Legrand, Lettres inédites de Filelfe, p
de telles vies, passées dans l'abondance et le luxe, on se demande ce qu'aurait dû faire Martin V pour éviter de la part de ses protégés l'accusation d'avarice, et l'on s'étonne que des historiens sérieux, tels que Voigt, se soient approprié de semblables calomnies.
Le Sacré-Collège entra dans les vues du pape, non seulement en réparant les titres romains, mais encore en accordant sa protection et ses libéralités aux lettrés. Parmi les cardinaux qui s'intéressèrent aux choses de l'esprit, il faut citer en première ligne le cardinal Brogni, le cardinal Branda, le cardinal Louis Alaman, le cardinal Fillastre et peut-être le cardinal Gabriel Condulmier, le futur Eugène IV.
Ancien président du concile de Constance, évêque d'Ostie, doyen du Sacré-Collège et vice-chancelier de l'Église romaine, le cardinal de Brogni, disposa par testament d'une partie de ses biens immenses pour fonder auprès de l'université d'Avignon le collège d'Annecy * (23 juillet 1424). Il le dota de revenus et de livres. Cette donation fut confirmée par une bulle de Martin V du 23 janvier 1427. Nous avons l'inventaire de la bibliothèque que Brogni réunit pour son collège; elle comprend presque uniquement des livres de théologie, de liturgie et de droit; le nouveau mouvement d'idées ne se fait pas sentir dans ce choix. Le cardinal d'Ostie voulait sans doute favoriser les études, mais on ne saurait sans exagération le compter parmi les promoteurs de l'humanisme.
Tout autre était Branda, cardinal de Saint-Clément, puis évêque de Porto. Le rôle important qu'il joua dans l'Eglise pendant sa longue vie de quatre-vingt-dix ans, les nombreuses missions qu'il remplit dans de loin-
1. FouRNiER, Statuts des Universités françaises au Moyen Age, II,
tains pays, notamment en Hongrie où il séjourna trois ans (1411-1414), ne Tempêchèrent pas de cultiver son goût pour les lettres et les arts. Vespasiano da Bisticci, qui semble avoir vécu dans sa familiarité, nous dit qu'il se faisait faire la lecture pendant ses repas, pour discuter ensuite des questions de théologie, de morale ou de droit canon. Il consacrait aussi à la lecture la plus grande partie de ses veilles. Il se plaisait à réunir à sa table ou dans son entourage des hommes d'esprit ou de science \ et mettait à leur disposition son influence et sa fortune.
Il s'efforça de favoriser les études. Légat en Hongrie ^, il conçut vainement le projet de fonder pour ce royaume une université à Vezprim. Plus heureux en Italie, il institua en Lombardie, à Castiglione d'Olona, sa patrie, un collège pour les jeunes gens pauvres qui voulaient aborder les hautes études sacrées ou profanes, et il le dota de revenus suffisants pour assurer son avenir et celui de ses étudiants. Il y réunit une bibliothèque fort importante, et avec une grande libéralité, il décida qu'elle serait à la disposition, non seulement des élevés du collège, mais encore « de tous ceux qui voudraient se donner une culture littéraire ^ ». Il avait un goût marqué pour les manuscrits, soit qu'il s'en servît lui-même, soit qu'il en fît de riches présents ; il en fît exécuter plusieurs avec le plus grand soin par les meilleurs copistes et miniaturistes de son temps. La bibliothèque de Castiglione d'Olona en possédait plusieurs. M. Vaisz ^
1. Vespasiano, Card* Branda, 118-190. c fu molto yoUo a prestar favor agli uomini dotti. »
S. Vaisz, Un codice dantesco in Ungheria. {Giornaîe délia leU, ital.f
II, aeo.)