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tout ce qui pouvait tenter sa curiosité d'amateur. Il profitait de sa situation officielle pour entrer en rapports avec les collectionneurs de tous pays, par Tintermédiaire des prélats, des nonces et de tous les personnages qui étaient en relations suivies avec la curie. Ses investigations fouillaient non seulement Tltalie, mais encore la Grèce et l'Asie Mineure. Lorsqu'il avait découvert quelque pièce rare, il mettait tout en œuvre pour la posséder. Voulant, en 1451, acquérir les médailles que Pisanello laissait dans sa succession, il n'hésita pas à enchérir sur les Médicis eux-mêmes ; pour accroître le nombre de ses icônes byzantins, il ne craignit pas de dépouiller des églises de leurs images miraculeuses ; pour amener sur la place de son palais de Saint-Marc le lourd et immense sarcophage de porphyre qui avait reçu le corps de Constance, il fit à ses frais élargir des rues et abattre des maisons.
Dès lors, son palais de Saint-Marc devint un musée où se rencontraient des spécimens parfois vraiment beaux, toujours curieux de l'art gréco-romain, et de l'art byzantin. Nous en avons l'inventaire dressé en 1457 et complété par des adjonctions ultérieures, quoique antérieures à l'avènement de Barbo à la papauté. Cette collection se composait de 47 bronzes, de statuettes, camées ou pierres de couleur taillées, au nombre de 227 pièces, de 136 bustes en sardoine, onyx, améthyste, jaspe, cristal de roche et autres pierres de prix, représentant des divinités, des portraits d'empereurs ou d'impératrices et autres personnages de la Rome antique ; de 120 autres pièces du même genre, représentant des fleurs ou des animaux ; de médailles dont 97 en or et un millier en argent ; enfin de deux ivoires. L'art chrétien du Moyen Age n'était pas oublié;
rinvenlaire de 1457 signale des camées, portant des images du Christ, de la Vierge et de différents saints, vingt-cinq mosaïques, deux vitraux et des tableaux de vieux maîtres byzantins et primitifs, des ivoires et des broderies; enfin la Renaissance avait porté à cette collection sa contribution d'œuvres d'art récentes. La chapelle du cardinal, sa vaisselle d'or et d'argent pouvaient rivaliser avec celles des princes les plus luxueux du XV® siècle. On y remarquait un crucifix couvert de pierreries et flanqué des deux statuettes de la Vierge et de saint Jean , des instruments de paix niellés, des monstrances, des calices en argent massif, des crosses ciselées et émaillées; enfin une collection de joyaux et de perles qui dépassait tout ce qu'on pouvait alors imaginer. Les salles du parloir étaient tendues de tapisseries et de portières, les meubles recouverts de dosserets, formant un total de 115 pièces. Sur ce nombre « 25 étaient ornés de figures de saints et de saintes, 32 représentaient des scènes profanes. Le nombre des verdures était de 18 ; enfin celui des portières et des couvertures de mulets, de vingt environ ».
M, Mûntz a comparé la collection du cardinal de Saint-Marc à celles des autres riches amateurs de l'Italie du XV* siècle et il arrive à cette conclusion : « La part qui revient au cardinal Barbo dans ce grand tournoi pacifique où les champions s'appelaient Lionel d'Esté, Cosme et Laurent de Médicis, Alphonse d'Aragon, n'est certes pas la moins brillante. Par la richesse de certaines de ses sections, par son étendue, sa variété, le musée de Saint-Marc éclipsait sans contredit n'importe laquelle des collections rivales. Un esprit vraiment scientifique, du moins si l'on tient compte de l'état de la science à cette époque, avait présidé à l'arrangement
de toutes ces merveilles. Le cardinal avait établi une classification fort nette et qui, aujourd'hui encore, paraîtrait satisfaisante : bronzes, camées, entailles et médailles. Son programme ne se distinguait pas moins par une large tolérance; aux chefs-d'œuvre de l'art antique il avait joint ceux de l'art byzantin, à coup sur faiblement représenté dans les collections de Naples, de Florence et de Ferrare ^ . »
Pour abriter cette belle collection, le cardinal Barbo se fit construire un palais digne d'elle, lorsqu'il échangea, après la mort d'Eugène IV, la diaconie de Sainte-Marie la Neuve contre le titre presbytéral de Saint-Marc. Au pied du Capitole, à l'extrémité du Corso, touchant à l'église Saint-Marc, il fit jeter les fondations d'un immense palais. Ce fut apparemment en 1455; car, cette année-là, il fit frapper une médaille qui mentionnait l'inauguration de ces constructions et qui devait sans doute être placée dans les fondations de l'édifice. Barbo consacra de fortes sommes à ces travaux; de 1455 à son élection, en 1464, il y dépensa 15.000 ducats. Il est vrai qu'au bout de ces neuf années, la construction du palais était assez avancée pour qu'élu pape, Paul II pût s'y rendre pendant les fêtes du Carnaval ^. Peut-être même n'avait-il pas attendu jusqu'alors pour y installer ses collections ^.
Le cardinal Barbo garda une sincère vénération pour la mémoire d'Eugène IV, cet oncle duquel il tenait sa fortune et sa haute situation dans l'Église. Il en donna
1. MOntz, op. ci7., Jo2, qui a public l'inventaire du musée du palais de Saint-Marc.
â. MuRATORi, R» I. S.f ni, II, 1140.
3. Le palais du cardinal Barbo est aujourd'hui le palais de Venise, résidence de l'ambassade d'Autriche-Hongrie auprès du Saint-Siège. C'est l'un des plus beaux palais de la première Renaissance.
une preuve lorsqu'il lui fît ériger, après 1447, le tombeau qui, après plusieurs vicissitudes, se trouve aujourd'hui à Rome, dans l'église de San-Salvatore in Lauro. Il en confia l'exécution à un sculpteur toscan qui avait déjà collaboré, à Naples, à l'arc de triomphe d'Alphonse le Magnanime, Isaïe de Pise. Le tombeau qu'exécuta Isaïe, servit de modèle à la plupart de ceux qui furent faits de 1447 à 1470 environ et que l'on a ainsi définis : « Une niche profonde, avec le sarcophage au-dessus duquel est un relief et une peinture, généralement Marie à laquelle le donateur est présenté; des piliers avec niches, contenant des figures en haut relief; un socle énergique avec une grande inscription et les armes à côté; la terminaison tantôt à entablement droit, tantôt en demi-cercle ou enferme de conque * ». Attiré à Rome en cette circonstance par le cardinal Barbo, Isaïe de Pise s'y fixa et se trouva bientôt à la tête d'un groupe de disciples. C'est ainsi qu'indirectement, le cardinal de Saint-Marc contribua à créer à Rome une école de sculpture. Elle ne produisit, il est vrai, que des œuvres médiocres, comme le talent d'Isaïe de Pise , et ce fut à des étrangers que le Saint- Siège continua à demander des chefs-d'œuvre.
Opulent lui aussi, grâce aux revenus considérables de sa famille qui était apparentée au roi de France, grâce aussi aux riches et nombreux bénéfices qu'il possédait, Guillaume d'Estouteville, cardinal de Saint-Martin des Monts, rivalisa avec Pierre Barbo de luxe et de libéralité ^. Ce fut surtout sous les pontificats de Pie II, de