs à ceux de la fin du onzième siccle. Cf. Vat. , 665 (Panoplie dogmatique) dans Agincourt, VI, pl. 58.
dont quelques parties subsistent, et, au tympan de chacune d'entre elles, trois médaillons de saints entièrement repeints aujourd'hui. Au-dessus des deux fenêtres latérales s'ouvrait, de chaque côté, une niche décorée de mosaïques et renfermant une roue enflammée , vers laquelle s'inclinaient deux anges placés dans l'espace triangulaire compris entre la courbe de l'arcade et l'angle de la muraille. Ces mosaïques aussi ont été remplacées par de mauvaises peintures.
Enfin, dans la voûte d'arête qui couvre la croisée ouest, quatre médaillons de saints occupaient les quatre espaces triangulaires. Deux d'entre eux subsistent aujourd'hui, et l'un a le visage fortement restauré. Seul, saint Simon a gardé son aspect primitif. La tête est excellente , pleine de vivacité , les draperies blanches bien traitées ; la main gauche tient un volumen.
Les autres voûtes du gynécée ne semblent point avoir reçu une décoration en mosaïque ; les croisées nord et sud seulement paraissent avoir fait exception, mais il ne reste aujourd'hui aucune trace de ces mosaïques.
2° La seule partie importante des mosaïques de l'étage supérieur est celle qui décore les quatre grand arcs de tête. Chacun d'eux porte au sommet de l'arcade un médaillon de saint, et de chaque côté, debout, un des saints guerriers. Au sud, saint Nestor est au centre, fortement retouché à la peinture; saint Démétrius et saint Théodore Tiron sont placés dans la courbe de l'arcade. Tous deux portent le costume militaire. Saint Démétrius a de hautes bottines blanches, des chausses bleues fort étroites, une tunique violette bordée d'or, par dessus laquelle la brigandine à écailles est passée. Un grand manteau blanc, attaché sur la poitrine , retombe derrière les épaules, une main tient la lance, l'autre s'appuie sur un bouclier rond (1). La tête, imberbe, est nimbée, mais l'ensemble est médiocre, le corps est court et trapu, le personnage mal posé. Saint Théodore Tiron est tout autrement remarquable : lui aussi porte le costume militaire , sur lequel est jeté un ample manteau violet; ses mains tiennent la lance et le bouclier. La tête , allongée , est terminée par une barbe brune taillée en pointe , le nez est mince et droit , les yeux largement ouverts, l'expression pleine de vie, le modelé excellent.
(1) Sur ce costume, qui apparaît vers le neuvième siècle et diffère entièrement de l'accoutrement militaire antique, voir Weiss, Kostùmkunde , V édit., II, 53, 54.
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Au grand arc occidental, saint Christophe, partiellement repeint, occupe le sommet de l'arcade. A ses côtés, saint Procope et saint Mercure sont debout, vêtus tous deux du costume militaire. Saint Mercure, les jambes nues, la tunique courte recouverte d'une brigandine d'or, un grand manteau violet retombant derrière les épaules , appuie la main droite sur la poignée de son épée. Des cheveux frisés, une barbe brune encadrent le visage. Saint Procope, armé de la lance et du bouclier, le visage imberbe, est moins heureusement traité.
Au grand arc septentrional, le médaillon repeint représente saint Nicolas le jeune; sur les côtés sont placés saint Théodore Stratilate, également restauré à force de peinture, et saint Georges , le dernier des six grands saints guerriers avec la tunique bleue bordée d'or, la brigandine, les chausses bleues, et un grand manteau rouge. Il s'appuie sur la lance et le bouclier. La tête imberbe, aux cheveux bouclés, est allongée et terminée en pointe; l'exécution est assez bonne.
Enfin , au grand arc oriental , les deux archanges Michel et Gabriel sont debout; entre eux, un médaillon représente Je Sauveur. Les figures des deux archanges sont particulièrement remarquables. Gabriel est vêtu d'une robe blanche, par-dessus laquelle est passée une longue tunique bleue , ornée d'un large orfroi, et bordée au cou et à la partie inférieure d'une bande d'or. De grandes ailes de couleur violette, traversées de lumières d'or, retombent très bas, le long du corps de l'archange. Les pieds sont chaussés de bottines de pourpre. La main gauche tient une haste d'or, au haut de laquelle est fixée une plaque portant l'acclamation : ATIOC, AHOC , ATIOC. La tête, nimbée, est imberbe, et d'un modelé excellent : les cheveux sont blonds et bouclés, traversés d'une bandelette d'or, le nez droit et long, la bouche petite et bien formée. L'archange Michel, dont la partie inférieure est repeinte, porte le même costume, et tient, comme Gabriel, une haste dans la main ; les cheveux, blonds, sont éclairés de lumières dorées, et traversés d'une bandelette blanche; le modelé du visage est excellent.
Les huit figures que nous venons de décrire celles de saint Théodore Tiron et de l'archange Gabriel en particulier, sont peutêtre les plus remarquables de toutes celles qui décorent le couvent de Saint-Luc. A côté des évèques et des moines, aux corps lourds et mal taillés , aux visages austères et rudes , ces beaux adolescents, au corps élégant et souple, au visage plein d'une sereine et juvénile beauté, semblent appartenir à une autre époque
et à une autre race (1). C'est qu'aussi bien ils ont une autre origine. Les uns sortent du cloître , les autres sont inspirés des modèles de l'antiquité. Pourtant on sent déjà que le beau temps de l'école du dixième siècle est passé ; si les visages sont toujours empreints d'une remarquable beauté , les proportions des corps sont moins exactes. La plupart des saints guerriers ont la stature ramassée et courte; les deux archanges, au contraire, ont la taille allongée et amaigrie, d'une élégance un peu maniérée; le dessin aussi a moins de sûreté. Mais l'éclat des couleurs, la vigueur de l'exécution, l'expression des visages compensent ces faiblesses, et les meilleures miniatures du Ménologe ne sont guère supérieures à ces figures.
Dans le Ménologe , où l'on retrouve , comme à Saint-Luc , cette perpétuelle association de traditions artistiques tout opposées, où les saints guerriers et les saints ascètes s'entremêlent continuellement (2), deux figures doivent être particulièrement rapprochées de nos mosaïques. C'est un portrait de saint Théodore Stratilate, dû au pinceau de Pantaléon (3), et une figure de saint Michel, tracée par Nestor (4). Par l'attitude, le costume, l'expression des visages, ces miniatures rappellent, à s'y méprendre, les mosaïques de Saint-Luc (5).
(1) Cf. Bayet, L'art byzantin, 182, 183.
(2) Voir, par exemple, fos 313 et 314, S. Théodore et le moine Theodosios (édit. Albani, II, 172, 173). Le contraste des deux traditions est frappant.
(3) F0 313 (édit. Albani, II, 173).
(4) F° 168 (ibid., I, 174).
(5) Il est intéressant de comparer aux archanges de Saint-Luc ceux qui décorent l'arc triomphal d'une église de Nicée , consacrée à la K6i\ir\an tîj; IlavayCaç. Ces mosaïques, signalées par Texier (Asie Mineure , 1 , 51) , mais décrites par lui d'une manière fort incomplète, doivent être attribuées, ce semble, au dixième siècle environ. Une inscription, tracée sur la mosaïque du narthex, est ainsi conçue (1) :
+ KG BOHOHcL CCûAXACjû NIKHOOPCjû nATPIKIU) KAI nPGùTGO BCCTH KAI . MGTAACjO GTAIPIAPKH
Le grand hétériarque Nicéphore n'est point connu par les textes ; mais peut-être faut-il l'identifier avec un personnage du même nom, qu'un sceau de plomb désigne comme chef de la grande hétérie (Schlumberger , Bulles de hauts fonctionnaires byzantins d'ordre militaire , dans les Arch. de l'Orient latin, t. I, p. 681-2), et qui vivait vers le dixième siècle. C'est à
(1) Texier a lu, peu exactement : itocxpix^, Tcpawcodkip peax (iapuj>).