Martèke, Ampliss, collection III
tout faste mondain ; ayant accepté le joug d'une très sainte humilité, il évitait toute sorte d'orgueiP. »
Dans le collège des secrétaires apostoliques, Eugène IV maintint Pogge, Antoine Loschi, Cenci et les autres écrivains qui y figuraient déjà sous son prédécesseur. Il s'efforça en même temps d'y attirer, de tous les points de F Italie, les lettrés qui se distinguaient par la pureté de leur style latin ou grec. Quoique nous ayons peu de détails sur la vie de Jean Aurispa, nous savons que, dès 1426, il était en relations avec les représentants de la Renaissance littéraire, en particulier avec Guarino de Vérone et le Panormite; qu'en 1438, il était à Ferrare, précepteur de Meliaduse, bâtard du duc Nicolas d'Esté; enfin qu'il était considéré, vers 1431, comme l'un des maîtres de l'hellénisme en Italie^. C'était assez pour qu'Eugène IV cherchât à l'attirer dans son entourage. Nous trouvons, en effet, Aurispa dans le collège des secrétaires apostoliques dès 1433 ; le pape comptait apparemment sur lui pour correspondre avec les prélats d'Orient, dans les négociations pour l'union desÉglises. Aurispa semble avoir conservé dans la suite la faveur pontificale puisqu'il fut chargé de missions diplomatiques en Castille, à Sienne et à Venise^.
Lapo de Castiglioncliio était un helléniste, comme Aurispa. Neveu de Lapo l'ancien, l'ami de Pétrarque, il s'était mis à l'école de Filelfe, de Marsuppini et de Georges de Trébizonde et n'avait pas tardé à devenir très habile dans les deux langues latine et grec-
i. Vespàsiano, p. â38.
2. Sabbadini, Notizie di alcuni umanisti, {Giom* storico délia lett, ital.^ VI, 170.) —Raphaël de Volterre, op. cit,y XXI, p. Sl*5, v".
3. VoiGT, n, 38. Rappelons aussi qu'Âlberti fut secrétaire apostolique dès 1433.
LES LETTRES SOUS EUGÈxNE IV. 149
que. Il avait été admis dans le cercle d'humanistes florentins qui se rencontraient à la bibliothèque de Niccolo Niccoli ou dans la boutique de Vespasiano et il s'était particulièrement lié d'amitié avec Léonard l'Arétin et Manetti. Pendant le long séjour que fit la cour pontificale à Florence, avant et pendant le concile, -il commença ses traductions de Plutarque, Lucien, Théophraste, Josèphe, Isocrate et Démosthène. Unie à une grande pureté de mœurs, sa science de la langue grecque le fit distinguer par Eugène IV qui lui accorda l'entrée au collège des secrétaires. Vespasiano nous assure qu'il sut gagner la faveur du pape et des prélats de sa cour, et que s'il avait vécu davantage, il serait parvenu aux plus hautes dignités ^ Nous avons pour preuve de la foi que l'on peut ajouter à ce témoignage les dédicaces de ses traductions qu'il fit agréer aux personnages les plus marquants de la curie. Il dédia à Eugène IV lui-même la Vie de Solon et le De fletu de Lucien ; au cardinal Jourdain Orsini la Vie de Publicola ; au cardinal Vitelleschi, celle de Périclès, et, par une délicate flatterie à ses talents militaires, l'histoire des Macchabées de Josèphe; au cardinal Julien Césarini, la Vie d'Aratus; enfin au cardinal Prosper Colonna VOratio ad Demonicum d'Isocrate. Le protonotaire Grégoire Correr, le parent et le favori d'Eugène IV, ne fut pas oublié. Lapo composa pour lui un parallèle des lettres et des arts avec l'art militaire.
D'habiles latinistes vinrent prendre place dans le collège des secrétaires à côté de ceux que Martin V y avait déjà réunis. Ce furent Ermolao Barbare, parent d'Eugène IV, comme Grégoire Correr, et comme
\. Vespasiano, op,cit., p. 509.
lui élève de Guarino de Vérone^; le chanoine florentin Fiocco, qui dédia au cardinal Branda une savante étude sur les sacerdoces et les magistratures de l'antiquité; enfin l'historien archéologue Blondus de Forli.
Né à Forli, en 1388, il avait eu pour maître de rhétorique, de grammaire et de poésie, Jean Balistario de Crémone et il était ^devenu « très habile dans la langue latine, non sans avoir quelque connaissance des lettres grecques ». Attiré par le grand renom littéraire de la cour de Rome, il se proposait, vers 1430, de s'y rendre lorsque Francesco Barbaro, gouverneur de Bergame, se l'attacha comme secrétaire. Mais, dès 1434, Eugène IV l'avait pris à son service, puisque cette année-là, il accompagnait Vitelleschi, envoyé par le pape à Venise et Florence pour y demander des secours. Dès lors, Blondus se fixa à la curie où il demeura, en qualité de secrétaire apostolique, jusqu'à sa mort survenue en 1463.
Ce long séjour de vingt-neuf ans à la cour des papes lui permit de composer d'importants ouvrages d'histoire et d'archéologie ; car il était, dit Vespasiano « diligent investigateur des choses antiques ». A l'imitation de Tite-Live, il écrivit des Décades « commençant aux temps des Goths et racontant à la suite tous les événements dignes de mémoire jusqu'à son époque ». Pour le XV® siècle, cette histoire a une valeur toute particulière puisque l'auteur raconte souvent des événements auxquels il a été personnellement mêlé; c'est ainsi qu'il nous rapporte les missions de Venise et de Florence dont il fit partie en 1434, à la suite de
i, VoiGT, op. cit., n, 38.