‹ L'Église et les philosophes au dixhuitieme siècle P. LanfreyChapitre 27 sur 33 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

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Jamais avènement ne lut salué d'acclamations plus unanimes. A. cette allégresse naïve et bruyante qui ne fait jamais défaut à l'aurore des règnes nouveaux, précisément parce qu'ils ont pour eux le prestige des choses nouvelles, l'espérance et l'inconnu, se joignait la certitude de voir se dénouer enfin une crise dont tout le monde était las. Les Romains se pressaient autour de Ganganelli avec des cris de joie, comme pour mieux lire sur sa physionomie expressive les promesses du futur pontificat, et tout en elle semblait répondre : Paix, confiance, réconciliation. Ce visage est en effet rayonnant de grâce et de bonté. La bouche souril, le front est ouvert, harmonieux, plein de pensées, et dans le regard brille l'éclair de la finesse italienne; mais, au lieu d'inspirer la défiance, il attire les sympathies. On sent que cette arme, dangereuse dans une nature perverse, est ici au service d'un cœur de bonne volonté.

Clément XIV sentait le prix de sa popularité, et il en jouissait avec ivresse. 11 P accrut encore par la sloïque simplicité de ses habitudes. Il rompit avec toutes les traditions d'étiquette de la cour romaine. Il voulut faire eu personne toute sa besogne de souverain; il éloigna du Vatican les cardinaux et les grands, pour lesquels il ressen-

lait une aversion toute plébéienne, s'entoura jfe moine» obscurs, amis et compagnons de sa jeunesse, et fut luimême son premier ministre. On le vit parcourir les rues de Rome à cheval et sans escorte, souriant à tous, accessible à tous, n'élevant la main que pour bénir et la voix que pour consoler. Le monde admira; l'envie se tut, Pasquin lui-même lit trêve à ses épigrammes. C'était la réalisation de l'utopie évangélique : elle dura peu.

Une vertu manquait à cet homme : la force. Faute de ce don divin, toutes ses nobles qualités demeurèrent stériles. Dans une époque moins troublée, Ganganelli aurait fait revivre en sa personne la grande mémoire de Lambertini : il en avait la mansuétude, la tolérance, l'esprit aimable et enjoué ; mais la situation où il trouvait l'Église exigeait de plus un cœur intrépide et une volonté fortement trempée. Entre les jésuites et les rois, toute réconciliation était désormais impossible, il fallait irrévocablement prononcer. En faveur de qui? L'une et l'autre alternative offrait des dangers certains, moins redoutables pourtant que ceux de l'indécision. En sacrifiant les jésuites, on reniait deux siècles des traditions de l'Église; on encourageait ses ennemis déjà si puissants; un sanctionnait une usurpation évidente du pouvoir temporel sur les droits delà papauté; un humiliait le Christ devant César; on privait le saintsiège d'une milice aguerrie, éprouvée, formidable, peutêtre de son dernier rempart. En refusant d'accéder aux vœux des rois, on brisait les derniers liens qui retenaient leurs peuples sous l'obédience de Rome ; on livrait le Portugal et l'Espagne au schisme, la France à l'incrédulité ; un déclarait l'Église solidaire de Tordre de Jésus, et on absolvait toutes ses entreprises contre le pouvoir royal ; entin on perdait sans retour Avignon, Bénévent et peut-être le patrimoine entier de saint Pierre. Entre ces deux partis également menaçants, Ganganelli hésita. Il espéra conju-

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