Commentaires, XXI, p
2. « Vegii noBtri fortuna, si ad eum spectes, autadmodum tenuis est aut DuUa. »
mythologie antique, qui lui avait inspiré ses œuvres de jeunesse, céda définitivement le pas aux saints . du christianisme. De plus en plus épris de saint Augustin, il compose son éloge et celui de sainte Monique. Après la canonisation de Bernardin de Sienne, il écrit la vie du nouveau saint , puis celle de l'humble religieux que fut le pape Célestin V , enfin un poème en l'honneur de saint Antoine abbé. Lorsque l'église Saint-Pierre subit les premières atteintes de la Renaissance, avec les réparations de Nicolas V, Vegio, voulant conserver aux âges suivants le souvenir de l'antique basilique constantinienne, telle que l'avaient faite mille ans de christianisme, rédige sa Description de la basilique ^aticane^ qui est à la fois une œuvre de poète et d'archéologue. L'ancien chantre d'Astyanax et de Jason, l'ancien disciple de Virgile pleurait sur ce monument chrétien du Moyen Age que le paganisme de la Renaissance allait méconnaître et détruire.
Comme Maffeo Vegio, le poète Grégoire Correr se soumit à l'inspiration chrétienne du jour où le pape l'eut attaché à sa personne. Arrière-neveu de Grégoire XII et par conséquent cousin d'Eugène IV, il avait été l'un des plus brillants élèves de Victorin de Feltre. Dès sa jeunesse, il avait abordé avec succès les différents genres de la littérature latine, composant en hexamètres virgiliens un poème sur l'éducation , empruntant à Juvénal son style mordant pour blâmer en six satires les vices de son temps, traduisant en latin les Fables d'Ésope , et mettant en tragédie la fable de Térée et Procné^. Il était au pre-
1. Publiée par les Bollandistes, Acta SS*, 29 juin. 2* VoiGT, op, cit^f lU 33..
mier rang des écrivains profanes de son temps et laissait aller son âme aux plus vastes espérances, lorsqu'il fut appelé à Rome, en 1429, par son cousin, le cardinal Gabriel Condulmier. Aussitôt, il changea d'allures; sur les conseils du pape Martin V, il reçut les ordres, et sous l'influence du cardinal, son parent, il consacra sa plume à Dieu et aux saints. Dès lors, ses œuvres poétiques, tout en conservant leur élégance classique, s'inspirèrent de la piété la plus vive, du christianisme le plus pur. Comme Maffeo Vegio, il regretta le temps où il s'était attardé aux futilités de la mythologie et à l'imitation servile de l'antiquité païenne; en 1440, il conseillait à Cécile Gonzague d'abandonner le commerce des écrivains profanes et de substituer, dans ses études, le Psautier à Virgile, l'Évangile à Cicéron*. Lorsque Gabriel Condulmier fut devenu le pape Eugène IV, Grégoire Correr fut l'un des personnages en vue de la cour pontificale : dès 1431, il obtint la dignité, alors fort recherchée, de protonotaire apostolique. Ce fut lui qui, en 1433, fut chargé de haranguer, au nom du concile de Bâle, l'empereur Sigismond, à son entrée à Bâle ; enfin, il accompagna le pape à Florence, où il vécut dans la société des humanistes et des lettrés qui le considérèrent toujours comme l'un des leurs. Pendant ce long séjour, il entra en relations avec le libraire Vespasiano qui nous a laissé son éloge dans ses Vies des hommes illustres. « Il y a lieu d'espérer, dit en terminant ce pieux biographe, que Correr est maintenant au paradis; toute sa vie a été admirable, tant il a fait la guerre aux vices, suivant jusqu'à la fin la voie de la vertu, sans jamais s'en écarter. Il fuyait toute pompe et