‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 46 sur 153 · VOIGT, II, 20. — TiRABOSCHI, VI, II · texte numérisé non relu

VOIGT, II, 20. — TiRABOSCHI, VI, II

mun le fruit de leurs études et leur enthousiasme pour l'antiquité. Leur verve s'excitait dans des conversations qui fournirent àPogge la matière de plusieurs de ses dialogues. Ce fut aussi sans doute dans ces réunions érudites que se préparèrent les commentaires de plusieurs auteurs anciens, en particulier celui que fit Loschi de onze discours de Cicéron. Lorsque, dans les bureaux de la chancellerie, ces humanistes rédigeaient les bulles pontificales, ils s'appliquaient à leur donner le tour classique et la pureté de langue qui font de ces documents des modèles de latinité *.

Ce n'était pas un hasard si le collège des secrétaires apostoliques se composait uniquement d'humanistes et de poètes. Il est probable qu'à l'exemple de ses prédécesseurs, Martin V Tavait ainsi recruté pour ramener à la cour pontificale et à Rome la vie littéraire qui s'était déjà si développée dans le reste de l'Italie. Ce qui en est un indice, c'est la tentative qu'il fit pour attirer auprès de lui l'un des humanistes les plus en vue de l'époque, Filelfe. Né en Tolentino, en 1398, il avait étudié à Padoue et enseigné tout d'abord à Venise; secrétaire de la République, il avait été chargé, en 1420, d'une mission diplomatique auprès de l'empereur Jean Paléologue ; il avait profité de son séjour à Constantinople pour se perfectionner dans la connaissance de la langue grecque sous la direction de Tillustre Chrysoloras, dont il avait épousé la fille. De retour en Italie, en 1427, il avait rapporté d'Orient de nombreux manuscrits grecs et enseigné la morale et l'éloquence dans la célèbre université de Bologne. Il ne put rester que quelques mois dans cette ville. Il y était arrivé le

1. Les registres du Vatican donnent, pour chaque bulle, le nom du secrétaire qui Ta rédigée.

17 février 1428 et, dès le mois d'août, éclatait contre le pape la révolte de cette cité turbulente . La guerre interrompait le cours des études et Filelfe devait chercher ailleurs une autre situation. Martin V voulut alors attirer dans son entourage lettré cet écrivain qui possédait à un si haut degré la science encore rare du grec. Il lui fît faire des offres par le dominicain André de Constantinople, archevêque de Rhodes. Filelfe les déclina : il venait de s'engager avec les Florentins *.

Pour parvenir à ses fins, Martin V ne reculait pas devant les sacrifices pécuniaires. Il est à remarquer en effet que, malgré les propositions séduisantes qui leur étaient faites ailleurs, la plupart de ces humanistes restèrent de longues années au service de la curie. Pogge lui-même y passa cinquante ans, et lorsqu'il la quitta, l'ancien campagnard qui était arrivé à Florence avec cinq sous dans sa poche, avait toutes les allures d'un riche parvenu, doté de belles rentes, possédant plusieurs palais, des bibliothèques et des musées et terminant voluptueusement sa vie, comme il l'avait poursuivie, au sein de toutes les jouissances : jouissances matérielles de la table et de l'amour grossier, jouissances plus délicates de la littérature et des arts. Ce fut aussi pendant cinquante ans que Cenci exerça les mêmes fonctions de secrétaire, jusqu'au jour où un riche évêché lui fut offert comme une honorable retraite. Quant à Losclii et à Barthélémy de Montepulciano , ils restèrent au service du pape jusqu'à leur mort, et ce dernier, grâce aux libéralités de son maître, put confier à l'un des plus grands artistes de son temps le soin de sculpter son tombeau. Devant

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