‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 135 sur 153 · Vie d'Eugène IV, p. C · texte numérisé non relu

Vie d'Eugène IV, p. C

richesses que, devenu pape, il les prodigua en aumônes, au risque de nuire au bon état des finances. Il dormait tout habillé et se faisait éveiller au milieu de la nuit pour dire les matines à l'heure où les moines les chantaient. Les conversations qu'il engageait avec les religieux de son entourage, roulaient presque toujours sur des sujets de piété. C'étaient aussi dans des traités de théologie et de spiritualité qu'il faisait ses lectures pendant les loisirs de ses journées ou les insomnies de ses nuits. La plus légère médisance n'effleura jamais la sainteté de ses mœurs. Partout où il passait, la gravité de son maintien et ce que l'on savait de l'austérité de sa vie, imposaient à tous la vénération pour sa personne. Vespasiano raconte ainsi l'impression religieuse qu'il produisit sur le peuple de Florence au cours d'une solennité en plein air : « La foule qui remplissait la place et les rues voisines, avait les yeux fixés sur lui ; on n'entendait pas un souffle ; tout à coup, lorsque le pape entonna \ Adjutorium nostrurriy il y eut une explosion de sanglots ; tant était émouvante l'impression produite par sa majesté et sa piété. Il semblait qu'on fût en présence non plus du vicaire de Jésus-Christ, mais de Jésus-Christ lui-même. » On peut adresser de graves critiques au gouvernement d'Eugène IV, faire même quelques réserves sur certaines petitesses de son caractère ; mais il est impossible de contester la haute valeur morale et la grande piété de ce pape-moine que Voigt a accusé de bigoterie, parce qu'il mena presque la vie d'un saint. Nicolas V n'avait pas les vertus monacales d'Eugène IV. Humaniste, il avait subi l'influence de la Renaissance dont il avait « la vivacité, la fougue, l'impatience ^ ». Mais les aspirations nouvelles n'avaient

1, Pastor, If, p. IG.

pu ternir l'éclat de son idéal chrétien. Comme ses prédécesseurs, si^ dans ses fonctions pontificales et dans son gouvernement, il aimait le luxe et la parade, en son particulier, il était simple et modeste. Vespasiano, qui l'a souvent approché, loue la sobriété de sa table et l'affabilité de ses manières. La fortune inespérée qui, en quelques .années , avait élevé l'humble professeur de grammaire à la plus haute dignité de ce monde, ne l'avait pas enivré ; son sens chrétien l'avait préservé de la morgue des parvenus. C'était avec la même simplicité qu'il accueillait les amis du temps passé et qu'il rappelait devant eux la mémoire de son protecteur Albergati. Il donna une preuve de sa charité et de son amour des pauvres lorsque, à côté du Vatican, il fonda la grande aumônerie^ Ses mœurs étaient pures; nous en avons pour garant le saint cardinal Albergati qui, pendant plus de vingt ans, fit de Thomas de Sarzane le confident de ses héroïques vertus et lui témoigna jusqu'à sa mort une estime sans restrictions. L'intensité de sa foi lui inspira cet amour de l'Écriture sainte, ce goût des Pères de l'Église et de saint Augustin, en particulier, qu'il conserva toujours vivace au milieu de ses études profanes ; ce dévouement à l'Église qui lui dicta, au milieu des souffrances de sa dernière maladie, sa belle exhortation aux cardinaux. S'il appela dans son entourage les humanistes, même les plus païens, il voulut avoir dans son intimité le spectacle continu des vertus monastiques, et pour cela il garda auprès de lui Nicolas de Cortone et Laurent de Mantoue, deux Chartreux qui lui rappelaient le cardinal chartreux Albergati et avec lesquels il s'entretint des choses du ciel au mi-

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