‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 75 sur 153 · I. Makcini, op. ciL, 8C · texte numérisé non relu

I. Makcini, op. ciL, 8C

artistes, il a fourni de nouveaux modèles à imiter en mettant sous leurs yeux les objets d'art, sculptures, statues, médailles, marbres qu'il avait recueillis. Grâce à lui, la connaissance de l'antiquité tendit à devenir une science et il peut à juste titre compter, avec Pogge, Blondus et Maffeo Vegio, parmi les fondateurs de l'archéologie. C'est à Eugène IV que Cyriaque d'Ancône a dédié l'ouvrage qui contient le récit de ses explorations scientifiques, semblant dire par là que le pape, soit par ses subsides, soit par ses conseils, a contribué à faire tourner au plus grand profit de la science des voyages accomplis tout d'abord pour un objet purement commercial.

Dès la première année de son pontificat, Eugène IV donna une preuve non équivoque de son goût pour les lettres, en reconstituant, avec toutes ses facultés, l'Université romaine dégénérée : par sa bulle du 10 octobre 1431, il lui donna une constitution définitive. D'après ce règlement, professeurs et étudiants devaient jouir de tous les droits et immunités qui avaient été accordés auparavant aux autres universités ; ils étaient soustraits aux juridictions ordinaires pour être placés exclusivement sous celle du recteur; celui-ci devait être élu par leurs libres suffrages. Au risque de se rendre impopulaire, le pape accrut les droits sur l'importation des vins, à Rome, afin d'assurer les honoraires des professeurs. Enfin, il fit bâtir dans le quar* tier Saint-Eustache les bâtiments qui sont encore de nos jours le palais de l'Université.

Ce fut un Français de Picardie, Jean Lejeune, qui fut élu recteur et il ne quitta cette charge que pour devenir évêque de Mâcon, puis de Saint-Omer, enfin cardinal. Dans ses fonctions administratives, Lejeune fut assisté d'un conseil de quatre réformateurs, choisis dans les

grandes familles romaines. L'Université fut placée pour toujours sous la protection du cardinal camérier, ministre des finances de TÉglise. Les maîtres qui furent appelés à y enseigner, reçurent le traitement le plus convenable : l'un d'eux, le professeur de droit Ives de Coppolis, voyageait, en 1432, avec une suite de vingt-cinq personnes. Dès le début, les études juridiques y jetèrent un vif éclat avec Antoine Roselli, l'auteur du traité De monarchiay Louis Pontano, que Blondu« appelle, dans son Italia illustratay (n jurisconsultorum consultissimus », et Ives de Coppolis qui devait devenir avocat consistorial. Et cependant, l'étude du droit céda le pas à celle de l'antiquité classique. Par leurs leçons publiques, les humanistes mirent à la portée de tous la connaissance des littératures anciennes : Georges de Trébizonde y enseigna le grec du temps d'Eugène IV ^. Comme l'Université romaine, la bibliothèque du Vatican dut à Eugène IV le commencement de sa gloire. L'ancienne bibliothèque, si riche aux temps de Boniface VIII et reconstituée à Avignon par les papes du XIV® siècle, était restée au delà des monts; il ne restait à Rome que quelques manuscrits qui avaient été oubliés lors du transfert ou que l'on avait fait venir du palais des Doms pour des recherches précises. Aussi, lorsqu'en 1432, Ambroise le Camaldule la visita, il éprouva une déception : « Dans la bibliothèque du pape, écrivait-il, j'ai noté quelques volumes grecs; je n'ai rien trouvé de nouveau si ce n'est l'ouvrage d'Isaac le Syrien sur la perfection de la vie religieuse. » Quand Eugène IV eut surmonté les difficultés politiques et financières qu'avaient accumulées la révolte des Romains et des seigneurs, les

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