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II. La France militaire

A première vue, on peut se demander pourquoi, en l'année 1792, les Autrichiens, les Prussiens et les Russes, puisqu'ils en voulaient à la France, ne se sont pas réunis contre elle en masse pour l'accable? d'un premier coup, sans lui donner le temps de se mettre en garde. Il y a de cela deux raisons: 1° La

Russie, la Prusse et l'Autriche n'avaient pas encore elles-mêmes terminé à leur profit une révolution, pour en entreprendre sérieusement une autre. Elles n'avaient pas encore achevé de détrôner le roi Stanislas Poniatowski et de se partager le royaume de Pologne. Occupées qu'elles étaient à consommer une grande injustice, elles ne pouvaient pas diriger toutes leurs forces du côté de la France. Et puis : 2° La France militaire croissait de jour en jour. Elle se présentait devant l'Europe avec sa vieille organisation renforcée de nouvelles recrues. Pour bien des Français l'armée devenait un refuge et une patrie. Les agitations intestines, les horribles massacres de Paris et de quelques provinces poussaient sous les drapeaux de la frontière beaucoup d'honnêtes gens qui aimaient mieux vivre et mourir en défendant le sol français que de devenir victimes dos anarchistes du dedans ou esclaves de l'étranger. Comme la France ecclésiastique, la France militaire contribuait à sauver la foi, l'honneur et l'unité de la patrie.

Voyez-la sous la conduite de Dumouriez, rangée sur les frontières de Lorraine et de Champagne, manquant bien des fois du nécessaire, et triomphant par sa valeur naturelle de l'armée prussienne, de ces vieilles bandesde Frédéric II, qui avaient résisté à toute l'Europe et rançonné l'Empire d'Allemagne. Les Prussiens, maîtres de Longwy et de Verdun, avançaient toujours, et déjà on parlait de se replier

derrière la Loire. Mais Dumouriez se jette, par une inspiration de génie, dans la forêt de l'Argonne, seule position où il pût arrêter l'ennemi. Là il établit ses principales forces à Grand-Pré et aux Islettes, et il écrit à l'Assemblée : « J'attends les Prussiens. Le camp de Grand-Pré et des Islettes sont les Thermopyles de la France : mais je serai plus heureux que Léonidas. » Les Prussiens sont en effet obligés de suspendre leur marche. Mais une faute commise par Dumouriez le contraint lui-même d'abandonner sa position et de se replier dans le camp de Sainte-Menehould, où il concentre ses forces et reçoit les renforts que lui amènent Bournonville et Kellermann ; son armée s'élève à 70.000 hommes.

Voyez-la, sous la conduite de Kellermann, dans les plaines de Valmy. le 20 septembre 1792. Après une canonnade de quatre heures, les Prussiens s'avancent sur les Français pour les attaquer à Parme blanche; ils sont si étonnés de la contenance fi ère de ces nouveaux soldats qui les attendent de pied ferme, la baïonnotto en avant, qu'ils hésitent, puis se rejettent en arrière, sans oser commencer l'attaque. L'honneur de la journée restait aux Français, et ce premier succès, peu important d'ailleurs,

donnait à réfléchir à l'ennemi et inspirait à la

# nouvelle France militaire une immense confiance

en elle-même. Les Prussiens étaient sans munitions

et sans magasins, et la saison devenait mauvaise.

LES COMBATS DE L'ÉGLISE DANS LES TIfMPS MODERNES 4715

lis négocient avec le nouveau Gouvernement français, lui rendent Verdun et Long-wy, lèvent le siège de Thionville et s'en retournent d'où ils étaient venus, mais vaincus et décimés par la guerre et les maladies.

A la même date, Lille, horriblement bombardée parles Autrichiens, résistait héroïquement. Custine, sur le Rhin, s'emparait de Trêves, de Spire et de Mayence. Les généraux Montesquiou et Anselme envahissaient la Savoie et le comté de Nice. Nos armées reprenaient partout l'offensive et ramenaient la victoire.

Messieurs, quelque lamentable que fût l'état de la France en l'année 1792, il lui restait un clergé et une armée qui lui faisaient honneur. Prêtres et soldats savaient mourir, les uns pour leur Dieu, les autres pour la patrie, et un peuple est destiné à vivre quand il porte dans ses entrailles dévastées les deux grandes forces si bien faites pour se comprendre et pour se compléter : la force religieuse et la force militaire. Aujourd'hui encore, après un siècle de secousses intérieures etde discordescivilos, nous avons ces deux forces tutélaires : le clergé et l'armée, l'armée qui protège les foyers et le clergé qui entoure les autels. Pro aria et foris: les foyers et les autels, c'est toute la patrie. Continuons, Messieurs, de les couvrir du même respect et du même amour !

Amen!

QUINZIÈME CONFÉRENCE

L'Église et la Révolution

(suite)

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