LA CONVENTION NATIONALE
(du 21 SEPTEMBRE 1792 AU 26 OCTOBRE 1795)
Messieurs,
A l'Assemblée législative succède la Convention nationale qui a vécu trois ans, de 1792 à 1795. Pendant ce temps, la France militaire continue ses combats gigantesques contre l'Europe coalisée, et il n'entre pas dans mon plan de vous en faire le récit. Je vous raconte l'histoire de l'Église. Je vais donc aujourd'hui vous montrer les destructions féroces et les inventions odieuses de la Convention nationale qui, comme on l'a dit justement, a accumulé plus de crimes en quatorze mois qu'il ne s'en était commis en quatorze siècles.
[. Les destructions féroces de la Convention.
La, Convention a tout détruit; elle a submergé la nation dans une mer de sang.
La royauté d'abord. Louis XVI enfermé dans la prison du Temple subit un simulacre de jugement. Vainement de Sèze s'écrie: « Citoyens, je m'arrête devant l'histoire; songez qu'elle jugera votre jugement et que le sien sera celui des siècles. » Vainement Malesherbes fustige d'un mot les Conventionnels et leur jette cette parole foudroyante : « Je cherche parmi vous des juges, et je n'y vois que des accusateurs! » L'infortuné monarque porte à. l'échafaud sa tète innocente, le 21 janvier 1793. Victime pure, avant de mourir, il se retourne vers le peuple et dit : « Français, je meurs innocent des crimes que l'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort.» La reine Marie- Antoinette, la sœur du Roi, Madame Elisabeth eurent le même sort. Le jeune Louis XVII mourut à son tour dans un cachot. La royauté était détruite. Mais les Conventionnels, héritiers directs des philosophes, en voulaient encore plus à la religion qu'à la royauté et ils exécutèrent dans le sang les infamies et les impiétés prêchées et préconisées par Voltaire, Rousseau et les Encyclopédistes.
Le Clergé, déjà spolié et frappé par la Constituante et la Législative, est achevé par la Convention. À Paris et dans toute la France, c'est une horrible persécution contre les prêtres, les moines, les religieuses, contre tout ce qui touche de près ou de loin à la religion. Des milliers de prêtres, réunis
en troupes pour être déportés, sont entassés dans les ports de mer, où les deux tiers périssent de souffrances et de misère. A Nantes, les Filles de la Sagesse montent à l'échafaud en chantant les cantiques de leur bienheureux père de Montfort. La plus âgée a à peine trente ans. « Oh! s'écriait-on sur leur passage, épargnez donc ces belles petites Sœurs qui chantent si bien! » Mais non. L'infâme Carrier trouve que la guillotine est trop lente et il organise les noyades. A Lyon, Gollot d'Herbois, pour aller plus vite, fait mitrailler ses victimes. La France devenait inhabitable. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas et même la Russie reçurent les exilés. L'Angleterre à elle seule donna l'hospitalité à plus de sept mille prêtres catholiques qui, comme je vous l'ai déjà dit, plantèrent sur son sol tant de fois ensanglanté par la persécution religieuse, les nouveaux germes de la vraie foi. Le torrent de l'irréligion était déchaîné. Il renversait tout sur son passage, la royauté, le clergé,
Les monuments. Les modernes iconoclastes ne respectent rien de tout ce qui avait une signification religieuse, une apparence de christianisme. Les saintes reliques sont brûlées et leurs cendres dispersées, on dépèce en un jour les chefs-d'œuvre accumulés par les siècles, on ferme ou l'on démolit les églises, on jette au creuset les vases de l'autel; on transforme les cloches en canons, les temples
en magasins, les couvents en prisons ou en auberges; on trafique des livres, des tableaux, des médailles, des statues, de tous les objets chers aux arts autant qu'à la religion, si toutefois l'ardeur de les détruire n'est pas plus grande encore que celle de les voler. Chose remarquable ! quand la cupidité s'acharne à une propriété sacrée, elle brise plus qu'elle ne prend, elle détruit plus qu'elle n'emporte; sa folie va jusqu'au délire, elle perd jusqu'à l'intelligence du brigandage, et sa soif allumée par l'ivresse ne lui laisse plus rien entendre, ni rien prévoir. Ainsi fit non pas la France, mais la Convention. Elle a pillé, profané, confisqué, renversé, rasé jusqu'à la dernière pierre les autels et les symboles religieux. La Révolution a dévoré la royauté, le clergé, les monuments, et, selon la parole du girondin Vergniaud, comme Saturne elle a dévoré jusqu'à ses propres enfants.
Les Bourreaux eux-mêmes ont été submergés dans l'abime sanglant qu'ilsavaient creusé de leurs mains fratricides. Les Girondins, ces beaux parleurs et ces lâches caractères, qui avaient voté la mort dans l'âme le supplice de Louis XVI, succombent les premiers. Ils ne l'avaient pas volé. Marat, une bête féroce plutôt qu'un homme, le monstre le plus atroce de cette lamentable époque, tombe sous le poignard d'une jeune iille, Charlotte Gorday. Ses restes sont portés en triomphe au Pan-
théon et placés à côté de ceux de Voltaire et de Rousseau. Ils méritaient un tel voisinage. Le tour de Danton et de ses amis arrive. Ils sont arrêtés, traduits devant le tribunal révolutionnaire, condamnés. Ils marchent au supplice au milieu d'une toute silencieuse. C'était la justice de Dieu qui frappait tous ces misérables, ivres de sang et saturés de crimes. Restait Robespierre. Il veut parler à la Convention. « A bas le tyran! » s'écrie-t-on de toutes parts. Il s'agite comme un furieux, parcourt les rangs de l'Assemblée, s'adresse en suppliant aux membres de la Droite, qui le rejettent avec horreur. Enfin il retombe à sa place sans force et sans parole : « Malheureux, lui dit un membre, le sang de Danton t'étoutfe ! » Il est arrêté et jugé par ce même tribunal qu'il a alimenté si longtemps de victimes. Une foule immense se presse autour de la charette qui le mène au supplice, et, au moment où sa tête tombe sous le couteau, de longues salves d'applaudissements se font entendre. La France respire, et le règne de la Terreur est fini.
Or pendant que s accomplissaient les destructions féroces que je viens de vous rappeler, l'impiété essayait de construire un monde nouveau, et elle inventait des cultes inédits pour remplacer le catholicisme renversé. Voyons-la à l'œuvre.