‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 101 sur 133 · I. Les germes du Gallicanisme · texte numérisé non relu

I. Les germes du Gallicanisme

La France était la fille aînée de l'Eglise, et comme telle on pouvait s'attendre à la voir réclamer une certaine indépendance. L'Orient s'était séparé de Rome. La Russie avait brisé le lien de l'unité. L'Angleterre et l'Allemagne venaient de s'émanciper. La

France était restée fidèle. Mais dans ses Universités et ses Parlements fermentait un vieux levain d'hostilité contre Rome, avec un inconcevable attachement pour ce que l'on appelait les libertés de l'Église gallicane. Cette tendance, au siècle de Louis XIV, s'affirme davantage. La puissante personnalité du souverain qui absorbe tout veut absorber l'Eglise elle-même, et il se rencontre des légistes, Edmond Richer, Jean Launois, Pierre et François Pithou, Pierre Dupuy, qui mettent leur plume au service du pouvoir civil contre l'autorité de l'Eglise romaine. Ils semaient les idées; tôt ou tard on devait en recueillir les fruits. Il y avait là un péril.

On s émancipait de Rome. Cela n'a l'air de rien. Au fond c'est très grave. Car le Pape, qu'est-il? Un homme comme vous et moi, et par conséquent une faiblesse, mais une faiblesse qui porte tout, un homme sur qui tout repose. Il a les promesses. La terre peut trembler; il possède les paroles de la vie éternelle. Il ne sera, si vous le voulez, ni le plus profond en théologie, ni le plus savant en Ecriture, ni le plus fort en Droit canon, ni le plus éminenl en philosophie et en science, ni même le plus élevé en sainteté: mais il est celui à qui Jésus-Christ a dit : « Tu es Pierre! » Il n'égalera ni Tertullien en puissance oratoire, ni Origène ou saint Augustin en pénétration, niBossuet en éloquence; mais Tertullien tombera, Origène deviendra suspect, Augus-

tin aura besoin d'écrire ses Rétractations, Bossuet signera les quatre articles qui seront plus tard condamnés; le Pape seul demeure vierge de toute erreur. Et, par conséquent, c'est à lui, à lui seul, qu'il faut s'attacher par le fond des entrailles, dune union si ferme, si absolue, que nul événement, nulle catastrophe, nul malheur ne puisse jamais nous en séparer. Et, par conséquent, toute nation qui cherche à s'émanciper de Rome fait fausse route. C'était le premier péril du Gallicanisme. Il y en avait un second non moins redoutable.

En s' émancipant de Rome, on se mettait ainsi sous la griffe du pouvoir royal. Le suprême avilissement pour une religion, c'est son asservissement au pouvoir civil. L'Eglise catholique a besoin de liberté. C'est parce qu'elle est libre, qu'elle prospère et grandit en Amérique. En France, au xviie siècle, sous prétexte de la protéger, on lui forgeait des chaines. Les libertés de l'Eglise gallicane étaient des libertés à l'égard de Rome et des servitudes à l'égard du pouvoir royal. Le Gallicanisme a inauguré chez nous cette détestable persécution légale qui pèse sur la religion depuis trois siècles, et qui, espérons-le, finira par céder la place au règne pacificateur de la liberté commune. Quoi qu'il en soit de l'avenir, restons dans le passé, et constatons l'immense danger que le Gallicanisme faisait courir à l'Eglise. L'absolutisme de Louis XIV, ens'émancipantde Rome, avait la prétention d'être

le maître de la religion comme de tout le reste. Assistons à la manifestation de cette prétention.

1 1 . L'éclosion du Gallicanisme,

Une affaire en apparence insignifiante, l'affaire de la Régale, en fut l'occasion. La Régale... on appelait de ce nom le droit que s'arrogeaient les Rois de France de jouir, pendant la vacance des sièges épiscopaux, et jusqu'à l'enregistrement du serment des nouveaux évêques, des revenus qui y étaient attachés et des autres bénéfices vacants. C'était le droit de Régale. Cette coutume abusive s'était introduite en France et y avait été tolérée par le Saint-Siège. Cependant ce prétendu droit, jusqu'à Louis XIV, ne touchait pas les Eglises de quelques provinces, longtemps étrangères au royaume, telles que la Guyenne, la Provence et le Dauphiné. Louis XIV, par un édit rendu en 1673, l'étend à tous les évèchés du royaume. C'était contraire à la plus élémentaire justice. C'était du pur arbitraire. Les évêques réclament et en appellent au Pape. Innocent XI félicite les courageux évêques et adresse au Roi de France de sévères remontrances.

Remarquez, Messieurs, que l'affaire de la Régale n'était pas une simple et vulgaire question d'argent. Le Roi de France sans doute s'attribuait indûment

des revenus qui ne lui appartenaient pas. Mais ce qui était infiniment plus grave, il prétendait conférer lui-même, sans l'intervention du Pape, divers bénéfices auxquels était attachée la juridiction spirituelle. Il choisissait et nommait à ces bénéfices, de sa propre autorité, des sujets qui n'étaient point tenus de solliciter l'institution canonique. C'étaitun empiétement évident sur les droits de la puissance spirituelle. Innocent XI devait protester. Il protesta. De son côté Louis XIV n'était pas homme à accepter un dessous et à baisser pavillon. Il résista au Pape. Il met en interdit les diocèses du Midi, qui avaient échappé jusque-là au droit de régale et qui prétendaient s'y soustraire encore. Exaspéré, le Roi de France cherche parmi les évêques présents à Paris des approbateurs et des appuis. On propose de réunir ou un concile national ou une assemblée générale de tout le clergé de France. Ce dernier avis prévalut, et alors eut lieu la fameuse assemblée de 1682.

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