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son humeur et la liberté de sa vie nomade ^ , Cyriaque d'Ancônen'en jouit pas moins de la faveur d'Eugène IV. Lorsqu'en 1421, âgé de trente ans, il entra en rapports avec lui, il avait déjà visité de nombreux pays, depuis le jour où, enfant de neuf ans, il accompagnait son aïeul à Venise. Poussé par l'amour du commerce et des aventures, il avait parcouru le royaume de Naples, les îles de l'Archipel, Rhodes, Chypre, l'Egypte, la Sicile, la Dalmatie. En 1418, âgé de vingt-sept ans, il était allé à Constantinople, et n'était rentré à Ancône qu'après avoir fait une nouvelle exploration de l'Archipel. Ce fut à son retour qu'il devint le familier du cardinal Gabriel Condulmier (Eugène IV), que Martin V venait d'envoyer à Ancône pour gouverner les Marches. Il fut chargé des travaux ordonnés par le légat pour agrandir le port. Ces occupations le fixèrent chez lui pendant deux ans ; mais en 1423, Gabriel Condulmier ayant quitté sa légation et les travaux du port étant terminés, rien n'empêchait plus Cyriaque de reprendre son vol vers les pays lointains. Il s'aperçut que s'il avait vu Constantinople et Alexandrie, Venise et Naples, Palerme et Rhodes, il ne connaissait pas encore Rome. Or, pendant les travaux du port, il avait étudié de près l'arc de triomphe que Trajan avait élevé sur la jetée d'Ancône; ses goûts archéologiques s'étaient accrus et il désirait étudier les ruines de la Rome païenne. 11 fut accueilli avec la plus grande bonté par Gabriel Condulmier; c'était le cheval blanc du cardinal qui le portait à travers la ville lorsqu'il en allait étudier les antiquités (1423). Instruit désormais, il voulut refaire par goût archéologique les voyages que jadis son humeur nomade et commerçante lui avait fait entreprendre. Il navigua pendant
i. Surles voyages de Cyriaque d'Ancône, cf. son Itinéraire.
huit ans, recueillant partout des antiquités et des manuscrits, copiant des inscriptions latines et grecques et réunissant à bon compte une collection d'oeuvres de l'art ancien. Ce fut au cours de ces tournées qu'il apprit l'exaltation du cardinal, son ami; il rentra aussitôt à Rome pour le féliciter et resta auprès de lui deux ans, jusqu'au couronnement de Tempereur Sigismond (1433). Il repartit encore pour la Lombardie et pour l'Orient en 1435, et partagea les vingt dernières années de sa vie (1435-1457) entre des voyages en Italie et la rédaction de ses récits.
Eugène IV ne fut pas sans influence sur la direction de ses recherches. Dans plusieurs de ses pérégrinations à travers l'Orient, Cyriaque recueillit des manuscrits grecs du Nouveau Testament et s'appliqua à en comparer le texte avec celui de la Vulgate ^ ; or le pape lui avait donné commission de relever les divergences qui pouvaient exister entre les manuscrits grecs et la traduction de saint Jérôme, afin d'arriver un jour à l'établissement définitif des textes sacrés. Ces études avaient une grande importance puisqu'elles tendaient à soumettre aux règles de la critique et de la philologie les livres canoniques et, parla, Cyriaque d'Ancône et Eugène IV doivent figurer au nombre de ceux qui ont ressuscité, pendant la Renaissance, les études bibliques.
La connaissance de l'antiquité doit encore plus à Cyriaque. A la suite de ses voyages, il a pu composer l'un des premiers recueils épigraphiques que nous possédions, ancêtre reculé des « Corpus ». Ainsi il a permis aux humanistes de voir de plus près cette antiquité à laquelle ils demandaient leur inspiration ; et aux