Italia illusU, p
faites mirent à jour un fragment de la fameuse barque; de Rome tous les beaux esprits vinrent le voir et Alberti écrivit de savantes dissertations sur la manière dont les anciens construisaient leurs vaisseaux. Quant au cardinal, il ne retira rien de tout cela, sinon la réputation d'un prince « épris des belles-lettres et des histoires antiques * ».
Comme Capranica et Jourdain Orsini, Prosper Colonna avait réuni une belle bibliothèque, qu'à leur exemple, il mettait à la disposition des lettrés. Vers 1444, Campegius fit pour iEneas Silvius Piccolomini une copie de la politique d'Aristote d'après un manuscrit que le cardinal de Saint-Georges lui prêta.
Plus encore que son prédécesseur, Eugène IV se préoccupa d'appeler dans le Sacré-Collège des hommes renommés par leur savoir, leurs goûts littéraires et artistiques. En six promotions, il créa vingt-six cardinaux^. Laissons de côté ceux qui, comme Regnaud de Chartres, archevêque de Reims; Jean Kemp, archevêque de Cantorbéry; Louis de Luxembourg, archevêque de Rouen; le Polonais Sbigneus, évêque de Cracovie, vécurent presque toujours loin de Rome. Les autres étaient, presque tous, au premier fang parmi les protecteurs de la Renaissance.
C'étaient tout d'abord les deux neveux d'Eugène IV, François Condulmier, cardinal de Saint-Clément, puis de Porto et camérier de l'Église, et Pierre Barbo, cardinal diacre de Sainte-Marie la Neuve, plus tard pape sous le nom de Paul II.
i. Italia illust,^ p. 110.
3. Dominique Capranica qui figure dans la liste de Platina (Vie d'Eugène IV, in fine) serait le vingt-septième; mais on sait qu'il avait été créé par Martin V et qu'Eugène IV ne fit que lui rendre, en 1434, une dignité que Capranica tenait en réalité du pontificat précédent.
Ami du luxe, François Condulmier avait le goût des arts. Il se fit construire un beau palais non loin du Campo di Fiore, sur les ruines du théâtre de Pompée. Ses hautes fonctions lui permettaient de rendre des services appréciés aux humanistes : neveu d'Eugène IV, il leur servait d'intermédiaire auprès de lui ; camérier, c'était par lui que passaient toutes les libéralités qui leur étaient faites. Il eut le mérite de s'intéresser à Thomas de Sarzane et de travailler avec ardeur à son élévation. Si, dans l'espace de trois ans, l'humble secrétaire de Nicolas Albergati devint successivement sous-diacre apostolique, évéque de Bologne, légat en Germanie et enfin cardinal, ce fut sur les instances de Condulmier ^ Remarquons aussi que le cardinal de Saint-Clément avait pris pour secrétaire un jeune poète qui devait dans la suite figurer avec éclat à la cour littéraire de Pie II, Léonard Dati^.
Pierre Barbo était encore bien jeune quand Eugène IV fut élu souverain pontife. Son oncle veilla avec soin à son éducation; car il le destinait aux plus hautes dignités de l'Eglise. Il lui donna des maîtres aussi remarquables par leur science que par leur vertu : Amico Agnili d'Aquila, le Florentin Antonio degli Agli, Jacques Ricconi^. Le jeune homme ne semble pas avoir beaucoup profité de leurs leçons; Platina nous l'affirme, et si l'on récuse son témoignage, l'on peut en tout cas ajouter foi à Raphaël de Volterre nous disant lui aussi que Pierre Barbo n'était pas litteratura probatusy et à Paris de Grassis nous rapportant que, dans les consistoires secrets, Paul II s'exprimait en langue vulgaire, parce que l'usage du