Opéra, p
Pierre de Médicis, de Neri, de Gino Capponi y représentaient les riches patriciens à l'esprit cultivé; rhumanisme y brillait avec Giannozzo Manetti, l'un des membres les plus assidus des Académies, Vespasiano da Bisticci , le libraire dont la boutique était le lieu de rendez-vous de toute la société lettrée et chez lequel maître Thomas avait passé lui-même tant d'heures délicieuses. Faut-il s'étonner qu'aussi bien recrutée, l'ambassade de Médicis ait reçu de Nicolas V un accueil tout particulièrement aimable et flatteur ^ ?
Les audiences solennelles qui furent données pour ces réceptions furent de vraies séances académiques. Les humanistes qui portèrent la parole, firent étalage dans leurs discours de toute leur éloquence et de tout leur savoir. Giannozzo Manetti prononça une harangue qui dura cinq quarts d'heure et qu'il parsema de toutes les fleurs de la rhétorique ^. Le pape, de son côté, se mit en frais d'éloquence et saisit l'occasion de montrer au monde la valeur littéraire de celui qui venait de s'asseoir sur la chaire de saint Pierre. Il écoutait les orateurs avec un tel recueillement qu'il semblait dormir, mais lorsque le moment était venu pour lui de parler, il se levait, et, à la surprise générale, répondait point par point, en une. belle improvisation, aux discours qui venaient d'être prononcés. Dès lors, on se disait « que Rome possédait un pape sans égal sous le rapport de l'esprit, de la science, de l'affabilité et de la largeur des idées ; et ce furent effectivement ces qualités qui gagnèrent à Nicolas V la faveur de l'opinion publique ». Avec lui, l'Eglise
4. Elle fut reçue dans la salle du consistoire, jusqu'alors réservée aux empereurs et aux rois, î. Vespasuno, Commentario délia vita di Giannozzo Manelti, p. 37-47.
romaine s'unissait si intimement à la Renaissance qu'il devenait impossible de les distinguer.
Lorsque, avant de devenir l'évêque des évêques, Thomas de Sarzane n'était encore « qu'un humble sonneur de cloches ' », il avait déjà coutume de dire que si jamais il avait à sa disposition de fortes sommes d'argent, il les consacrerait à des constructions et à des livres. Devenu pape, il en eut le pouvoir. Pacifié depuis plusieurs années, l'État pontifical n'exigeait plus, pour sa défense, les sacrifices du temps d'Eugène IV ; d'autre part, le jubilé de 1450, en attirant à Rome des foules « aussi innombrables que des peuples de fourmis », fit affluer dans les caisses du Vatican des sommes si considérables que Nicolas V put donner libre cours à sa générosité naturelle et à sa passion pour les arts et pour les livres.
Si nous en croyons Manetti ^ et Nicolas V lui-même^ , le nouveau pape avait la ferme intention d'ordonner à Rome et dans ses États une série de grands travaux. Il était temps d'en finir avec les rebelles et les brigands qui trop longtemps avaient été les maîtres des routes ; pour rendre les communications faciles et sûres, il fallait élargir et multiplier les voies, et surtout les faire garder par tout un système de châteaux forts et de citadelles. A ses habitants et aux étrangers qui venaient la visiter Rome devait assurer la sécurité et l'hygiène; par la beauté de ses monuments et la sainteté de ses églises, elle devait satisfaire leurs goûts artistiques et leur piété.
Pour assurer à sa capitale ces avantages matériels et moraux, Nicolas V avait résolu de lui faire subir