Renazzi, I
guerres avec Sforza et le conflit avec le concile de Bâle, et qu'il fut redevenu, en 1440, le maître incontesté de ses États, il travailla à la reconstitution de sa bibliothèque. Le 20 juin 1441, il ordonna le retour à Rome de tous les livres, privilèges, ornements pontificaux, provenant du Vatican et du Latran, qui se trouvaient encore au palais d'Avignon. Le clerc de la Chambre Rosello Roselli et Barthélémy Brancacci devaient se les faire délivrer par le cardinal légat, Pierre de Foix, et les transporter à Rome. En même temps, le pape commanda à ses copistes et à ses miniaturistes de magnifiques manuscrits qu'il marqua de ses armes. Enfin, en 1443, il fit dresser un inventaire de ses livres qui est en quelque sorte l'acte de naissance de la nouvelle bibliothèque *.
Elle contenait 340 volumes; la plupart étaient des ouvrages de théologie, de liturgie et de philosophie scolastique; les Pères de l'Église latine étaient représentés par les œuvres de saint Augustin, de saint Am- ■ broise, de saint Jérôme ; les scolastiques par celles de saint Bernard, saint Anselme, saint Thomas d'Aquin, d'Avicenne et d'Averroès. Remarquons la part déjà importante qui y était faite aux Pères de l'Église grecque : dans l'inventaire nous relevons la mention des œuvres d'Origène, de saint JeanChrysostome, de saint Jean Damascène, La littérature profane y avait sa place, puisque nous y remarquons les récits de voyages de Marco Polo, les écrits de Pétrarque et de Boccace. Enfin l'humanisme y avait déjà pénétré avec les traités de Léonard l'Arétin et de Vegio, les traductions d'Ambroise le Camaldule.
Ces manuscrits étaient en parfait état, la plupart
^ 1. Fabre et MuNTz, La bibliothèque du Vatican au XV* siècle.
fw^
reliés en cuir rouge, vert, blanc ou bleu; ils étaient marqués aux armes du pape. Quelques-uns étaient richement décorés : c'étaient par exemple une Bible « recouverte de velours rouge avec des écussons et des clous d'argent doré et de beaux émaux » ; le traité /)e/?otestate papae et concilii du cardinal Torquemada, avec « des fermoirs d'argent». Ce n'était pas seulement pour lui qu'Eugène IV réunissait ces livres : il permettait aux personnages de sa cour et aux lettrés de son entourage non seulement de les consulter surplace, mais encore de les emporter chez eux, soit pour les étudier, soit pour en faire faire de nouvelles copies. L'inventaire porte plusieurs mentions de prêts à domicile faits à diverses personnes, par exemple aux cardinaux Barbo et Torquemada. Ainsi commençaient ces traditions libérales qui permirent aux lettrés du XV ° siècle d'user de la bibliothèque apostolique comme d'un dépôt public. L'étude du pontificat d'Eugène IV nous a démontré que, plus encore que Martin V, ce pape a favorisé et accéléré le mouvement de la Renaissance. Il appela à lui les artistes les plus illustres de l'Italie et même de l'étranger et, dans le choix qu'il fit, il témoigna d'un goût aussi large que sûr. Il suflit de citer les noms de ceux qu'il employa : fra Angelico, Pisanello, Foucquet, Donatello et Ghiberti. Sa cour se peupla de lettrés ; le collège de ses secrétaires fut plus que jamais une académie d'humanistes. Il ne se contenta pas de s'entourer de gens de lettres ; il facilita leurs études et leurs recherches par des pensions et surtout par la reconstitution de sa bibliothèque; enfin, par la création de l'Université romaine, il voulut mettre la culture littéraire à la portée de tous. Pieux et même dévot, il distribua ses faveurs aux humanistes païens
comme aux chrétiens, poussant si loin cette impar-
tialité qu'on pourrait presque l'en blâmer. L'éclat du pontificat suivant a un peu rejeté le sieii dans l'ombre ; il était nécessaire de le remettre en lumière et de montrer à quel point Eugène IV a été le précurseur de Nicolas V.