‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 81 sur 153 · Testament de Nicolas V ap. Muratori, ni, II · texte numérisé non relu

Testament de Nicolas V ap. Muratori, ni, II

d'importantes transformations. Il voulait entièrement restaurer les portes et les murs de la cité , les ponts stratégiques tels que le ponte Molle et le pont Saint* Ange sur le Tibre, leponte Salaro et le ponte Nomentano sur l'Anio, et surtout le fort Saint- Ange qui était la citadelle de Rome et commandait plus particulièrement le quartier apostolique du Borgo. Malgré les efforts des deux pontificats précédents, les églises stationales n'avaient pas été toutes réparées ; pour éviter aux yeux des pèlerins, surtout pendant le jubilé de 1450, d'être scandalisés par l'abandon où elles se trouvaient encore, il fallait les remettre à neuf et en faciliter l'accès en réparant et élargissant les voies qui y conduisaient. Le quartier du Borgo, qui s'étendait du pont Saint-Ange au Vatican, de la rive droite du Tibre aux fortifications, devait être réservé pour la résidence du pape et des dignitaires de la curie. Entouré d'une enceinte spéciale, fermé à des heures fixes, il devait être la ville papale par excellence et comme le sanctuaire pontifical. Partant du pont Saint- Ange, trois rues bordées de portiques devaient converger sur la basilique vaticane, centre de la cité Léonine. Là se seraient succédé avec les boutiques des différents corps de métiers les palais de toutle personnel administratif. Ces rues devaient déboucher sur une grande place, servant d'immense parvis à Saint-Pierre, et devant être limitée à droite par le palais apostolique, à gauche par les habitations du clergé. En son milieu, devait se dresser un monument à la gloire de Dieu et de l'Église.

A l'extrémité de cette place aurait été élevée la basilique de Saint-Pierre, reconstruite dans des proportions gigantesques. Le palais du Vatican aurait été entièrement refait et disposé de telle sorte que le rezde-chaussée, avec ses portiques, ses jardins, ses eaux

vives et ses vergers, fût la résidence d'été, le premier étage celle d'hiver, l'étage supérieur celle du printemps et de l'automne ; que des quartiers spéciaux y lussent réservés aux cardinaux, aux services de l'administration, au conclave, aux archives, à la bibliothèque et des salles magnifiques aux réceptions solennelles. Un cimetière, placé derrière l'abside de la basilique, devait recevoir, pour leur dernier sommeil, tous les papes.

Tel fut le plan grandiose des travaux que Nicolas V voulut faire exécuter, comme il l'exposa lui-même aux cardinaux, à son lit de mort. Il excita l'enthousiasme des contemporains. Manetti, Palmieri, Silvius Piccolomini y voyaient la preuve manifeste de la largeur d'esprit et de la grandeur d'âme de son auteur * . Cependant, dans son histoire, saint Antonin de Florence semble le trouver démesuré lorsque, portant un jugement d'ensemble sur Nicolas V, il lui reproche de n'avoir rien terminé pour avoir trop embrassé. Reconnaissons toutefois que]si, pendant son court pontificat de huit ans, Nicolas V ne parvint pas à exécuter un si vaste programme, il a du moins déployé beaucoup d'activité et laissé après lui de nombreuses preuves de ses goûts esthétiques. 11 eut aussi le mérite de grouper autour de lui les artistes les plus renommés de l'Italie et de leur commander des œuvres assez considérables pour imprimer à la Renaissance un nouvel élan.

Dominant l'une des vallées qui mettent en communication le Tibre avec l'Arno, les Etats romains avec la Toscane, la ville d'Orvieto avait une importance stratégique; on l'avait bien vu pendant les guerres que,

1. Manetti, op. et/., loc, cit, — Palmieri, (ap. Tartini Rerum ilaîicarum scriptores, I, 2*5), — ^neas Silvius Piccolomini, Europa (éd. 1571), p. 458.

SOUS le pontificat précédent, le cardinal Vitelleschi avait soutenues contre les préfets de Vico et François Sforza. Déjà, au XIV® siècle, le cardinal Albornoz y avait élevé la citadelle qui commande le cours du Paglia. Soit qu'elle fût en partie ruinée, soit qu'il voulût en accroître la solidité, Nicolas V y fit faire des travaux auxquels présida l'ancien gouverneur du château Saint- Ange, Antonio di Rido (1450-1451) *. En même temps, fut réparé le palais apostolique que les papes du XIIP siècle avaient élevé à côté de la cathédrale et qui leur avait souvent servi de résidence. D'après le témoignage de Manetti, la citadelle était gigantesque, le palais splendide et entouré de fossés profonds ; le tout formait un ensemble qui méritait d'être vu pour sa magnificence. Non loin de là, se dressait, au pied du Soracte, la ville de Civita-Castellana, commandant les routes entre la Méditerranée et le Tibre moyen : Nicolas V y fit refaire plus du tiers de l'enceinte. Narni et Spolète surveillent les passages des Apennins entre Rome et l'Ombrie : Nicolas V répara la citadelle de Narni et fit exécuter pour celle de Spolète des travaux encore plus sérieux : les salles de réception et les appartements qu'elle renfermait, furent richement décorés. A Assise, les murs du couvent fortifié de Saint-François, qui avaient subi plusieurs fois depuis le grand schisme l'assaut des factions, étaient en ruines : il les fit réparer. Pendant l'été de 1450, alors que Rome était désolée par la peste, le pape se réfugia, avec sa cour, dans les hauteurs salubres des Apennins, à Fabriano. Il en profita pour construire un mur d'enceinte, agrandir la place principale, refaire

!• MÛNTz, Les ArtSy etc., 1, 162, auquel nous empruntons la plupart des détails qui suivent.

NICOLAS V ET LES ARTS. im

le palais pontifical de la ville et exécuter des réparations dans les églises Saint-Venant et Saint-François, La ville de Civita-Vecchia était le port militaire de l'état pontifical ; de là partaient les routes qui, du littoral, pénétraient dans le plateau toscan : deux architectes lombards, maîtres Stefano di Giovanni et Giovanni di Giorgio, furent chargés, en 1452, d'y refaire les murailles; ils y élevèrent, dit Manetti, « des constructions grandes et magnifiques ». Quoique déjà ensablé, le port d'Ostie pouvait encore rivaliser avec celui de Civita-Vecchia; c'était la clef du Tibre et il protégeait Rome contre toute attaque maritime : de 1451 à 1454, Nicolas V en fit réparer les tours et les fossés, qui portent encore de nos jours son écusson; en même temps on remit à neuf le clocher, l'intérieur de la cathédrale et la saline.

Aux abords immédiats de Rome, son activité se fit sentir encore davantage : c'est par le ponte Molle que passait le Tibre pour entrer dans la ville ; or, depuis Innocent VII, ce pont, d'une si réelle valeur stratégique, était formé en partie de traverses de bois. En 1454, Nicolas V les remplaça par une voûte en pierre, et il commença la tour qui devait en commander le passage. Encore de nos jours, le ponte Nomentano, sur rAnio,est surmonté d'un petit château fort marqué de l'écusson de Nicolas V ; c'est par cette construction que devait être protégée la route de Rome aux monts de la Sabine. Le ponte Lucano, non loin de Tivoli, reçut des défenses analogues.

Le pape fit faire une inspection très détaillée de l'enceinte fortifiée de Rome. Toute la partie du nord et de l'est, depuis la porte du Peuple jusqu'à celle d'Ostie près du Tibre, fut réparée ; quelques ouvrages avancés y furent même ajoutés. Sur la rive gauche, les dé-

IS-l L'ÉGLISE ET LES ORIGINES DE LA RENAISSANCE.

fenses du Transtévère furent renforcées de nouveaux murs, jusqu'à la porte Septimiana et le borgo San Spirito; de distance en distance les murailles portent encore l'écusson de Nicolas V. Manetti remarque que, dans la partie qui s'étend du pont Saint-Ange à la porte appelée aujourd'hui Cavalligieri, Nicolas V n'ordonna aucun travail, soit qu'en cet endroit l'enceinte fût intacte, soit plutôt qu'il se proposât de la détruire et de la refaire entièrement, lorsque le Borgo serait réédifié selon son grand projet.

Le pont et le château Saint-Ange formaient la plus forte position de Rome; celui qui en était le maître, dominait à la fois la ville de la rive gauche et le faubourg pontifical de la rive droite, soit l'ensemble de la cité. Les partisans de l'indépendance communale l'avaient bien compris quand, aux XIII®, XIV* et XV® siècles, ils avaient tenté de s'en assurer la possession. Désireux d'asseoir à jamais la domination pontificale sur Rome, Nicolas V, à l'exemple de son prédécesseur, renforça cette sorte de Bastille romaine ; le pont fut réparé, et une inscription, placée sur les piles, rappela que c'était par la munificence de Nicolas V. Pendant le jubilé de 1450, un grave accident, causé par la presse de la foule, avait fait périr sur ce pont de nombreux pèlerins ; pour prévenir de semblables malheurs, le pape fit élargir le passage en supprimant toutes les boutiques qui longeaient les parapets et qu'il remplaça par des trottoirs ; en mémoire des victimes, il érigea aux deux extrémités deux chapelles où l'on devait prier pour le repos de leurs âmes ; c'étaient deux monuments circulaires, qui furent détruits, en 1527, sous Clément VIL Le château Saint- Ange fut remis en bon état ; Nicolas V y agrandit la tour de Boniface VIIL II aménagea l'intérieur du mausolée en chambres et en salles, afin que

îe pape et la cour pussent, en cas de danger, trouver un asile sûr dans cette puissante citadelle.

En même temps qu'il veillait ainsi au bon ordre de Rome et de ses Etats, Nicolas V n'oubliait pas le bienêtre de ses sujets et il prenait d'intelligentes mesures pour les placer dans les conditions d'une bonne hygiène, A Viterbe, il agrandissait et embellissait l'établissement thermal. 11 y avait là des eaux efficaces « pour toutes les indispositions et maladies humaines », dit Manetti ; mais les constructions destinées aux malades étaient « incommodes et nues » . Nicolas V les transforma si bien que, non seulement elles devinrent mieux appropriées aux besoins de ceux qui venaient y chercher la santé, mais qu'encore elles semblèrent a faites pour recevoir des princes ». A Rome, les habitants n'avaient plus ces eaux salubres et abondantes que les anciens avaient fait venir des montagnes, voisines; les aqueducs avaient été détruits par les guerres, ou bien une longue négligence les avait laissé tomber en ruines. Depuis longtemps déjà, l'eau trouble du Tibre et celle des puits alimentaient seules la ville, causant souvent dans la population de funestes épidémies. Nicolas V voulut doter Rome d'une eau saine et il remit en activité les aqueducs des anciens Romains. Il commença par VAqua VirgOy qui fut entièrement restauré en 1453, comme nous le prouve l'inscription commémorative * placée sur l'aqueduc, et le mandat de paiement délivré, le 18 juin de la même année, à l'entrepreneur Pietro diCholona.Au débouché de l'aqueduc à Rome, le pape fit élever une fontaine monumentale dont le dessin fut demandé à l'illustre

1. Cet aqueduc reçut cette inscription commémorative : Nicolavs V. PON. Max. Post. illvstratam. insignidvs. Moî{vm. Vkt. Col. Rest. 1433.

Alberti. Ce fut la fontaine de Trevi dont l'aspect devait être entièrement modifié, au XVI II® siècle, par Clément XII.

En développant des goûts nouveaux, la Renaissance changeait les conditions matérielles de l'existence. Aux ruelles étroites et sans lumière, hérissées de tours et de maisons fortifiées, elle voulait substituer des voies droites et larges, des places spacieuses ; les résidences seigneuriales bardées de fer et percées d'étroites ouvertures, comme des citadelles, allaient être remplacées par dévastes palais, ouvrant au public leurs cours ombragées et leurs cloîtres, leurs belles salles de réception et leurs collections artistiques. Avec la centralisation du pouvoir et la ruine de la féodalité, les surprises des guerres civiles semblaient pour longtemps écartées et Ton croyait le moment venu de vivre en plein air et à la lumière. Pour cela, Nicolas V voulut « ouvrir à travers le dédale de la Ville Éternelle de nouvelles voies de communication, rectifier les anciennes, créer des quartiers modèles avec des places spacieuses, entourées de portiques et ornées de plantations, de fontaines, de cours d'eaux^ » . Reprenant un ancien projet des papes du haut Moyen Age, il voulut réunir les basiliques patriarcales par des portiques qui, traversant la ville en sens différents, auraient permis aux habitants et aux pèlerins de la visiter à l'abri des intempéries et des ardeurs du soleil. Ainsi, sur plusieurs points furent entrepris d'importants travaux de voirie.

Le 23 février 1448, les magistri viarum recevaient les sommes nécessaires pour la rue de Saint-Pierre. En 1450 ^, l'entrepreneur lombard Beltramo di Martino

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