‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 40 sur 153 · Ibid,, ï · texte numérisé non relu

Ibid,, ï

Nous n^avons pas les noms des artistes qui exécutèrent ces ouvrages d'orfèvrerie et ces sculptures de marbre ; il est probable qu'ils étaient italiens.

Malgré leur richesse, ces œuvres d'art ne valaient peut-être pas celles qui étaient sorties, un siècle au- i

paravant, des ciseaux des Cosmati. Mais surtout, l'art ^

n'avait pas pu se fixer à Rome ; il était resté un article d'importation. Appelés par les papes, les artistes venaient de Sienne, de Florence, d'Orvieto, décidés à s'en retourner dès que les commandes leur feraient défaut. Rome n'avait pas encore son école propre; que les papes deviennent étrangers aux choses d'art ou que de graves événements détournent ailleurs leur attention, et la Renaissance se repliera vers ses pays d'origine. C'est ce qui arriva à la fin du XIV* siècle, lorsque, pendant le grand schisme, les esprits furent emportés vers d'autres préoccupations et qu'absorbés par toutes sortes de difficultés, les papes ne purent plus accorder leur protection aux arts. Toute vie artistique s'arrêta à Rome et l'on revint presque à la barbarie.

De retour à Rome, Grégoire XI avait continué au Latran les travaux d'Urbain V ; mais ses visées avaient été modestes : il avait seulement consolidé le monument là où il menaçait ruines, et l'avait doté d'une façade si nue que l'arcade ogivale du portail en était le seul ornement. Après le schisme, si les architectes paraissent encore à la cour pontificale, c'est pour accomplir les travaux de fortifications qu'exigeaient ces temps troublés : Boniface IX fait ajouter de nouvelles défenses au fort Saint- Ange. Si quelque sculpteur se trouve à Rome, c'est pour exécuter des tombeaux de facture assez grossière, tel que celui du cardinal d'Alençon à Sainte-Marie du Trans-

tévère ou ceux de Boniface IX et d'Innocent VII à Saint-Pierre du Vatican.

Un seul artiste de valeur semble avoir travaillé pendant cette période, c'est le camaldule florentin Lorenzo Monaco qui, en 1402, enlumina un missel commandé par le cardinal Angelo Acciaiuoli*.

Les chroniques romaines du commencement du XIV* siècle nous racontent que, par suite de la misère qui s'était abattue sur la ville pendant le grand schisme, les chanoines de Saint-Pierre ne purent plus entretenir les lampes qui brûlaient à la confession de l'Apôtre et les éteignirent. C'est l'image de ce qui se passa pendant cette période dans les choses de l'esprit. Cette flamme artistique et littéraire que, depuis Boniface VIII, les papes avaient si soigneusement entretenue, à Rome d'abord, à Avignon ensuite, périt d'inanition. Devenu en 1417 le chef unique et incontesté de l'Église, Martin V allait la rallumer au foyer toujours vivant de Florence.

i . Vasari, II, 37, note de Milanesi.

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