‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 104 sur 153 · EjJ.i XI. p. 80, V · texte numérisé non relu

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NICOLAS V ET L'HUiMANISME. 211

ses œuvres * . Le travail était immense : aussi dut-il le répartir entre plusieurs. Bessarion lui-même se chargea des quatorze livres de la Métaphysique : disciple de Platon, il étudiait sans exclusivisme les autres écoles de philosophie; il venait de défendre Aristote contre les attaques de son propre maître Gémiste Pléthon et des partisans fanatiques de l'Académie, de même que plus tard il devait s'élever contre « les calomniateurs de Platon ». A l'un comme à l'autre il demandait les vérités philosophiques qui concordaient avec' la vérité évangélique. Commencée sans doute au début du pontificat de Nicolas V, là traduction de la Métaphysique fut terminée entre 1450 et 1455; Bessarion y travailla pendant sa légation à Bologne ^. Son protégé, Théodore Gaza, mit, de son côté, en latin le traité des Animaux : cette traduction devait remplacer celle qu'avait déjà faite Georges de Trébizonde et dont on n'avait pas tardé à voir les graves défauts. Ce dernier ne fut pas toutefois exclu de cette grande eutreprise : on lui demanda la Rhétorique, sans doute parce qu'il avait composé lui-même un traité sur ce sujet. Enfin, Nicolas V fit venir de Milan, où il enseignait le grec, un jeune humaniste originaire de Città di Castello (en latin Tifernum)^ Grégoire dit le Tifernate, auquel il fit traduire la Morale à Nicomaque et la Morale à Eudème» De même que Bessarion, Nicolas V ne montra en philosophie aucune étroitesse d'esprit. Son goût pour Aristote ne le détourna ni de Platon ni d'Épictète. Toujours prêt à entreprendre des travaux lucratifs, Georges de Trébizonde se chargea, à sa demande, de mettre en latin les douze livres des Lois de Platon.

i. Prérace de la traduction de la Métaphysique par Bessarion. 2. Vast, Le cardinal Bessarion^ p. 333.

Pier-Candido Decembrio travailla de son côté sur la République. Il était fils de Hubert Decembrio qui avait été secrétaire apostolique sous Alexandre V. Né en i399, il jouit, à Milan, comme son père, de beaucoup de considération, y professant le grec et le latin avec distinction ; il y fut le favori de Philippe-Marie Visconti dont il écrivit la vie. Ce fut alors qu'il fit ses traductions italiennes des œuvres de Quinte-Curce et de Jules César. Cette dernière figure en effet dans un manuscrit de 1442 ^ En 1444, l'illustre Pisanello grava sa médaille en saluant en lui la gloire de l'humanisme : Petrus Candidus studiorum humanitatis decus ^. Ce fut assez pour qu'il se trouvât en butte aux attaques de Filelfe, toujours prêt à lancer l'injure contre quiconque s'élevait à ses côtés. Les années qui suivirent la mort du dernier Visconti, furent les plus brillantes de Decembrio. Désireux de rétablir chez eux les libertés républicaines, les Milanais se tournèrent vers cet humaniste tout pénétré de l'esprit des républiques antiques et ils lui confièrent la direction des affaires. Le gouvernement populaire ne résista pas aux victoires de François Sforza, mais, plus fier que son rival Filelfe, Decembrio refusa de s'incliner devant le succès. Ce fut alors que Nicolas V l'appela auprès de lui, le nommant secrétaire apostolique et, bientôt après, le plaçant à la tète du collège des abréviateurs.

Tout en laissant Nicolas Perotti à Bologne, auprès de Bessarion, le pape l'associa à son entreprise de traductions en lui demandant celle du Manuel d'Épictète.

Les historiens grecs furent confiés à ceux qui écrivaient le mieux le latin; Nicolas V espérait ainsi trans-

i, TlRABOSCUI, VI, il, 74.

â. Hess, Les médailleurs de la Renaissance, p. 16.

former la prose grecque d'Hérodote, Thucydide et Xénophon en celle de Tite-Live, Salluste et César. C'étaient des œuvres littéraires qu'il leur demandait autant que des traductions.

Sur les conseils de Bessarîon, son protecteur, Valla se chargea des Histoires de Thucydide; dès 1452, il put présenter son travail au pape et recevoir pour cela une récompense de cinq cents ducats. Aussitôt après, il aborda Hérodote. Cette nouvelle traduction fut faite avec plus de lenteur et plus de conscience que la précédente. Quand elle fut terminée, le pape était mort; Laurent Valla, qui avait reçu pour la faire de forts subsides , la dédia à Alphonse le Magnanime ; c'était pour lui un moyen de se la faire payer deux fois.

A la veille de quitter la cour pontificale où il vivait depuis un demi-siècle, Pogge publia sa traduction de la Cyropédie ; il imita le procédé de Valla en dédiant au roi de Naples cette œuvre commandée par le pape. On venait de découvrir les Histoires de Diodore et, toujours avide de nouveautés, Nicolas V désirait les faire connaître. Pogge entreprit la traduction des cinq premiers livres ; mais faits à la hâte, comme ceux de Valla, ces travaux ne plurent pas au souverain pontife, qui les fit recommencer par Georges de Trébizonde. Nous connaissons assez la vanité littéraire de Pogge pour nous faire une idée de l'irritation qu'il en éprouvai Decembrio se chargea des seize autres livres de Diodore; mais il était loin de les avoir terminés en 1455. Interrompue par la mort de Nicolas V, cette œuvre resta inachevée. Il en fut de même des histoires d'Ap-

i. Pour se venger de Georges, il imagina une lettre apocryphe de Mahomet II à Nicolas V, contenant les allégations les plus odieuses à regard de Georges de Trébizonde. Â ce propos, un éciiange d'invectives eut lieu entre les deux rivaux. Legrand, p. 317.

pien que Decembrio devait aussi traduire ^ . Il commença ce travail sur un manuscrit incomplet que le pape avait emprunté au couvent de Saint-Marc de Florence, par Tentremise de Cosme de Médicis. En 1453, il fit paraître les quatre premiers livres sur la Libye, la Syrie, les Parthes et Mithridate et il commença les deux livres des guerres civiles ; Nicolas V n'en devait pas voir la fin.

Par son esprit philosophique, Polybe plaisait tout particulièrement à ce pape. Nicolas Perotti re^ut l'ordre de le traduire. Il s'en acquitta de telle manière qu'il reçut en récompense une bourse de six cents ducats, et que son ennemi Pogge ne put pas s'empêcher de l'en féliciter publiquement. Cette traduction conserva longtemps le bon renom qu'elle avait eu dès son apparition. Elle fut éditée dès les premières années de l'imprimerie, en 1473, et, pendant longtemps, elle supplanta si bien l'original qu'on s'obstinait à ne vouloir connaître Polybe qu'à travers la prose latine de Perotti. Ce fut en 1530 que parut l'édition princeps du texte grec. Ce succès fit la fortune de Perotti ; car non content de lui donner une forte gratification, le pape le nomma bientôt après évéque de Siponto. Heureux temps pour les lettres où une bonne version élevait à lépiscopat^! Cette promotion changea son train de maison, mais non ses occupations. Il continua de rester auprès de Bessarion et de traduire : il publia bientôt en latin le traité de Plutarque De fortuna populi Romani.

La géographie et la cosmographie ne furent pas plus négligées que l'histoire. On avait déjà une traduction latine de Ptolémée. Nicolas V voulut mettre sur le mé-

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