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BuRKHARDT, Le Cicérone, II

â. 11 devait surtout ses immenses richesses aux nombreux bénéfices qu'il cumulait, le prieuré de Saint-Martin des Champs, à Paris, l'abbaye du Mont Saiut-Michel, les évêchés de Digne, Angers, Lodève, Porto, l'archevêché de Rouen.

Paul II et de Sixte IV qu'il déploya une magnificence inouïe; toutefois, dès le temps d'Eugène IV et de Nicolas V, il était déjà considéré comme un protecteur, aussi généreux que compétent, des lettres et des arts. Avant d'être nommé cardinal de Sainte-Marie du Transtévère, Gérard Landriano, évêque de Lodi, s'était acquis dans le monde des lettrés un certain renom par une brillante découverte. Dans les archives de sa cathédrale, il avait trouvé un manuscrit en mauvais état, d'une écriture si ancienne qu'on pouvait à peine le lire ; et après l'examen le plus minutieux, il y avait reconnu le texte de plusieurs traités de rhétorique de Cicéron, que l'on croyait à jamais perdus, les deux Rhétoriques, le Brutus, VOrator et le De oratore, Landriano avait fait part de cette découverte aux humanistes et aux paléographes qui pouvaient le mieux lire ces antiques caractères, Cosme de Crémone, Guarino de Vérone, le Vénitien Léonard Giustiniani. Il avait fait copier le manuscrit par Gasparino Barzizza et profité de la présence à Milan de Blondus de Forli pour le soumettre à son examen. Les conclusions de ces érudits s'étaient trouvées d'accord avec les siennes. Dès lors, Landriano ^ resta en correspondance et en d'étroites relations avec les humanistes ^; il devint l'ami du Panormite qui professait alors à Pavie, et de Léonard l'Arétin qui lui adressa, à l'occasion de son cardinalat, une dissertation érudite. Envoyé plusieurs fois à Florence, comme ambassadeur du duc de Milan auprès du pape, il entra en rapports avec les gens de lettres de cette cité, Charles Marsuppini, Niccoli, Pogge et Thomas de Sarzane. Les huma-

i. îlalia illust.^ 138.

2. On a des lettres de Landriano à Léonard rArclin, Filelfe, Laarent, Valla, etc.

nistes le regardèrent bientôt comme un de leurs protecteurs, surtout lorsque, en 1439, Eugène IV l'eut fait entrer dans le Sacré-Collège. Maiffeo Vegio lui dédia son traité De felicitate et miseria, Pogge son De nobilitate. Lorsque, rejeté de la cour de Naples, Valla voulut s'établir à Rome et rentrer en grâce auprès du pape, ce fut la protection du cardinal de Côme qu'il implora. S'il avait plus longtemps vécu à la curie, Landriano aurait, comme Nicolas V, stimulé le travail des humanistes : il insista en effet auprès de Filelfe pour lui faire traduire du grec la Vie de Moïse par Philon; malheureusement, il mourut encore jeune, six ans à peine après avoir reçu le chapeau de cardinal (1445) *.

Plus encore que Gérard Landriano, le dominicain Torquemada, cardinal de Saint-Sixte puis de Sainte- Sabine, représentait la science dans le Sacré-Collège; mais au lieu de s'appliquer à l'antiquité classique et aux littératures profanes, il se consacra de préférence aux questions religieuses. « En fait de théologie, dit Pastor, Torquemada était incontestablement le membre le plus savant du Sacré- Collège; un écrivain protestant (Voigt) l'appelle le plus grand théologien de son temps. La science, disait-il, est le seul trésor impérissable pendant cette, vie; la sagesse acquise par l'étude est seule capable de consoler l'homme de la brièveté de sa vie, en lui ouvrant une vue sur une vie immortelle... Ce fut lui qui donna le signal de la réaction scientifique en faveur de la papauté*. » Dans la préface de sa Somme contre les ennemis de l'Église et de la papauté, composée en 1450, il déclare

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