Pastor, II
la connaissance des Pères grecs et de la scolastique, il fut capable d'argximenter * avec succès au nom des Latins contre les Grecs et d'offrir à ces derniers la lutte sur leur propre terrain. Aussi Eugène IV le mitil au premier rang des docteurs qui avaient pour mission de proclamer et de défendre, en face des Orientaux, les droits et la doctrine du siège apostolique : « Dans toutes ces discussions, dit Vespasiano, maître Thomas se trouvait du côté des Latins... il était des plus estimés pour la connaissance universelle qu'il avait de l'Ecriture sainte, des docteurs anciens et modernes. Eugène IV lui confia le soin d'argumenter contre les trois nations ^... et deux fois par jour maître Thomas discutait avec elles. » Le pape sut récompenser une si grande science mise au service de l'Eglise romaine. En 1443, il le nomma sous-diacre apostolique et souscamérier, manifestant ainsi son intention de l'attirer à la curie et de l'attacher à sa personne ; mais Thomas ne voulait pas échanger, même contre une vie brillante, la vie austère qu'il menait auprès de son évêque perclus. Après la mort d'Albergati, Eugène IV éleva rapidement Parentucelli aux plus hautes dignités : en 1444, il lui attribuait le siège vacant de Bologne; en 1446, il lui confiait une mission difficile auprès de princes allemands et à son retour, à la fin de décembre delà même année, il lui donnait le chapeau de cardinal.
Avant même de le compter parmi ses membres, le Sacré-Collège avait témoigné à Thomas de Sarzane la plus grande estime ; il lui en donna de nouvelles preuves lorsque, après la mort d'Eugène IV, le 23 février 1447, il
1. Il se servit pourtant, pour argumenter, d'interprètes, n'osant pas parler le grec en plein concile.
2. Les Grecs, les Arméniens et les Éthiopiens qui assistaient au concile.
lui confia l'oraison funèbre du pape, et surtout lorsque après un court conclave de deux jours (4 mars-6 mars 1447), il l'appela à lui succéder. Cette élection, déclara le cardinal Colonna en la proclamant, avait eu lieu à l'unanimité et le cardinal de Portugal affirmait que l'intervention de Dieu y avait été visible. Elle fournit à l'élu une occasion unique de montrer sa modestie et sa délicatesse : voulant en quelque sorte rappeler l'humilité de son passé et glorifier une fois de plus le pieux Nicolas Albergati,il déclara prendre, en souvenir de lui , le nom de Nicolas V.
Ce fut dans le monde des humanistes une explosion de joie quand on y apprit que l'un d'eux venait de ceindre la tiare. A Venise, François Barbaro saluait les débuts d'un âge d'or où l'on verrait la sagesse s'asseoir sur les trônes des rois ^ et dans la lettre de félicitation qu'il écrivait au nouvel élu, Pogge lui disait toutes les grandes choses qu'on attendait de lui ^ : « A vous seul reviennent la charge et l'honneur de rendre à la science son antique dignité et son ancien éclat; à vous de faire revivre les arts les plus nobles. » Pour être agréable à ce pape lettré, les princes et les républiques de l'Italie composèrent d'humanistes les ambassades qui devaient le complimenter en leur nom ; Milan lui envoya Guiniforte.Barzizza, qui, depuis 1435, enseignait la langue latine dans la chaire de son père. Alphonse, roi de Naples, lui dép'uta le fameux Beccadelli le Panormite : se souvenant des séjours que le nouveau pape avait faits à Florence et de la prédilection qu'il lui conservait, la République florentine lui envoya une ambassade d'élite ; les noms illustres d'Acciaiuoli, d'Alessandri, de
i. PASTOR, II, 152.