II. Les inventions odieuses de la Convention
Je ne vous en signalerai que trois.
1° La Réforme du Calendrier. La Convention, voulant consommer l'apostasie de la nation française et effacer tout vestige de christianisme, imagina bêtement et encore plus méchamment une ère nouvelle qui remplacerait l'ère chrétienne. Au calendrier de l'Eglise, elle substitua un nouveau calendrier, dans lequel les anciennes fêtes religieuses étaient supprimées, aussi bien que le dimanche. Les noms des saints étaient remplacés par ceux des animaux et des plantes. Chaque dixième jour ou décadi devenait jour de repos. Voyez-vous l'arrogance de ces criminels qui veulent faire mentir la sagesse de Dieu. Le Créateur avait partagé la semaine en sept jours; les conventionnels lui en donnent dix . Le Créateur s' était réservé le dimanche ; les conventionnels l'abolissent et se réservent le décadi. Vous savez ce qui arriva. La Terreur, qui pouvait tout en France, ne put réaliser ce grand changement. Le jour du repos légal, on paraissait en habits de fête pour feindre de se reposer; mais on violait en secret cette loi ridicule et impuissante, émanée de l'homme et datée de la veille. Le jour du dimanche, on affectait une tenue négligée ; mais on observait dans l'intérieur des familles la grande
loi du repos, promulguée par Dieu même et datée de l'origine du monde... et le paysan à qui on reprochait une inaction condamnée par les lois répondait avec une naïveté pleine de vérité et de malice : « Nos bœufs connaissent le dimanche, car au bout du sixième jour, leurs mugissements semblent appeler les heures marquées par le Créateur pour le repos général de la nature. » Tant il est vrai, Messieurs, qu'il y a dans les forces humaines et même dans les forces des animaux une sorte d'impossibilité à travailler neuf jours de suite! Tant il est vrai que Dieu a bien su ce qu'il faisait en décrétant le repos du septième jour ! Les conventionnels voulaient, les insensés, en remontrer au Créateur! D'ailleurs pour ces hommes dénaturés non moins que criminels le Créateur n'existait pas. Leur divinité c'était... quoi donc? La déesse Raison.
2° La déesse Raison... autre invention odieuse et infâme de ces tristes temps. Comme il fallait à la Révolution matérialiste et athée un symbole et des manifestations, la Commune de Paris décida que l'église Notre-Dame serait consacrée au culte de la déesse Raison. La Convention ne rougit pas d'aller en corps rendre ses hommages aune idole honteuse et l'on vit une foule en délire offrir l'encens et les adorations aune femme coiffée d'un bonnet rouge, debout sur l'autel et symbolisant la Raison pure. « La Raison pure, s'écrie Lacordaire, voulut célébrer
ses noces, car elle n'avait célébré sur l'échafaud que ses fiançailles; elle voulut aller plus loin et pousser jusqu'à ses noces. Les portes de cette métropole s'ouvrirent par ses ordres tout-puissants ; une foule innombrable inonda le parvis, menant au maître-autel la divinité qu'on lui avait préparée pendant soixante ans. En dirai-je le nom? L'antiquité avait eu des images qui exposaient la dépravation au culte des peuples; ici c'était la réalité, le marbre vivant d'une chair publique. » Voilà, Messieurs, où aboutissait la Raison pure : à l'impudicité, à une boue infecte détrempée dans le sang! Les grands pontifes dece nouveau culte s'effrayaient eux-mêmes de ces saturnales d'impiété et de vice, et, pour jeter sur l'ordure un masque de religiosité, ils inventèrent en dernier ressort la fôte de l'Etre suprême.
3° La fête de l'Etre suprême. On avait répudié Jésus-Christ, on essaya de le remplacer par l'Être suprême. C'était une nouvelle injure jetée à la face du Christianisme. Robespierre fit voter par la Convention ce décret: « Le peuple français reconnaît l'existence de Dieu et l'immortalité de l'àme. » Cette profession de foi déiste fut inscrite au frontispice des temples restés debout, et Robespierre présida lui-même la première fête instituée en l'honneur de l'Être suprême. Au sang et à la boue venait s'ajouter l'hypocrisie.
— Et maintenant, Messieurs, il nous reste à dégager la grande leçon qui s'échappe des événements que je viens de vous raconter. Ecoutez encore Lacordaire : « La France, dit-il, avait trahi son histoire et sa mission. Dieu pouvait la laisser périr comme tant d'autres peuples déchus par leur faute de leur prédestination. Il ne le voulut point. Il résolut de la sauver par une expiation aussi magnifique que son crime avait été grand. La royauté était avilie; Dieu lui rendit sa majesté, il la releva sur l'échafaud. La noblesse était avilie ; Dieu lui rendit sa dignité, il la releva dans l'exil. Le clergé était avili; Dieu lui rendit le respect et l'admiration des peuples, il le releva dans la spoliation, la misère et la mort. La fortune militaire de la France était avilie ; Dieu lui rendit la gloire, il la releva sur le champ de bataille. » Cûantons, Messieurs, chantons la sagesse, la justice et la miséricorde de Dieu !
SEIZIÈME CONFÉRENCE
L'Église et la Révolution
(suite)
5* LE DIRECTOIRE (de 1795 a 1799)
Messieurs,
Nous avons étudié les combats de l'Eglise sous la Constituante, la Législative et la Convention nationale. Nous sommes en l'année 1795. Le xvme siècle toucheàson terme. C'est le Directoire qui va occuper cette fin de siècle. Contemplons la marche du monde après les affreuses secousses qu'il vient de traverser, et jetons un simple regard sur Paris, sur la France et sur Rome.