‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 138 sur 153 · Pastor, op. cit.j n · texte numérisé non relu

Pastor, op. cit.j n

i. Vespasiano, op. cit.^ p. 160.

3. Lettres du procureur de l'Ordre teutoniquo et de Tâmbassadeur de Sienne citées par Pastor, II, 30G.

CHRISTIANISME ET PAGANISiME AU XV SIECLE. 321

la dignité de ses mœurs et ce principe était inébranlable comme le roc. Rien n'eût pu le détourner de la pensée qu'il était tenu de consacrer sa vie à l'Église et particulièrement à la grandeur et à la puissance du vicaire de Jésus-Christ ^ . »

Ce n'est pas Nicolas V, avec sa vertu et sa piété, qui devait rompre les traditions de ses prédécesseurs. Il s'attacha lui aussi à n'introduire dans le Sacré-Collège que des hommes aussi respectables par leurs qualités morales que distingués par leur esprit. Le plus illustre de tous fut sans aucun doute Nicolas de Cusa^. Sa haute intelligence et l'influence qu'il exerça sur le mouvement théologique, philosophique, littéraire et scientifique du XV® siècle, furent les moindres mérites d'un homme qui était avant tout un grand chrétien, un serviteur en toutes choses de Dieu et de l'Eglise. Sorti d'une humble famille, il s'était mis hors de pair par la force de son travail et l'énergie de son caractère ; élevé par les Frères de la Vie commune, il avait conservé la foi vive et agissante que lui avait donnée cette éducation éminemmentchrétienne. Parvenu aux honneurs, il consacra ses efforts à la réforme de l'Eglise, en particulier en Allemagne. Mais, pour y réussir, dit Janssen, « il commença par se réformer lui-même et bientôt ses contemporains purent dire de lui « qu'il était le miroir de toutes les vertus sacerdotales ». Il annonçait la parole de Dieu au clergé comme au peuple; mais ce qu'il enseignait, il ne manquait pas de le pratiquer lui-même et son exemple prêchait encore plus éloquemment que sa parole. Simple et sans faste, in-

\. VoiGT, Enea Silvio, 1,264. — Pastor, II, o. 2. Janssen, L'Allemagne et la Réfoi^me, 1,2.

fatigable au travail, enseignant et châtiant, consolant et relevant, véritable père des pauvres, il parcourut l'Allemagne d'une extrémité à l'autre durant un bon nombre d'années... C'était un homme de foi et de charité, un véritable apôtre de piété et de science. »

Cette dernière phrase ne caractérise pas seulement Nicolas de Cusa, elle peut s'appliquer à la plupart des cardinaux pendant la première moitié du XV** siècle. Rarement, le Sacré-Collège a présenté une élite aussi admirable par la réunion d'éminentes qualités intellectuelles et des vertus les plus chrétiennes. Lorsqu'on parlait devant le pieux Vespasiano de Bisticci des prélats qui, au temps de sa vieillesse, menaient une vie peu austère, il rappelait avec orgueil les noms de ceux qui avaient sanctifié l'âge précédent : « Voilà les prélats qu'avait alors l'Église de Dieu, disait-il en terminant la vie d'Antoine Correr ; ils méritent une mémoire éternelle... Je conseille à ceux qui blâment les prélats d'aujourd'hui, écrivait-il encore à la fin de la biographie d'Albergati, de considérer les hommes vénérables, bons et justes que l'Église a possédés. » Cependant il faut reconnaître que la Renaissance païenne avait marqué de son influence, dès la première moitié du siècle, le caractère de quelques cardinaux. Le luxe et une magnificence exagérée transformaient en vrais princes temporels des cardinaux tels que Prosper Colonna, Pierre Barbo, d'Estouteville, Scarampi. Ces biens qu'ils tenaient de l'Église et qui, selon la belle pensée de Capranica, étaient le patrimoine des pauvres, ils les dépensaient à profusion en des œuvres d'art, des bibelots et des livres. Ils entretenaient autour d'eux une cour de lettrés. Ils donnaient les fêtes les plus brillantes et les plus mondaines et, en apparence, rien ne les distinguait de ces tyrans

italiens qui, à Ferraré, à Rimini, à Urbin se faisaient les protecteurs des arts et de l'humanisme. Ils leur ressemblaient même par leurs mœurs faciles. Scarampi, que l'on appelait le Lucullus de l'Église, et d'Estouteville, dont la vie privée donnait prise à la médisance, préludaient déjà aux scandales des Riario et des Borgia, le cardinal condottiere Vitelleschi, aux allures guerrières de Jules IL Enfin les uns et les autres étaient déjà possédés par ce désir morbide de la gloire et de la renommée, par ces goûts sensuels et terrestres qui allaient prendre dans la suite une si grande extention.

Au milieu du Sacré-Collège qui, malgré tout, inspirait, ajuste titre, la plus grande vénération, c'étaient déjà de fâcheux symptômes. Les Frères Mineurs de l'Observance s'en préoccupèrent et de bonne heure ils dénoncèrent à l'Église romaine les graves dangers que lui faisaient courir son commerce, ses coquetteries avec l'humanisme. Dès 1434, l'un des meilleurs disciples de saint Bernardin de Sienne, Albert de Sartiano \ s'élevait contre l'orgueil, la morale épicurienne et sensuelle de la Renaissance et il insistait sur la contradiction de plus en plus grande qui se manifestait entre ses tendances et le christianisme. « Ces gens-là, disaitil en parlant des humanistes, ignorent que l'étude et le plaisir sont deux choses opposées : on ne saurait les faire marcher de front, surtout chez les chrétiens que Dieu a appelés, comme le dit le saint héraut de l'Évangile, saint Paul, non à l'impudicité, mais à la sanctification ^. »

C'est qu'en effet il fallait de plus en plus choisir :

i. Il mourut, en 4450, vicaire général de l'Ordre des Mineurs. C'était à la fois un fin lettré et un saint religieux.

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