‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 136 sur 153 · pastor, n · texte numérisé non relu

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lieu des tortures de sa dernière maladie. Enfin, lorsque, au cours des fêtes du jubilé de 1450, il canonisa saint Bernardin de Sienne, il proclama sa dévotion toute particulière pour ce restaurateur de la vie religieuse, que l'humanisme avait tant calomniée.

Et cependant, ce chrétien était déjà un dilettante. Les belles formes artistiques ou littéraires exerçaient sur son goût raffiné une telle séduction qu'elles lui faisaient parfois oublier la nature de l'inspiration etle fond même de la pensée. Comment expliquer autrement qu'un pape aussi vertueux ait pu, comme nous l'avons dit plus haut, faiï'e ses délices d'ouvrages aussi risqués que les satires de Filelfe? Comme les humanistes ses amis, il était possédé, lui aussi, de l'amour de la gloire, non seulement de celle que Dieu réiServe à ses élus et que les chrétiens font profession de rechercher, mais de celle qui, sur la terre, procure la considération et les honneurs. Beaucoup plus que ses prédécesseurs, presque autant que les plus profanes de ses successeurs, il a multiplié les témoignages épigraphiques de son activité. Encore de nos jours, on rencontre souvent sur les murs, les ponts, les églises de Rome, l'inscription NIC. PP. V ou l'écusson aux deux clefs croisées en sautoir qui étaient ses armes. Il les fît imprimer même sur les briques et les tuiles qui furent employées pour ses constructions. S'il réserva ses préférences à l'architecture, c'est que, plus encore que la peinture et la sculpture, cet art glorifie celui qui le protège. S'il consentit à la destruction de Saint-Pierre, ce fut assurément pour de multiples raisons.; mais dans leur nombre figurait son désir d'attacher son nom à la réédification de l'un des temples les plus vénérables de la chrétienté. Si, malgré son austérité privée et la profondeur de ses sentiments religieux, il a admis dans son

entourage des libertins d'esprit et de mœurs tels que Pogge, Beccadelli et Valla, n'était-ce pas pour obtenir leurs éloges et leurs flatteries? N'était-ce pas aussi pour acquérir aux yeux de ses contemporains et de la postérité ce renom de Mécène éclairé qui séduisait sa vanité? Enfin, s'il se lança dans des projets d'ordre littéraire et artistique dont Paccomplissement dépassait, d'une manière évidente, ses forces et ses ressources et aurait demandé l'effort de plusieurs pontificats, peutêtre même de plusieurs siècles, n'était-ce pas encore pour attacher à son nom une gloire immortelle ? Cette mégalomanie, saint Antonin l'a signalée et blâmée lorsque, avec beaucoup d 'à-propos, il a appliqué à Nicolas V le passage de l'Evangile tournant en dérision ceux qui ne mesurent pas leurs entreprises à leurs forces : Hic hoc cepit sedificare et non potuit consummare ^. A son lit de mort, Nicolas V semble avoir eu conscience qu'il avait trop sacrifié à la gloire humaine. Ce qui le prouve, c'est le soin qu'il prit, à ce moment suprême, de justifier son œuvre, ses constructions, ses achats de manuscrits et d'objets précieux, alléguant qu'il avait agi non pour lui, mais pour la plus grande gloire du pontificat romain et de la sainte Église, et cherchant ainsi à réfuter devant la postérité les reproches qu'on avait dû lui faire de son vivant et que lui adressait sans doute la délicatesse de sa conscience ^.

Le Sacré-Collège était façonné à l'image des papes. Pendant la première moitié du XV* siècle, la plupart do ses membres étaient des esprits distingués, connaisseurs des choses d'art, littérateurs et savants, mais en

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