‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 67 sur 153 · Ep, II · texte numérisé non relu

Ep, II

analogues au cardinal Jourdain Orsini : il n'avait reçu que cent aurei sur les deux cents qui lui avaient été promis, et il ne pouvait rien faire à moins de trois cents ; car il lui avait fallu procurer des lits aux copistes,faire des réparations au couvent, acheter du parchemin et payer des salaires. De ces citations on peut aisément conclure que les traductions de saint Jean Chrysostome, de saint Grégoire de Nazianze, de Saint Basile, des conciles grecs, ont été faites par Ambroise Traversari, sur l'invitation, les ordres même d'Eugène IV, qui, s'il ne donna pas tout ce qu'il avait promis, fit du moins tout ce que lui permettaient les difficultés de la situation politique et la pénurie du Trésor.

Comme Traversari, Maflfeo Vegio fut attiré par Eugène IV à la cour pontificale, et y représenta au plus haut degré, par sa vie et ses œuvres, l'humanisme chrétien. Né à Lodi, en 1407, il avait fait ses études à Milan, et de bonne heure avait témoigné d'un goût tout particulier pour la poésie et la littérature ancienne. Virgile était alors son auteur favori, et il composairïïn treizième livre de l'Enéide, un poème sur la mort d'Astyanax et quatre autres sur l'expédition des Argonautes. Toutefois, pour obéir à la volonté paternelle, il s'était consacré au droit, et y réussissait si bien qu'en 1431, il l'enseignait avec éclat à l'Université de Pavie, acquérant un renom mérité parmi les jurisconsultes ; en 1432, il dédiait à Capra, archevêque de Milan, son De significatione verborum, lexique des termes de droit usités dans le Digeste. Mais un autreamour, de plus en plus invincible, le gagnait, substituant de jour en jour à sa passion pour les , auteurs païens une vraie ferveur pour les études sacrées; c'était l'amour de saint Bernardin de Sienne

et de saint Augustin. Encore enfant, il avait entendu, en 1418, à Milan, les prédications de saint Bernardin, et il en avait gardé une telle admiration pour l'illustre franciscain qu'il devait plus tard écrire sa vie. Chrétien de plus en plus austère, il s'élevait contre les usages superstitieux et grossiers, qui déparaient trop souvent les fêtes religieuses. Dans une pièce de vers qu'il composa avant 1430, une statue équestre de Pavie, appelée Régissol, dénonçait aux théologiens ces indécences, et menaçait, si l'on n'écoutait pas ses justes plaintes, de chasser du temple, avec le fouet, les prêtres indignes et d'en appeler au concile réformateur qui allait se réunir à Bâle*. Enfin, il protestait contre les poètes orduriers qui s'inspiraient du naturalisme de la Renaissance, et dans les polémiques qu'il engageait contre ces écrivains grossiers, il savait garder la dignité et la décence. Ce fut à bon droit qu'on put graver sur sa tombe cette épitaphe : « Tu n'étais pas lascif comme le sont trop souvent les poètes; tu avais l'âme pure, le corps chaste. »

Un si bel éloge n'aurait certes pas convenu aux savants et aux lettrés qui formaient, à l'Université de Pavie, l'entourage de Vegio. Dans leur nombre se trouvait le maître de la littérature pornographique du temps, celui-là même qui venait de composer l'Hermaphrodite, l'une des œuvres les plus cyniques de la Renaissance, Beccadelli, dit le Panormite ; vers 1430, il enseignait les lettres à l'Université de Pavie et se trouvait être le collègue du pieux et pur chrétien qu'était Vegio. On comprend dès lors que celui-ci ait profité de la première occasion qui s'offrit à lui pour quitter ce milieu corrompu et venir dans la ville sainte de Rome.

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