II. Le XVIIe siècle est la gloire de l'Église
L'action de /' Église sur le xvne siècle n'est pas niable. L'Eglise a été l'àme de la vie morale et intellectuelle de cette glorieuse époque. Certes, malgré les influences de la foi chrétienne, il y a eu au xvuc siècle de grands désordres ; mais, grâce à la religion, ces désordres étaient suivis de grands repentirs. Aujourd'hui la dépravation existe comme toujours et plus encore que par le passé, et le repentir est absent. Les corrompus et les corrupteurs marchent le front haut et se moquent de l'opinion autant que de la morale. Auxvne siècle, Louis XIV et ses contemporains ont commis des fautes ; mais il
leur restait assez de simplicité d'esprit cl de générosité de cœur pour reconnaître que les principes oubliés, la loi méconnue, restaient les principes et la loi contre lesquels il était impossible de prévaloir. L'Eglise maîtresse des cœurs y faisait éclore les grandes vertus et les grands repentirs. Et, en même temps, l'Eglise maîtresse des esprits leur donnait leur suprême essor, de sorte qu'on peut dire en toute vérité que jamais la vie intellectuelle n'a été chez nous plus féconde, plus universelle, plus abondante que quand l'Eglise et la France ont été profondément unies. Bien loin d'étouffer l'esprit français, la tendre, forte et austère discipline de l'Eglise l'a assoupli, épuré, agrandi et transfiguré !
Les institutions de l'Église remplissent le xvne siècle et exercent partout leur influence salutaire. Elle a ses temples. Elle a ses universités, ses collèges, ses écoles. Elle a ses ordres religieux. Elle renouvelle l'ordre bénédictin et fonde la célèbre Congrégation de Saint-Maur. Elle renouvelle 1 Ordre cistercien, et avec l'abbé de Rancé fonde les Trappistes. On voit éclore au xvne siècle l'Ordre de la Visitation avec saint François de Sales et Jeanne de Chantai; la Congrégation des Filles de la Charité qui, aujourd'hui, couvrentle monde et qui ont pourmonastères les maisons des pauvres, pour cloîtres les rues de la ville, pour clôture l'obéissance, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte mo-
destie ; les prêtres de la Mission ou Lazaristes ; l'Oratoire du cardinal de Bérulle; les Eudistes; les Sulpiciens; le séminaire des Missions étrangères et celui du Saint-Esprit , et enfin l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes qui, depuis trois siècles, ont recueilli l'admiration de tous les honnêtes gens, la reconnaissance de tous les catholiques et la haine de tous les sectaires. Avec de tels et si nombreux foyers de science, d'apostolat et de charité, l'Eglise, au xvne siècle, rayonnait dans toutes les directions.
Et il serait difficile d'énumérer les hommes d'Église qui portaient partout son action féconde. Elle avait des écrivains et des savants, tels que Bossuet, Nicole, Fleury, Mabillon. Colbert voulait envoyer à ce dernier, de la part du Roi, une pension de vingt mille livres. Le savant religieux refusa simplement et dignement : « Je suis pauvre, dit-il, et né de parents pauvres. Que dirait-on, si je cherchais dans le cloître ce que je n'aurais pas osé espérer dans le inonde? » Le Chancelier Le Tellier disait en présentant à Louis XIV le célèbre bénédictin : < Sire, je vous présente l'homme le plus savant de votre royaume. » — « Ajoutez, et le plus humble », reprit Bossuet présent à l'entretien. — Et quels orateurs parmi les hommes d'Eglise du xvne siècle! Leurs noms ne seront jamais éclipsés. C'est Bossuet, le Corneille de l'oraison funèbre, l'Aigle de Meaux, le puissant génie que nul n'a égalé par l'élévation de
la pensée et le prestige de l'éloquence. C'est Fénelon, le Cygne de Cambrai, le modèle des Evoques. C'est Bourdaloue qu'on appelait le prédicateur des rois et le roi des prédicateurs, et de qui Bossuet disait : « Cet homme sera éternellement notre maître en tout. » C'est Fléchier, si habile à bien dire, et qui trouva un jour l'éclat de l'Evêque de Meaux en racontant les vertus de Turenne. Enfin c'est Massillon qui prononça l'éloge funèbre de Louis XIV et dont l;i parole harmonieuse sera comme un écho prolongé du grand siècle. Enfin, au xvne siècle, l'Eglise a mieux que des savants, des écrivains et des orateurs. Elle a des saints : saint François de Sales, saint Vincent de Paul, sainte Chantai, saint François Régis, le bienheureux Pierre Fourrier, la bienheureuse Marie de l'Incarnation, et tant d'autres personnages qui, sans avoir reçu les honneurs de la canonisation, ont cependant embaumé le monde du parfum de leurs ém inentes vertus.
Le xvii' siècle est sinon le plus grand siècle, au moins un des plus grands siècles de l'humanité. Et ce siècle exquis, le monde le doit à la France, et la France le doit à l'Eglise!
Amen!
NEUVIEME CONFERENCE
L'Eglise et le Gallicanisme
Messieurs,
J /Église victorieuse du Protestantisme enfantait le xvne siècle. Elle donnait ainsi une preuve puissante de sa vitalité. Cependant, au milieu même de son triomphe, elle rencontrait un nouveau péril, le gallicanisme, que nous allons étudier aujourd hui dans ses germes, dans son éclosion et dans son triomphe. Examinons rapidement cette question, et je vous dirai par manière de conclusion un mot sur la révocation de l'édit de Nantes.