‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 97 sur 153 · Vespasiaxo, Nicolas V · texte numérisé non relu

Vespasiaxo, Nicolas V

ventaire de sa vaisselle énumère des aiguières, des bocaux, des couverts, des tasses, des bassins, des plats, des salières, un grand vase à pied, « pour faire rafraîchir le vin en été », des amphores, des brides et des éperons dorés pour ses chevauchées de gala. Tous ces objets étaient en or, en argent ou en cristal.

Les roses d'or et les épées que, selon l'usage, il envoyait chaque année aux personnages de marque qu'il voulait honorer, avaient une valeur artistique. On peut s'en convaincre par l'épée richement ciselée qui fut envoyée, en 1455, à Louis Bentivoglio et qui se conserve encore de nos jours à Bologne. Pour ces objets, Nicolas V aimait à collectionner les perles et les pierres précieuses : « il en avait réuni beaucoup, d'un grand prix, représentant de fortes sommes d'argent ». Il en faisait des cadeaux aux personnages de sa cour : en janvier 1450, le cardinal de Cusa reçut de lui un beau saphir. Le joaillier pontifical était le Florentin Simone di Giovanni; mais le pape s'adressait aussi à ceux qui, soit à Rome, soit dans le reste de l'Italie, se signalaient à son attention par leur renommée, aux Romains Martino di Niccolo et Paolo Giordano, à Giovanni dell' Aquila, à Niccolo di Guardia Grelis, au prêtre Francesco de Albertis de Carpineto, domicilié à Venise, enfin au Français maître Orlando.

Fort au courant des goûts de Nicolas V, Vespasiano da Bisticci nous dit qu'il aimait beaucoup les vêtements richement décorés « {testes ornatae ». Il commanda à des brodeurs de magnifiques ornements. 11 donna à l'église de Sainte-Marie Majeure un parement d'autel brodé d'or : entre des guirlandes de feuillage, l'artiste avait placé onze images de saints. La chape qu'il offrit à la même basilique, était de velours broché ; sur les bords, étaient représentés, d'un côté, la Sainte-

Trinité, saint Paul et d'autres saints; de l'autre, la Vierge tenant l'enfant Jésus, saint Pierre et plusieurs autres personnages ; au dos étaient figurés l'Assomption et saint Thomas. Les comptes mentionnent aussi des étendards, des chapes, des chasubles et des mitres pour la chapelle pontificale ; toutes ces pièces étaient commandées à des brodeurs de tous pays, romains a français d'Allemagne », c'est-à-dire sans doute flamands, brabançons, vénitiens ^ . Plusieurs étaient décorées de personnages et enrichies de perles et de pierreries.

Comme ses deux prédécesseurs, Nicolas V montra une prédilection toute particulière pour les tapisseries flamandes dont les plus renommées, les arazzi^ provenaient d'Arras. En 1451, il en commanda une à un artiste de cette ville, établi à Sienne, maître Jacquet. Elle représentait des scènes de la vie de saint Pierre et coûta plus de cinq cents ducats. Il en fit venir d'autres directement de Flandre. L'exemple donné par le pape ne tarda pas à être imité et, bientôt, de nombreux artisans et artistes accoururent du Brabant, de l'Artois, des Flandres, d'Allemagne, de France s'établir à Rome et dans plusieurs autres cités italiennes. C'est ainsi que, par la tapisserie, l'art réaliste du Nord entra en contact avec l'art italien. Parmi les brodeurs qu'employa Nicolas V, à côté de noms d'Italiens, nous relevons les noms étrangers de Gautier le Français, Just d'Anvers en Brabant, Denis Roscals, Jean d'Allemagne, Gautier Limelet de Brabant. C'est à ces artistes qu'il commanda plusieurs tapisseries qui figuraient, en 1518, dans les appartements de Léon X et

4. Ces divers renseignements sont empruntés aux documents publiés par M. MÛNTZ, ?es AWs, p. 166-189, pas5tm.

qui avaient été achetées « tempore domini Nicolai F'' ». Il fit plus encore : il eut au Vatican même une manufacture de tapisserie ; quatre ouvriers, sans doute français, y travaillèrent sous la direction du parisien Rainaud de Maincourt. Les comptes de la Chambre mentionnent les salaires qui leur furent payés à dater de 1452, à raison de quatre florins par mois pour Rainaud, trois pour ses collaborateurs. Ils tissèrent une tenture qui fît l'admiration des connaisseurs ; l'historien Corio de Milan déclarait que c'était la plus belle pièce que l'on pût trouver en pays chrétien; elle représentait la Création du monde. Le souvenir de cette magnificence ne fut pas éclipsé par les pontificats suivants : écrivant, sous Sixte IV, la vie de Nicolas V, Platina le louait en ces termes : « de nos jours encore, on peut voir les vases d'or et d'argent, les croix ornés de gemmes, les riches ornements sacerdotaux, les précieuses tapisseries tissées d'or et d'argent, la mitre pontificale, témoignages permanents de sa libéralité ^ ».

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