‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 90 sur 153 · Blanc, Histoire de la Renaissarice en Italie, I · texte numérisé non relu

Blanc, Histoire de la Renaissarice en Italie, I

3. Voici en quels termes il le louait dans l'épilaphe qu'il composa pour son tombeau (aujourd*hui conservé à Rome, dans Téglise de Li Minerve) :

Non mihi sit laudi quod cram velut alter Apelles, Sed quod lucra tuis omnia, Cliriste, dabam ;

Altéra nam terris opéra exlant, altéra cœlo.

Urbs me Johannem Flos lulit Etruriio.

en 1454, les chambres du Vatican, est Andréa del Castagne ^ D'autre part, Vasari^ nous apprend que Pier délia Francesca a été associé à ces mêmes travaux.

Dans toutes ses œuvres Andréa avait donné la plus grande attention à l'anatomie et à la perspective; il avait même si peu reculé devant les scènes brutales ou horribles, qu'on lui avait déjà donné à Florence le surnom significatif d'Andreîno degli Impiccati (André des pendus). Devant les personnages fortement découpés et souvent vulgaires dont il avait décoré les cloîtres de Sainte-Marie Nouvelle, Sainte-Marie des Fleurs et Saintè-Croix, on se sentait bien loin d'Angelico. Beaucoup plus élégant qu'Andréa, Pier délia Francesca avait eu pour maître le peintre naturaliste Paolo Uccello ; dans ses compositions de Borgo-San-Sepolcro, d'Arezzo et de Rimini, il avait montré ses qualités de vigueur et de précision dans le dessin, d'exactitude dans l'observation, ce soin minutieux dç la perspective, cette richesse dans le coloris qui devaient faire de lui l'un des maîtres du portrait. Il est vrai que l'on ne trouvait pas dans ces œuvres cette émotion communicative, et cette inspiration religieuse qui caractérisaient Angelico.

Nous n'avons plus les fresques qu'Andréa del Castagne et Pier délia Francesca peignirent dans les appartements de Nicolas V : elles furent détruites par ordre de Jules II, pour faire place au Miracle de Bolsène et à la Prison de Saint-Pierre par Raphaël. Ce que Vasari nous en dit nous prouve qu'en connaisseur délicat,

i. MiiNTZ, Les Arts, I, 94, les Primitifs, 623. Crowe et Cavalcaselle, V, 93.

2. Vasari, U, 493. H parle aussi de la collaboration d'un certain Bramante de Milan. Mais il semble avoir commis, sur ce point, une confusion de personnes.

le pape avait proposé à ces deux peintres réalistes des sujets en parfaite harmonie avec la nature de leur talent; c'étaient des scènes contemporaines où devait surtout se manifester l'exactitude du portrait et de l'histoire. Avant de les faire disparaître, Raphaël fît dessiner plusieurs des personnages qui y figuraient , tels que les condottieri Fortebraccio , Garmignola, François Spinola et Battista da Ganneto, Antoine Golonna, prince de Salerne, les cardinaux Jean Vitelleschi et Bessarion, le roi de France Charles VIP.

A côté de ces maîtres, d'autres artistes de plusieurs villes italiennes et même d'outre-monts, collaborèrent à la décoration du Vatican. Dans la liste qu'en a dressée M. Mûntz, relevons les noms de Benedetto de Pérouse qui a été identifié avec Bonfigli, l'un des plus illustres représentants de l'école ombrienne et l'un des précurseurs du Pérugin; de maître Bartolommeo di Tommaso, l'un des chefs de l'école de Foligno, le maître de Nicolas Alunno ; de l'Espagnol Salvador, de Valence ; de l'Allemand Lucas.

Maffeo Vegio célèbre la beauté des vitraux que Nicolas V fit placer dans son palais ; les livres des comptes nous en indiquent les auteurs. C'étaient surtout des religieux : fra Giovanni de Rome , qui avait été employé à de pareils travaux au début du pontificat d'Eugène IV, don François Barone, bénédictin de Saint- Pierre de Pérouse qui, après avoir exécuté les vitraux du dôme d'Orvieto, passa au service du pape, les maî-» très florentins Giovanni d'Andréa et Carlo di Niccolo^-

Les travaux de sculpture furent beaucoup moins im-

1. Yasari, Ibid.j Ces dessins furent donnés par Raphaël à son disciple Jules Romain ; celui-ci les céda à Paul Jove qui les plaça dans son musée de Côme.

± MÙNTz, op, cit., p. 134 et suiv.

portants. Le pape les réservait pour la basilique de Saint-Pierre, après sa reconstruction, et la mort ne lui laissa pas le temps de les commander. Dans son palais, il ne fit faire que des œuvres d'ornementation secondaires. C'étaient ces encadrements de portes en marbres sculptés, ces linteaux surmontés de l'image de la Madone et marqués de ses armes, ces croisées de fenêtres que l'on peut voir encore aux appartements Borgia. Ils étaient dus à des artistes de valeur moyenne, tels que Paolo Romano, Pietro di Giovanni, maître Varron, ce religieux dominicain Antoine de Viterbe qui, après avoir fait, sous Eugène IV, les portes de bois de Saint-Pierre, resta au service de Nicolas V, enfin maître Valentin de Viterbe qui, en 1450, décora les portes du palais du Vatican ' .

En même temps qu'il transformait par ses agrandissements l'ancien palais des papes, Nicolas V voulut se créer, à proximité de SainJ-Pierre, une agréable résidence d'été. A cet effet, il fit construire sur les hauteurs du Vatican, au milieu des jardins, un palais isolé qui dominait non seulement le Borgo et la ville, mais les campagnes avoisinantes. A l'étage supérieur, on jouissait d'un air salubre et d'une fort belle vue. Ce fut le Belvédère qui, dans la suite, devait être rattaché par deux ailes au reste du Vatican. Les peintures dont Nicolas V l'avait fait décorer, ont été détruites par des transformations ultérieures. Cependant on y trouve encore les deux clefs en sautoir, armes du pape qui le fit élever.

Près de 120.000 florins furent dépensés au Vatican, de 1447 à 1453 et cependant, comme, à la mort de Nicolas V, on était loin d'avoir réalisé le plan gigan-

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