‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 101 sur 153 · Op. cit.j p · texte numérisé non relu

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Nicolas V avait acheté beaucoup de manuscrits grecs et il est probable qu'il en possédait aussi un certain nombre en langue vulgaire, puisqu'il s'en trouvait déjà quelques-uns dans la bibliothèque, cependant beaucoup moins riche, d'Eugène IV; enfin, nous savons que sous ce pontificat, comme d'ailleurs sous le précédent, avaient été achetées plusieurs bibles hébraïques. D'autre part, quoique faisant partie intégrante de la bibliothèque, les volumes des archives pontificales et en particulier les registres, ne figurent pas dans l'inventaire de 1455. En ajoutant ainsi ces différentes collections aux 824 numéros inventoriés par l'évêque de Vich, on arrive facilement au total donné par Pie II, peut-être même à celui de Vespasiano. On peut affirmer en tout cas que la bibliothèque de Nicolas V était plus riche que les autres bibliothèques du XV® siècle, puisque celle de Visconti à Pavie ne dépassait pas le total de 988 volumes ; celle de Bessarion, 900; celle de Frédéric d'Urbin, 778; celle du Louvre en 1424, 843 ^ .

Les livres étaient rangés dans des armoires. La plupart étaient richement calligraphiés ; car ayant été copiste dans sa jeunesse, le pape avait l'expérience du métier et surveillait de près l'exécution de ses manuscrits. Plusieurs avaient de belles enluminures : une bible provenant de la bibliothèque du duc de Berry portait sur sa première page la figure de saint Jérôme avec le lion, une tiare, les armes du roi de France et du duc de Berry ; une autre bible était marquée

1. Op.ciUy p. 40. Mentionnons aussi, parmi les grandes bibliothèques d'alors, celle du cardinal Orsini avec 25t volumes, des princes d'Esté en 1480 avec 300 vol., des Médicis en i4S6, avec 158 vol., du duc de Berry, en 1416, avec 297, du roi René et de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avec âOO chacune, enfin du riche Florentin Niccolo Niccoli avec 300 vol.

comme ayant des lettres d'or et « des histoires ». Les volumes étaient reliés les uns en simple parchemin, la plupart en cuir rouge ou noir avec des couvertures de bois simple ou recouvert de velours bleu, vert ou cramoisi. Certaines reliures étaient richement ornées ; sur les plats étaient peints ou ciselés en argent Técusson pontifical, des médaillons d'argent ou de cuivre ; des émaux les décoraient; elles étaient munies de fermoirs finement travaillés.

Il serait intéressant de voir comment se composait la bibliothèque de Nicolas V ; grâce à l'inventaire de 1455, nous pouvons nous en rendre compte pour le fonds latin. Parmi ses huit armoires, quatre contenaient la littérature religieuse, bibles. Pères de l'Église, commentaires de l'Ancien et du Nouveau Testament, œuvres de saint Thomas, saint Bonaventure, Albert le Grand, Duns Scot, Alexandre de Haies et autres scolastiques du Moyen Age. Dans la sixième il y avait encore près de cent volumes de théologie ou de droit canon. Les trois antres enfermaient à la fois de la littérature religieuse et de la littérature profane. Dans la cinquième par exemple, à côté de traités scolastiques tels que la Somme des cas de conscience du franciscain Monaldus, le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais, les Constitutions de Jean XXII, d'histoires ecclésiastiques telles que les Gesta paparuniy l'histoire d'Eusèbe, le Liber pontificalis , de vies de saints telles que la Vie de saint Bernard, par Guillaume de Saint- Thierry, nous relevons plusieurs œuvres de la littérature latine et plusieurs traductions d'auteurs grecs : le De vita philosophorum de Diogène Laerce, ITIistoire d'Auguste, les œuvres de Josèphe, la Vie de César par Plutarque, les Douze Césars de Suétone, les traductions de Thucydide par Laurent Valla, de plusieurs

vies de Plutarque par Léonard TArétin, les histoires deDiodore, Appien, Florus, Quinte-Curce. La septième et la huitième armoire comprenaient les œuvres traduites en latin d'Aristote, d'Euclide, de Ptolémée, celles de Tite-Live, de Cicéron, Virgile, Boèce, Térence, Végèce, Macrobe, Apulée, Pline, Horace, Ovide, Columelle, Sénèque, Quintilien; des traductions d'Homère, de Proclus, de Plutarque. JNous y relevons aussi les œuvres latines de Dante, de Pétrarque, de Boccace. L'humanisme du XV* siècle y était représenté par les traductions de Valla, de Léonard Arétin et par plusieurs commentaires tels que celui de Lactance par le frère mineur Antoine de Rho.

En somme, une grande partie de l'antiquité classique, surtout latine, figurait dans cet inventaire; mais se rappelant que la bibliothèque d'un pape devait être avant tout ecclésiastique, Nicolas V y avait donné la place d'honneur aux ouvrages religieux. Remarquons toutefois que, même dans le choix de ces derniers, il avait suivi les aspirations et les goûts de son temps. Sans négliger la scolastique, il s'était attaché surtout aux Pères et en particulier à saint Augustin. Il avait fait aussi une part assez large aux Pères orientaux, trop négligés au moyen âge.

Il suffît de voir comment étaient composées les bibliothèques des princes italiens, même les plus lettrés, pour admirer le discernement avec lequel Nicolas V avait formé la sienne. A Pavie chez les Visconti et les Sforza, à Florence chez les Médicis, à Naples chez Alphonse le Magnanime, les romans, les traités de jeux et d'astrologie occupaient la plupart des rayons ; au Vatican, rien de tout cela, « c'est le sanctuaire des hautes et sévères études * » .

i. Muktz-Fadre, p. 45.

Nicolas V en confia la garde à Jean Tortelli. Né à Arezzo, Tortelli avait débuté sous les auspices de son parent Charles Marsuppini. Jeune encore, il s'attacha à la personne du cardinal Julien Césarini qui l'envoya à l'Université de Bologne suivre les cours de théologie et de morale, pour le prendre ensuite avec lui au concile du Bàle. En 1435, il fit ce voyage de Constantiple qu'entreprenait quiconque voulait approfondir la langue grecque ; il y eut pour maître Jean Eugenicos, le frère du célèbre Marc d'Éphèse ^ . Il resta trois ans en Orient, étudiant les monuments et les manuscrits, travaillant aussi sans doute à négocier l'adhésion des Grecs au concile qui devait amener l'union des Églises ; car c'est avec leurs prélats qu'il rentra en Italie, en février 1438. Clerc de la Chambre, élevé bientôt par Eugène IV à la dignité de sous-diacre apostolique, il demeura dans l'entourage du cardinal Césarini qu'il suivit à Florence en 1439, puis dans sa légation de Hongrie ^ ; il habitait à Bologne le palais de son protecteur lorsqu'il apprit sa mort sur le champ de bataille de Varna (1444). 11 se plaça alors sous le patronage du cardinal Antonio Martinez, dit le cardinal de Portugal; et ce fut à la mort de ce dernier (il juillet 1447) que Nicolas V le prit à son service. Vespasiano qui l'a beaucoup fréquenté, fait le plus grand éloge de sa science et de ses vertus : « C'était, dit-il, un homme excellent; son extérieur était grave et il jouissait de beaucoup d'autorité auprès de tous ceux qui le fréquentaient. » Bien différent de la plupart des humanistes, « il recherchait l'honneur plutôt que l'argent et se contentait de peu ». C'était un homme d'études, fort versé dans la connaissance du

i. Legrand, op, cit,j p. i40.

■Q. Raphaël DE Volteure, XXI, p. 245.

latin et du grec; il composa un savanl ouvrage, VOrthographie, qui renfermait une foule de renseignements géographiques et historiques^ Mêlé, en sa qualité de bibliothécaire, atout le mouvement littéraire de la cour de Nicolas V, intermédiaire entre le pape et les humanistes, auxquels il demandait des traductions ou prêtait des manuscrits, jouissant d'un grand crédit auprès de son maître, il se tint modestement au second plan, confiné dans sa bibliothèque et ses études.

« Si le pape avait pu réaliser ce qu'il s'était proposé, dit Vespasiano^, la bibliothèque qu'il fonda au Vatican pour l'usage de toute la curie, aurait été une merveille. » Dans la lettre qu'il écrivit au grand maître de l'ordre teutonique pour lui recommander Enoch d'Ascoli, Nicolas V déclarait que ses manuscrits n'étaient pas seulement pour sa cour, mais pour le bien conimun de tous les savants : « pro communi doctorum nrorum commodo ^ ». C'était donc pour favoriser les études sacrées et profanes, et accélérer la Renaissance des lettres que Nicolas V avait réuni sa bibliothèque. Il ne fut pas déçu : déjà sous son pontificat et dès lors jusqu'à nos jours, le Vatican a été un centre important de recherches scientifiques et littéraires.

L'Université de Rome contribua de son côté à étendre l'action de la Renaissance. En quelques pages sévères pour Nicolas V et marquées d'une certaine partialité, Voigt prétend que ce pape n'a porté qu'un médiocre intérêt à la Sapience. Il reconnaît toutefois que, sous ce pontificat, elle vit ses privilèges confirmés et sa dotation accrue. Il remarque que les professeurs qui y enseignèrent, avaient une grande va-

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