Ep, familyW, 14; XVI
a. De Nolhac, Pétrarque et l'humanisme^ p. 119, 184, 234.
lui, en se servant sans doute des exemplaires de la bibliothèque apostolique, les œuvres des auteurs anciens ; des ouvriers habiles, qui protégèrent par de riches reliures ces trésors de bibliophile; des enlumineurs qui les décorèrent. Ce fut enfin Simone Memmi qui peignit sur son Virgile les élégantes miniatures qui s'y voient encore et qui représentent Virgile et son commentateur Servius , Enée, un émondeur et un berger, personnifications de TÉnéide, des Géorgiques et des Bucoliques *.
Les relations internationales de la cour d'Avignon permirent à Pétrarque de s'initier à l'étude du grec, en se mettant en rapports avec le moine Barlaam. Né à Seminara en Calabre, Barlaam avait passé sa jeunesse en Étolie, à Salonique et à Constantinople où il était devenu, grâce à sa culture littéraire et scientifique, le favori des empereurs Andronic le jeune et Jean Cantacuzène. Professeur de belles-lettres et de théologie, abbé du monastère du. Saint-Esprit, à Constantinople, il argumenta en faveur du schisme grec contre les légats envoyés par Jean XXII, et fut choisi par Andronic, en 1339, pour aller proposer à Benoît XII la réunion des Églises. A son retour de Rome, en 1342, Pétrarque trouva Barlaam à Avignon et lui demanda des leçons de grec. Malgré l'assiduité avec laquelle son élève se rendait chaque jour auprès de lui pour recevoir son enseignement, Barlaam ne demeura pas assez longtemps à Avignon pour que l'initiation de Pétrarque fût complète *. Un autre envoyé byzantin, Nicolas Sigeros, la continua quelques années plus tard. Lorsque,
i. Ce manuscrit est conseryé à la bibliothèque ambrosienne de Milan.
2. TiRABOSCHi, V, 39 et suiv. VoiCT, Die Wiederbelebung (trad. ital.)» 1,52.
après avoir terminé ses négociations avec Clément VI, il dut retournera Constantinople, Pétrarque lui fit promettre de rechercher les manuscrits de Cicéron qui pouvaient se dissimuler dans les bibliothèques du Bosphore. Sigeros n'en trouva aucun; mais pour montrer sa bonne volonté, il envoya à son ami d'Avignon un exemplaire des poèmes d'Homère. Pétrarque reçut ce manuscrit comme une relique précieuse et il écrivit aussitôt à Constantinople pour demander les œuvres d'Hésiode et d'Euripide. En attendant ces poètes qui ne vinrent pas, il se consacra avec ardeur à l'étude d'Homère, s'efforçant d'apprendre de mieux en mieux la langue grecque qu'il voulait pouvoir lire et, communiquant ses enthousiasmes à ses correspondants, il engagea vivement son ami Boccace à publier en latin l'Iliade et l'Odyssée. Ce fut Leontius Pilatus qui se chargea de ce travail peu de temps après; et ainsi, par cette initiative, commençait la grande entreprise des traductions d'auteurs grecs que Nicolas V devait plus tard mener à bonne fin. Avec « le prince des poètes », Pétrarque reçut bientôt de Constantinople « le prince des philosophes », Platon ^ Il en lut plusieurs dialogues dans le texte original et s'éprit vivement de la philosophie académique qu'en plusieurs traités il opposa à celle d'Aristote, alors en faveur auprès des scolastiques. Sur ce point encore, il se montrait hardi novateur, préparant les voies à Marsile Ficin, à Bessarion et à tous les grands esprits qui devaient, au siècle suivant, demander à Platon la connaissance de la philosophie.
Il ne suffisait pas à Pétrarque de retrouver l'antiquité dans les œuvres de ses grands écrivains ; il la cherchait
i. C'est ainsi qu'il appelait ui*même Homère et Platon.
aussi dans les monuments qu'elle nous a laissés. Cet amour, cette poésie des ruines que Pétrarque a si vivement ressentie, les gens d'église de la cour d'Avignon, ses premiers protecteurs, les lui avaient inspirés. La première fois qu'il vint à Rome, ce fut en 1337, sur l'invitation de son ami l'évêque de Lombez; et lorsqu'il y fut arrivé, l'illustre famille des Colonna lui offrit dans son palais une hospitalité magnifique ^ ; en compagnie du vieux Jacques Colonna de Saint-Vit, oncle de l'évêque, il visita les ruines antiques encore fort importantes à Rome. Pendant plusieurs mois, il étudia avec passion les colonnes de marbre, les temples, les tombeaux, les statues funéraires, les inscriptions et tous les vestiges antiques qui jonchaient le sol romain. Ce fut pour lui une révélation : son enthousiasme.pour les anciens Romains grandit encore et pénétra si profondément son âme qu'il sentit le besoin de le communiquer à ses amis dans ses lettres ^, Plus tard, il revint plusieurs fois dans la Ville Éternelle : en 1341 , lorsqu'il y fut appelé pour recevoir au Capitole la couronne des poètes; en 1343, lorsque le pape l'envoya en mission à Naples; enfin en 1350 pour les indulgences du jubilé ; mais jamais il n'éprouva au même degré les sentiments qui l'avaient saisi lorsque, pour la première fois, l'antiquité lui fut révélée dans ses monuments par les Colonna. C'est vraiment de cette année 1337 que date ce patriotisme romain qui inspirera désormais tous ses écrits, en particulier VAfrica, et fera de lui l'ami enthousiaste de Rienzi.
Le culte qu'il professait pour l'antiquité, la prédilection qu'il avait pour les livres n'avaient pas enfermé Pétrarque dans la société exclusive des ma-
i, KoERnNG, Petrarca's Leben,iii, 2. Ep. famil.f U, 9.
nuscrits et des ruines ; son amour pour Laure de Noves nous en est une preuve. La nature fut l'une de ses grandes passions. Les paysages tour à tour riants et sévères de la Provence, ses vallées verdoyantes et ses sommets illuminés des plus belles. teintes du soleil, ses torrents desséchés et ses fleuves impétueux ont longuement parlé à son âme de poète. Dans ses lettres, il décrivait avec amour cette belle solitude de Vaucluse qu'il appelait son « Hélicon transalpin, sa Rome, son Athènes, sa patrie » ; il en aimait « les monts dénudés, les grottes et la vallée toute fraîche de la Sorgue ^ ». Le 26 avril 1336, il fit l'ascension du mont Ventoux ^ ; arrivé au sommet, il fut émerveillé du magnifique spectacle qui se déroula devant lui : à droite, une chaîne continue de cimes jusqu'à Lyon ; à gauche, les côtes enchanteresses de la Méditerranée ; devant lui, la ligne du Rhône au milieu d'une vallée verdoyante ; et du côté opposé derrière les montagnes, il devinait l'Italie, la patrie de son cœur. La belle nature, il la cherchait encore lorsque, en 1338, il accompagnait le dauphin du Viennois, Humbert, dans les montagnes si pittoresques de la Sainte-Baume, ému à la fois par le souvenir de sainte Madeleine et la beauté du paysage ; et lorsque, six ans plus tard, en 1344, il faisait partie de l'ambassade envoyée par Clément VI à la reine de Naples. Ce fut sans doute pour retrouver de semblables impressions qu'il entreprit l'ascension du Gargano.
Sensible à la nature grandiose, Pétrarque savait goûter aussi le charme des paysages restreints et recueillis. Il célèbre avec une note vraie la vie rustique qu'il mène à Vaucluse, faisant ses délices de raisins, de