De re œdif,, I
des murs de Saint- Pierre et il l'attribue aux nombreuses chapelles latérales qui leur servaient en quelque sorte de contreforts. Dans tous les cas, les dégradations de la basilique ne nécessitaient pas l'entière destruction des antiques oratoires qui en étaient indépendants, tels que le temple de Probus et la chapelle de Sainte-Marie des Fièvres ; ils étaient encore en bon état et, par les souvenirs qui s'y rattachaient, ils étaient, eux aussi, de précieuses reliques d'un passé vénérable. En réalité, la reconstruction de Saint- Pierre nous apparaît comme une fâcheuse concession faite par un pape humaniste à l'esprit nouveau de la Renaissance, sans doute sous l'influence d'Alberti. Nicolas V avait en lui une confiance de plus en plus grande, il venait de lui demander le plan d'ensemble de la transformation de Rome; d'autre part, Alberti écrivait alors son traité d'architecture dans lequel il témoignait un extrême mépris pour l'art du Moyen Age ; la réédification de Saint-Pierre d'après les idées classiques lui semblait le couronnement indispensable de son vaste projet. Une pareille entreprise lui fournissait d'ailleurs une occasion unique de mettre en pratique aux yeux du monde entier ses théories esthétiques. Qu'importaient à cet architecte rationaliste les souvenirs chrétiens les plus sacrés, s'ils avaient le tort de prendre corps en un monument condamné par Vitruve?
Les travaux commencèrent vers 1451 puisque, dès juin 1452, les comptes^ de la Chambre mentionnent la réfection de la voûte de Sainte-Marie des Fièvres ; or plusieurs témoignages contemporains nous disent que cet oratoire ne fut pas seulement réparé, mais entièrement refait : « totum a Nicolao V restitutum ». Le
1. Ces comptes sont publiés par Mûntz, les Arts^ p. 131 et suiv.
temple de Probus fut jeté à terre : « Il fut démoli tout d'abord, dit Vegio; c'était un édifice imposant, de grandes dimensions, porté sur de nombreuses colonnes de marbre ; mais il était abandonné et personne n'y pénétrait ; la foule ignorante, je ne sais par suite de quelle imagination, croyait qu'il avait été la confession de saint Pierre et, de son vivant, sa demeure ^ » Ce fut ensuite le tour de l'abside de la basilique. En 1453, le pape donnait à François Orsini, préfet de Rome, la somme de 400 florins et l'oratoire de sainte ApoUonie, situé à côté de Saint-Pierre, en compensation de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste qui venait de disparaître. Or, réparée depuis peu de temps par la famille Orsini, cette magnifique chapelle se trouvait dans l'abside ^. On commença aussitôt la reconstruction du chevet en lui donnant des dimensions de beaucoup supérieures à celles de l'ancien. Ce fut maître Beltramo di Martine, de Varèse, qui prit l'entreprise de ces travaux sous la surveillance de Rossellino et d'Alberti. Il reçut pour cela 4.500 ducats en 1452, 10.500 l'année suivante ; en 1453, on était encore occupé aux fondations du monument. En les creusant, on trouva des sépultures chrétiennes, vestiges des anciennes catacombes qui longeaient la Via Aurélia. Le 2 octobre 1454, les fondations n'étaient pas encore terminées.
En même temps, on avait préparé les matériaux qui devaient servir à la construction. Pour faire venir de Tivoli à Rome des blocs de travertin, Nicolas V ordonna de creuser le lit del'Anio. Il chargea l'architecte Ridolfo Fioravante Alberti de transporter au Vatican quatre énormes colonnes monolithes qui provenaient des