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Mai, Spicilège, IX

3. Par exemple sur la porte qui, aux appartements Borgia, met en communication la salle des pontifes avec celle des mystères.

sont celles dont M. Mûntz a publié les mandats de paiement par Nicolas V ^ Les tuiles qui couvrent encore le toit, sont marquées des deux clefs croisées en sautoir qui étaient les armes de ce pape, et qu'on voit aussi sur le pavement en mosaïques, à côté de celles de Jules II et de Léon X *. D'ailleurs, le style de ces constructions, avec leurs voûtes en arête et leurs fenêtres croisées, rappelle tout à fait le milieu du XV° siècle et nous permet d'en reporter la date à ce pontificat.

Nicolas V y fît aménager une chapelle qu'il dédia à son patron ; elle a disparu dans des remaniements ultérieurs. On a, au contraire, conservé la chapelle Saint- Laurent qui, avant d'être consacrée, servait de studio ou cabinet de travail au pape. Pour décorer ces nouveaux bâtiments, Nicolas V fit appel aux artistes les plus en vue , et il fît preuve d'un goût aussi large qu'éclairé, en demandant en même temps le concours du plus célèbre des peintres mystiques, fra Angelico, et celui de réalistes tel que Andréa del Castagno et Pier délia Francesca.

. En 1447 , fra Angelico était occupé à peindre dans la chapelle du Saint- Sacrement, au Vatican, les fresques que lui avait commandées Eugène IV ; le nouveau pape les lui laissa continuer, puis lui confia la décoration de son studio. Malgré les restaurations parfois fâcheuses que ces peintures murales ont subies au XVP et au XVIIP siècle, sous Grégoire XIII et Clément XI, elles sont encore assez intactes et assez importantes pour que l'on se fasse, en les considérant, une idée précise du talent d'Angelico. En une suite de

d. MÛNTZ, op, cit,, I, IIG, 122.

2. EiiRLE et Stevenson, Gli affreschi del Pinturicchio nelVappartamento Dorgia, p. 31, 82, 34, 61.

belles compositions, Tartisle a raconté la v}e et la passion des deux diacres martyrs saint Etienne et saint Laurent ^ . Quand il les peignait, il avait dépassé sa soixantième année et cependant il gardait cette candeur, cette paix et cette fraîcheur de Tâme qui lui avaient inspiré les œuvres de sa jeunesse. Là encore, comme dans ses tableaux et dans ses fresques florentines , il excelle à représenter les sentiments délicats et doux , pieux et mystiques; mais en même temps, il a acquis à un si haut degré l'art du dessin et de l'exécution que Crowe et Cavalcaselle n'hésitent pas à l'égaler, à ce point de vue , à Raphaël et à Michel- Ange euxmêmes. Pour se convaincre qu'un pareil jugement n'a rien d'exagéré, on n'a qu'à se rappeler les merveilleuses scènes de la Prédication de saint Etienne aux femmes de Jérusalem et des Aumônes de saint Laurent. « Il n'a pas craint d'introduire des portraits dans ses compositions et il l'a fait avec un tact et une discrétion que les champions de la Renaissance seront loin d'imiter. Sixte II, sous les traits de Nicolas V, remet à saint

i. < Le soubassement imite une draperie... Au-dessus, est représentée la vie de saint Laurent : 1*> il est ordonné par le pape saint Sixte; a® le pape lui confie les trésors de l'Église; 3o 11 les distribue aux pauvres; v> il comparaît devant Decius; 5° il est mis en prison et convertit son geôlier saintHippolyte; 6° il est retourné sur son gril par ses bourreaux avec des fourches de fer.

c Plua haut est reproduite la vie de saint Etienne : i<> il est ordonné par rapôtre saint Pierre; a^il distribue des aumônes aux fidèles; 3<> il prêche au peuple en dehors de la ville ; 4° il comparait devant le sanhédrin ;5o il est conduit hors des portes de Jérusalem pour être lapide; 6** sa lapidation.

< Les arcs-doubleaux représentent en pieil et abrités par un dais les docteurs de l'Église. En avant, saint Thomas d'Aquin et saint Âmbroise, saint Bonaventure et saint Augustin; au fond, saint Jean Chrysostome et saint Grégoire, saint Athanase et saint Léon; à la voûte, sont figurés les quatre Évangélistes avec leurs animaux symboliques. •

Barbier de Montault, Œuvres complètes, t. II, Rome^ vol. II, le Vatican, li. 49.

202 L'ÉGLISE ET LES ORIGL\ES DE LA RExNAISSANCE.

Laurent le calice et la patène et ce visage bien reconnaissable du pape humaniste respire une telle bonté qu'on laisse avec plaisir à Nicolas V l'auréole de Sixte IP . »

Devant de pareils chefs-d'œuvre, comme on regrette qu'au siècle suivant, le pape Paul III ait sacrifié au tracé d'un escalier la chapelle du Saint Sacrement avec les fresques qu'Angelico y avait peintes ! Elles ont si complètement disparu que sur les sujets même qu'elles représentaient, nous en sommes réduits aux plus vagues conjectures. Nous savons seulement que pendant que l'artiste y travaillait, l'empereur Frédéric III vint à Rome avec sa fiancée et que ce fut pour le peintre une occasion de faire les portraits de l'empereur, du pape et de plusieurs autres personnages ^.

Si Nicolas V goûtait le talent d'Angelico, il admirait encore plus ses vertus et sa sainteté^. Dans l'inscription métrique qu'il composa pour son tombeau, il le vanta d'avoir égalé Apelle; mais le loua surtout d'avoir donné « tous ses gains aux serviteurs du Christ; car si le talent donne la gloire humaine, la charité assure l'éternelle ».

La prédilection qu'il marqua pour l'inspiration délicate et mystique de fra Angelico ne l'empêcha pas de faire appel à des artistes d'un talent plus réaliste. Le peintre Andreino de Florence que les livres de comptes nous mentionnent parmi ceux qui décoraient,

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