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LE SIÈCLE DE LOUIS XIV

Le Protestantisme avait essayé de. déconsidérer et d'anéantir l'Eglise. L'Eglise lui a opposé de grands Papes, de puissants Ordres religieux et d'incomparables saints. L'Eglise lui a répondu par le concile de Trente et par l'évangélisation du Nouveau Monde. Est-ce tout? Non. Aux tempêtes et aux destructions du xvie siècle l'Eglise a répondu par les gloires du xvue siècle, du siècle de Louis XIV, lequel correspond à l'une des périodes les plus brillantes du développement de l'esprit humain. Ce siècle exquis, le monde le doit à la France, et la France le doit à l'Église.

I. Le XVIIe siècle est la gloire de la France. Certes l'Europe possède à cette époque des

hommes dont elle est fière à juste titre dans la politique, dans les lettres et dans les arts. L'Angleterre a Bacon, Locke, Shakespeare, Milton. L'Allemagne a Leibnitz. L'Italie, Galilée. L'Espagne, Cervantes, Lope de Véga et Galdéron. La Flandre, la Hollande et l'Italie s'enorgueillissent de Rubens, de Von Dyck, de Téniers, de Rembrand, du Guide, de Salvator Rosa, peintres de premier ordre. Et il serait trop long d'énumérer les souverains, les généraux, les diplomates qui font alors bonne figure en Europe. Mais nous avons aussi bien et mieux que tout cela réuni. Nulle part il ne se présente un ensemble qui puisse, même de loin, être comparée la réunion de nos célébrités nationales dans tous les genres.

A la tête dît XVIIe siècle apparaît Louis XIV. On peut lui reprocher des fautes, de grandes fautes politiques et morales.

Cependant quelle grandeur dans cette personnalité puissante et exceptionnelle! A la mort de Mazarin on lui demande à qui désormais il faudrait s'adresser pour l'expédition des affaires : «A moi», répond-il. Ces paroles, rapprochées du mot énergique prononcé en plein Parlement : « L'Etat, c'est moi ! » indiquaient nettement que le nouveau roi était décidé à gouverner seul. Il le fit, et sans reculer jamais devant les fatigues excessives d'un si rude labeur. Il travailla en effet, pendant plus de

cinquante ans, huit heures par jour avec ses ministres. Et, arrivé à la fin de sa vie, il disait à ses ofiiciers : « Pourquoi pleurez-vous? M'aviez- vous cru immortel? » Il mourut en 1715, dans sa soixantedix-septième année, après un règne de soixantedouze ans, le plus long entre tous ceux dont il soit fait mention dans l'histoire.

Quel règne que celui de Louis XIV! Il accroît au dedans la force du pouvoir royal et nous place au dehors à la tète des nations. Il abaisse la maison d'Autriche, et par le célèbre traité de Westphalie qui termine la guerre de Trente Ans il garantit l'équilibre européen et nous donne l'Alsace. Il fait de la langue française la langue officielle de toutes les conventions internationales. Tous les princes s'inclinent devant lui. Il est l'arbitre de l'Europe. Sa renommée s'étend jusqu'aux extrémités de l'Asie, et le roi de Siam envoie une ambassade solennelle pour féliciter le roi de France et traiter avec lui. Il fait de la France une des premières nations maritimes, et nous donne de magniiiques colonies au Canada, aux Antilles, à Madagascar, à Pondichéry, dans les Indes occidentales et orientales. Il s'entoure de l'élite des grands hommes de son siècle, emprunte d'eux une partie de leur gloire, et s'honore lui-même en les récompensant. Il ouvre son palais et son trésor au génie, sous quelque forme qu'il se présente, et de quelque pays qu'il vienne. Ses bienfaits vont chercher les artistes et

les savants étrangers, il en appelle plusieurs en France, établit à Rome une école pour les peintres, et à Paris des académies de sculpture, de peinture et d'architecture. Avec quel cortège de génies immortels il se présente aux regards de la postérité !

Quels hommes autour de Louis XIV ! Quels généraux que Turenne, Condé, Luxembourg qui mérita pour tous les drapeaux enlevés à l'ennemi le titre glorieux de tapissier de Notre-Dame, et Gatinat, et Gréqui, Boufflers, Montesquiou, Vendôme, Villars !

Quels marins que Château-Renaud, Duquesne, Tourville, Duguay-Trouin et le fameux Jean Bart!

Quels administrateurs que Colbert qui s'occupe de tout : finances, agriculture, industrie, commerce, législation, lettres, fonde l'Académie des Sciences et celle des Inscriptions, et porte de seize mille à quarante mille le nombre des volumes de la Bibliothèque royale agrandie et refaite ; et Louvois qui, ministre de la guerre à vingt-cinq ans, est le véritable organisateur de nos armées ; et Vauban à qui la France doit tant de villes, de forteresses et de ports ; et Riquet qui unit les deux mers en creusant le canal du Languedoc !

Quels magistrats que Mole et Lamoignon, Talon et d'Aguesseau, et le célèbre chancelier Pierre Séguier, le vrai fondateur de nos codes!

Quels philosophes, quels penseurs et quel? uaoralistes que Pascal, Descartes, Malebranche, Fénelon, La Bruyère, La Rochefoucauld !

Quels orateurs que Bossuet, Bourdaloue, Massil- Ion, Fléchier et tant d'autres!

Quels poètes que le grand Corneille. « A nos yeux, dit Cousin, Eschyle, Sophocle et Euripide ensemble ne balancent pas le seul Corneille » ; et Racine : « V Athalie de Racine, dit Voltaire, est le chef-d'œuvre de l'esprit humain » ; et Molière ; et La Fontaine, le plus naïf et le plus raffiné des écrivains ; et Quinault, le créateur en France de l'opéra ou tragédie lyrique; et Boileau qui tixe notre langue poétique et dont le goût est impeccable, les jugements irréformables !

Quels savants que Descartes, Pascal et Fermât dans les mathématiques, Tournefort dans la botanique, Picard et Cassini dans l'astronomie!

Quels artistes enfin que ceux qui ont conçu, créé, embelli le Yal-de-Gràce, l'Institut, l'Observatoire, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, les Invalides, la place du Carrousel, les Tuileries, la colonnade du Louvre, Versailles, Trianon, Marly! Quels artistes que les peintres Poussin, Lesueur, Lebrun, Mignard, Jouvenet, Claude Lorrain, et les sculpteurs Puget, Girardon, Coysevox, Nicolas et Guill,i urne Coustou, et les architectes Mansard et Perrault, et Le Nostre, créateur de l'art des jardin^, et Callot, Nanteuil, graveurs, et Lulli, musicien!

La réunion de tous ces génies incomparables fait du siècle de Louis XIV le plus grand siècle intellectuel de l'humanité. Non seulement aucune nation

de l'Europe, mais pas même Rome au temps d'Auguste, à peine la Grèce au siècle de Périclès, n'ont rien offert de comparable. « C'est le moment exquis du genre humain, dit Mgr Bougaud, celui où l'esprit de l'homme a parlé, écrit, senti avec le plus de grandeur et de beauté. Nous pouvons disparaître comme tous les peuples, descendre à notre tour dans ces muets abîmes où dorment les choses finies; nous n'en aurons pas moins été à un certain moment le plus grand peuple de l'humanité. »

Le xviie siècle est la gloire de la France. Or ce grand xvne siècle la France le doit à l'Eglise. C'est ma seconde pensée.

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