‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 107 sur 153 · CARDINAUX, ARTISTES ET HUMANISTES AU MILIEU DU XV® SIECLE · texte numérisé non relu

CARDINAUX, ARTISTES ET HUMANISTES AU MILIEU DU XV® SIECLE

A la suite des papes, le Sacré-Collège témoigna le plus vif intérêt au mouvement de la Renaissance. Il compta une majorité d'esprits délicats et cultivés et, s'il se trouva dans son sein des cardinaux n'ayant pour les lettres et les arts qu'un goût médiocre, l'exemple de leurs confrères et des papes leur fit comme un devoir de s'y intéresser. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à jeter un coup d'œil rapide sur les promotions cardinalices de la première moitié du XV« siècle.

En trois consistoires tenus le 23 juin 1420, le 24 mai 1426 et dans les premiers jours de novembre 1430, Martin V créa 17 cardinaux. Dans ce nombre nous laisserons de côté les noms de Balthasar Cossa, l'ancien pape Jean XXIII, que le concile de Constance avait déposé, et de plusieurs cardinaux, évoques français, espagnols et anglais, que leurs fonctions retinrent dans leur pays, loin du mouvement de la Renaissance. Les autres étaient tous des lettrés : c'étaient Louis Alaman, qui, quoique archevêque d'Arles, fut chargé de plusieurs légations et passa un certain nombre d'anl'église et les origines de la renaissance. 15

nées en Italie; Antoine Casini, évêque de Sienne ; Nicolas Albergati, évêque de Bologne; Ardicino délia Porta, Hugues de Lusignan, Prosper Colonna, Dominique Capranica et Julien Césarini.

« Les cardinaux, dit Vespasiano du Sacré-Collège de son temps, furent tous des hommes de valeur^. » Gregorovius, de son côté, ne fait aucune difficulté de reconnaître que Martin V « eut le réel mérite d'introduire dans le collège des cardinaux des hommes que leur science et leur vertu ne tardèrent pas à élever dans rÉglise au plus haut degré d'estime ». De ce nombre fut assurément le pieux Alaman et le bienheureux Albergati dont nous avons parlé plus haut.

Né en 1389, cardinal de Saint-Ange en 1430, président du concile de Bâle, mort en combattant les Turcs à la bataille de Varna (1444), Julien Césarini eut une influence considérable sur les destinées de l'Église. Les emplois qu'il occupa pendant une vie relativement courte, ne lui permirent pas d'écrire ; mais les nombreux humanistes qu'il attira autour de lui, attestaient ses goûts littéraires. Issu d'une humble famille, il avait une tendresse particulière pour les étudiants pauvres, et quand il en découvrait un, il subvenait libéralement à ses besoins. Malgré son modeste train de maison, il avait pour commensaux des humanistes : ce fut dans sa familiarité que grandirent plusieurs personnages appelés à devenirla gloire de l'Église et des lettres. C'étaient l'Allemand Nicolas de Cusa qui avait suivi ses leçons de droit canon à l'Université de Padoue et qui conserva toujours la plus grande vénération pour celui qu'il appelait « son maître respecté » ; il lui dédia ses traités Dedocta ignorantia et De conjecturis; Lapo da Castiglionchio qui lui envoyait sa traduction

i. Opéra, p. 485.

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de la vie de Pélopidas par Plutarque; et surtout Bessarion, qui, dès son arrivée en Italie avec les autres Pères grecs des conciles de Ferrare et de Florence, fut accueilli avec une faveur marquée par Cesarini et dut à ses instances le chapeau de cardinal. Si l'illustre métropolite de Nicée demeura en Italie, y fixant en quelque sorte avec lui Thellénisme, on le dut au cardinal de Saint- Ange qui avait su discerner la valeur morale et la culture intellectuelle de Bessarion. Dans son invective contre Filelfe, Pogge parle de ces nombreux lettrés qui vivaient dans la familiarité de Cesarini, « cet homme du plus haut mérite ». Il ajoute même que c'était un titre d'honneur d'y être admis et que Filelfe fit tous ses efforts pour y arriver. Il écrivit souvent au cardinal sans pouvoir obtenir de lui une réponse; « en prêtre vertueux et saint, Cesarini pensait que rien de loyal, d'honorable .et de pieux ne pouvait venir d'un homme perdu de vices ^ ».

C'est dans la compagnie d'esprits délicats que Cesarini se reposait de ses occupations et de ses austérités. Avec eux, il lisait et étudiait les belles œuvres littéraires; car, dit M. Voigt, ^ « il était passionné pour les études classiques..., il y puisait cette souplesse d'esprit et de langage qui ajoutaient un charme si pénétrant à tous les avantages de sa beauté physique ». Il unissait dans une même admiration les grands esprits des antiquités païenne et chrétienne, ses auteurs préférés étant, d'une part, Cicéron, de l'autre, saint Augustin et Lactance.

Promu cardinal dans le même consistoire, Dominique Capranica était, comme Cesarini, la providence des

i. Vie de Martin V, 2. Enea Silmo, I, 21G.

étudiants, des artistes et des lettrés, un esprit cultivé et élevé. Né en 1400, il avait suivi à Padoue les leçons de droit de Julien Cesarini et, en même temps, s'était familiarisé avec les lettres sacrées et profanes. Dès sa jeunesse, saint Augustin, saint Jérôme et Sénèque faisaient les délices de ses loisirs. Il n'avait pas encore atteint sa trentième année quand Martin V lui conféra le chapeau qu'il lui avait déjà auparavant réservé. Il fut dès lors et pendant trente ans l'un des membres les plus respectés du Sacré-Collège. Pour favoriser les études théologiques et littéraires aux jeunes gens pauvres, il fit construire pour eux un palais à Rome, non loin du Corso; il existe encore aujourd'hui tel qu'il sortit, vers 1460, des plans de l'architecte. « C'est le monument le plus ancien de la Renaissance romaine, et son architecture montre clairement la transition du style gothique au style grécolatin (Gregorovius). » Il assigna des rentes suffisantes à l'entretien de trente étudiants. Il aimait à vivre au milieu d'eux, les considérant comme des membres de sa famille et rédigeant à leur usage un règlement de vie marqué au coin de la sagesse.

Il réunit aussi dans son palais une riche bibliothèque; elle se composait, dit Ciacconius, de manuscrits de toute nature, sur toutes les sciences; et elle atteignit deux mille volumes, total presque aussi considérable que celui de la bibliothèque du Vatican. Comme Nicolas V, Capranica l'ouvrait libéralement à ceux qui pouvaient tirer parti de ses richesses « ad commu^ nem doctorum hominum utilitatem^ ». Lui-même en usait largement; en dehors des quatre heures qu'il consacrait au sommeil, ses journées étaient par-

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