‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 105 sur 133 · I. Les Chefs du Philosophisme · texte numérisé non relu

I. Les Chefs du Philosophisme

Le philosophisme est comme un tonnerre effrayant qui remplit tout le xvme siècle, qui commence avec les débauches de la Régence, qui traverse le triste règne de Louis XV et les débuts de Louis XVI, et qui vient aboutir au grand cataclysme de la Révolution. 11 se présente non comme une opinion, mais comme une secte, ou plutôt comme une armée

qui marche au renversement de l'ordre religieux, moral et sociul.

Voltaire en est le chef. (Ju'est-ce que Voltaire? C'est un des plus grands malfaiteurs qui ait jamais paru sur la terre. Certes il était intelligent, très intelligent. Mais l'intelligence n'est pas un mérite, ce n'est qu'un instrument, un moyen, une responsabilité. Si on s'en sert bien, on lui fait produire des merveilles qui sauvent le monde. Si on s'en sert mal, on lui fait produire la peste, la désolation et la ruine. Voltaire était intelligent, mais son intelligence a été encore dépassée par sa perversité, ce qui n'est pas peu dire. Il a mis au service du mensonge, de l'hypocrisie et de la haine tous ses talents et toute sa vie. C'est un être ignoble. Ecrivain sans pudeur, il souille à la fois la religion, la morale et le patriotisme dans son infâme poème de la Pucelle. Français de naissance, il devient prussien avec le grand Frédéric, russe avec Catherine II, et ne craint pas de les féliciter de leurs victoires sur la France. Contempteur des petits et des faibles, adorateur servile des grands et des puissants, il professe pour le peuple un dédain et un mépris qui révolte toute âme honnête. Non moins scandaleux dans sa vie privée que dans ses écrits, il persifle la religion et les prêtres, il accomplit hypocritement les devoirs d'un catholique, il se vante de communier sacrilègement, il résume toute sa philosophie en deux maximes qui lui survivent : c< Mentez,

mes amis, mentez; il en restera toujours quelque chose » ; et cette autre qui fut son cri de guerre : « Ecrasons l'infâme ! » Or, pour lui, l'infâme était Jésus-Christ. Tel fut en effet le but unique de cette intelligence satanique. En tous ses écrits, il travaille à renverser Dieu; au nom de la science, il nie la foi ; sous le voile d'une érudition boiteuse, il multiplie les mensonges historiques ; il répond à tout parle rire sceptique. Voilà l'homme, Messieurs, qui a su mettre à ses pieds la France, l'Europe, le xvme siècle et les générations qui en sont sorties. Voltaire était intelligent. Tant pis! S'il n'eût été qu'un imbécile, il eût passé inaperçu et stérile sur la terre. Mais avec sa grande intelligence au service de sa perversité plus grande encore, il a ravagé les âmes et les peuples.

Et derrière ce chef du philosophisme, que de capitaines qui travaillent avec lui et qui sapent les éléments constitutifs du vieux corps social ! C'est le baron d'Holbach, dont le matérialisme infecte les salons, dont la maison devient le centre des esprits forts et le berceau de Y Encyclopédie, synthèse en apparence inoffensive de toutes les connaissances humaines, et en réalité œuvre de mensonge et de haine, machine de guerre dirigée contre l'Eglise. C'est Diderot, le plus fougueux et le plus pétillant des impies. C'est d'Alembert, un prétendu savant universel, mais sans profondeur, qui se révèle tout entier dans cette parole : « Je donne des soufflets

à la Religion, en faisant semblant de lui faire des révérences. » C'est Condillac qui formule le système de la sensation, et Helvetius qui déduit complaisamment les conséquences de ce système, d'Argenson, Boulanger et Raynal qui falsifient l'histoire. C'est Montesquieu lui-même qui s'échappe en attaques contre la foi et contre les Papes. Et enfin c'est J. -J.Rousseau qui essaie de reconstituer sur de nouvelles bases, les individus, la famille et la société. Comme homme privé, J.-J. Rousseau est un débauché et un détraqué; comme écrivain, il jette toutes les séductions du style sur les utopies les plus antireligieuses et les plus perverses. Il emploie tout ce qu'il y a d'attrayant, de communicatif et de contagieux dans notre langue française à combattre la vérité et à populariser l'erreur.

Voltaire s'est écrié : « Ecrasons l'infâme ! » et les poètes, les littérateurs, les historiens, les physiciens, les naturalistes, les astronomes, les géologues, tous les hommes qui, au xvme siècle, avaient voué leur science au génie de Terreur et leur cœu^ au génie du mal, se sont compris et devinés de tous les bouts du monde intellectuel, littéraire et scientifique. Tous ont obéi au mot d'ordre et sont entrés dans la grande conspiration de la haine contre l'Eglise. Et chose effrayante, tous ces chefs du philosophisnieont trouvé instantanément et universellement des complicités spontanées et empressées. Ils ont jeté l'étincelle sur un monde qui ne demandait qu'à brûler.

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