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CHAPITRE II

LES ARTS A LA COUR d'aVIGNON

A la suite des écrivains italiens du XIV® siècle, les historiens se sont montrés sévères pour les papes d'Avignon; Pastor lui-même les a accusés de servilisme à l'égard de la France et, sans admettre que l'Eglise eût alors été en captivité, il n'en parle pas moins de son abaissement pendant cette période. Nous n'avons pas à discuter ici le gouvernement spirituel et la politique temporelle de ces papes, ni à chercher dans quelle mesure ces reproches sont mérités ; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que les papes du XIV® siècle furent des protecteurs éclairés des lettres et des arts. Ils marquèrent par des œuvres majestueuses leur passage sur les rives du Rhône ; et mirent en présence les artistes français et les artistes italiens, les maîtres de l'art gothique et les représentants de la Renaissance. Leur cour brillante attira lettrés et humanistes qui reçurent à Avignon toutes sortes d'encouragements. D'après certains auteurs, en général malveillants pour l'Église, Jean XXII n'aurait été qu' « un légiste

subtil^ », qu'un bureaucrate méticuleux « développant avec une habileté, une audace et un succès merveilleux, la fiscalité apostolique ^ » ; et par ce portrait tout à fait incomplet, ils essaient de faire passer pour un caractère et un esprit mesquin cet énergique vieillard qui tenait tête à la fois à la révolte de l'Italie et au schisme des Spirituels, adressait les plus hardies remontrances aux fils de Philippe le Bel, faisait porter l'Évangile aux extrémités de la terre, et, à l'âge de quatre-vingtdix ans, osait lancer des sentences de déposition contre le puissant empereur germanique. S'il est vrai qu'il ait fait peser sur l'Église une fiscalité excessive, il est encore plus certain qu'il consacra à de grandes œuvres et en particulier au développement des lettres et des arts les ressources dont il disposait.

L'établissement même provisoire du Saint-Siège à Avignon demandait de grands travaux d'architecture. Il fallut tout d'abord aménager la résidence du pape. Élu à Lyon, le 7 août 1316, Jean XXII, dès le 16 août, choisissait pour sa demeure le palais que les évêques d'Avignon venaient de se faire construire, et il en prenait possession le 2 octobre suivant. Mais suffisants pour l'évoque, ces bâtiments étaient trop étroits pour la curie romaine et Jean XXII s'appliqua aussitôt à les agrandir. De 1316 à 1322, il acheta plusieurs maisons avoisinantes, englobant dans le palais épiscopal l'aumônerie et la prévôté du chapitre, l'église Saint-É tienne. Dès lors, les travaux de réparation et de construction se poursuivirent pendant tout le pontificat. Les livres de comptes mentionnent, en 1317, la construction d'une

4. Le Clerc, Discours sur Vétat des lettres au XIV^ siècle, 1, 19.

2. VoLLET, art. Jean XXII, dans la Grande Encyclopédie. Les articles d'histoire ecclésiastique dont le pasteur Vollet a le monopole daii& la Grande Encyclopédie, manquent presque toujours d'impartialité.

tour, de la salle du consistoire, du cabinet de travail du pape, d'une grande cuisine, de la turris caméra^ rum prwatarum^. En 1319, on mettait la dernière main aux salles de « Taudience^ ». Chaque année, des dépendances nouvelles s'ajoutaient au palais ; on aménageait à l'intérieur des cloîtres et des terrasses ; enfin, dans les dernières années de sa vie, Jean XXII ordonnait l'exécution de créneaux et d'autres appareils de défense^.

Pour ses résidences d'été, il fit construire plusieurs châteaux : le plus important fut celui de Sorgues que jusqu'à nos jours on attribuait à Urbain V, mais que des études récentes ont restitué à Jean XXII. De 1319 à 1324 , plus de 30.000 livres y furent dépensées. Ce château reproduisait la plupart des pièces du palais d'Avignon. Il avait, aussi, à côté de la chambre du pape, le stiidium ou cabinet de travail, les salles de l'audience et du consistoire, des cloîtres et des terrasses et ses murs étaient fortifiés et flanqués de plusieurs tours. « Ce n'était, ni un château fort, comme les résidences royales ou féodales de la haute France, Vincennes, Coucy, Pierrefonds, ni une spacieuse villa d'agrément, comme le XV« siècle en Italie et le XVP en France en virent tant éclore ; c'était plutôt un manoir^ une maison des champs où les exigences de la défense étaient satisfaites, mais subordonnées à l'aisance de la vie privée, aux besoins spéciaux, aux services nombreux et pacifiques de la cour pontificale^. » En même temps, s'é-

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