III. La Résistance au Philosophisme
La résistance au. philosophisme n'a point été nulle, mais elle a été insuffisante.
Au xvuie siècle les défenseurs de la vérité sont faibles. L'Eglise semble pâlir. Bossuet ne rend plus d'oracles. Fénelon s'est endormi dans sa mémoire harmonieuse. Pascal a brisé au tombeau sa plume géométrique. Bourdalouene parle plus en présence des Rois. Massillon a jeté aux vents du siècle les derniers sons de l'éloquence chrétienne. Espagne, Italie, France, par tout le monde catholique, j'écoute... aucune voix puissante ne répond aux gémissenu'nts du Christ outragé, dit ici Lacordaire. Cependant il ne faudrait rien exagérer. Les Papes de cette malheureuse époque sont dignes d'éloges, et nous voyons se grouper autour d'eux des saints, des écrivains et des orateurs qui noblement font tête à l'orage.
Parmi les Papes du xviii" siècle il faut citer Clément XI qui étouffe le Jansénisme, Innocent XIII que le philosophe Lalande lui-même est obligé de proclamer le meilleur souverain de l'époque, Clément XII qui condamne la franc-maçonnerie naissante, Benoit XIV savant de premier ordre, et enfin Clément XIV qui, la mort dans lame, signe la suppression des Jésuites : « Pauvre Pape, s'écrie saint Liguori, que pouvait-il faire en ces circonstances difficiles? »
Les saintsne manquent pas non plusauxvme siècle. C'est saint Liguori, docteur de l'Eglise; le bienheureux Léonard de Port-Maurice, missionnaire apostolique ; saint Paul de la Croix, Benoît-Joseph Labre, Mgr de Belzunce; Marie Leczinska, l'angélique épouse de Louis XV; Mme Louise de France, l'admirable carmélite: et, enfin, le bienheureux Grignon de Montfort, le fondateur des Filles de la Sagesse, si populaires parmi nous.
Faut-il citer maintenant les hommes qui, par la parole ou par la plume, ont défendu l'Eglise? C'est le cardinal de Beaumont, archevêque de Paris; Mgr de . la Mothe, évêque d'Amiens; le savant Bergier, le P. Nonotte et l'abbé Guénée. Ce sont le P. Lejeune, Mascaron, le P. Brydaine, Dom Calmet, les théologiens Tournely, Pontés, Concina, Collet et Billuart, les érudits Noël Alexandre et Muratori, et enfin le pieux et modeste Lhomond qui a popularisé l'histoire de la Religion et de l'Eglise, et dont la grammaire latine a fait les délices et le tourment
de nos premiers pas dans les humanités. L'Eglise n'était pas sans défenseurs. Mais il est malheureusement évident que la défense n'était pas équivalente à l'attaque. Attendons-nous à de mauvais jours. Ils vont se lever sur l'Eglise et sur la France.
Amen!
DOUZIEME CONFERENCE
L'Église et la Révolution 1° LES PRÉLUDES DE LA RÉVOLUTION
Messieurs,
Pour achever l'histoire des combats de l'Eglise, il ne nous reste plus qu'à étudier la Révolution. Ce sera l'affaire de cinq ou six conférences. Aujourd'hui j'appelle votre attention sur les préludes de la Révolution qui sont : 1° la corruption des idées et des mœurs; 2° l'apparition de la franc-maçonnerie; 3° la suppression des Jésuites. Une grande tempête vase déchaîner sur la France, sur l'Europe, sur l'Eglise et tout noyer dans un fleuve de sang. Il faut en étudier les prodromes.