II. En France
L'apaisement succédait à la tempête, et peu à peu dans les provinces on se rapprochait de la religion catholique. On a dit que les peuples avaient les gouvernements qu'ils méritaient. Ce n'est pas toujours vrai. Bien souvent la France a été meilleure
que ses gouvernements, et vers l'année 1797 particulièrement la France valait mieux que le, Directoire. Sous la poussée de l'opinion publique. Barthélémy, homme probe et honnête, de mœurs douces et modérées, entra au Directoire, et on entendit retentir, au Conseil des Cinq-Cents des paroles de vraie liberté. Un député lyonnais, Camille Jordan, plaida avec une grande éloquence pour la liberté des cultes et pour le rétablissement de la religion chrétienne : sa proposition fut accueillie et votée. Le même député demanda l'abolition du serment civique qu'une loi fatale avait exigé des prêtres; la loi fut maintenue, mais à une très faible majorité. In autre député, dans la même Assemblée, avait le courage de s'écrier : « Je demanderai ce qu'est devenue la souveraineté du peuple dont on parle à cette tribune en phrases si magnifiques. L'antique religion de nos pères est encore le patrimoine de leurs enfants malheureux ou coupables, et pour le grand nombre, hélas! le seul bien peut-être qui leur reste. J'en atteste les réclamations qui nous parviennent de tous les points de la République et qui rendent un son plus religieux encore que ces cloches d'airain que vous avez fait taire. J'en atteste les temples qui se rouvrent de toutes parts, les autels qui se relèvent, et le concours des fidèles aux solennités trop longtemps interrompues. Et qui de nous persistera donc à substituer sa volonté personnelle à la volonté de tous? » Quand de pareilles paroles
étaient prononcées au Conseil des Cinq-Cents, il est évident qu'elles n'étaient que l'écho de l'opinion générale qui spontanément prenait une orientation vers le Christianisme.
On a dit qu'en 1802, par le Concordat, Napoléon Ier avait restauré le culte et relevé en France la religion catholique. Ce n'est pas tout à fait vrai. Avant 1802, dès les années du Directoire, l'Eglise ravagée par la tempête renaissait de ses cendres. Le peuple de France reprenait le chemin de ses temples et revenait à ses habitudes religieuses traditionnelles.
Napoléon, qui était intelligent et avisé, constata ce mouvement de retour à la vieille foi ; il le consacra officiellement en entrant en rapport avec la Papauté. Certes je ne veux pas diminuer son mérite qui fut réel. Je tiens seulement à bien établir la vérité historique et à vous faire remarquer que la renaissance du Christianisme dans les mœurs est antérieure à sa renaissance dans les lois. Il y a là une leçon à recueillir. Mettez, Messieurs, mettez la religion dans vos vies et dans votre entourage; créez de la sorte une opinion publique favorable à la religion. C'est le seul moyen pratique de préparer des Législateurs qui respecteront vos croyances et qui donneront à la nation affamée de concorde des lois de justice et de liberté. Ce ne sont pas généralement leslois qui font les mœurs; ce sont les mœurs qui créent à leur image la législation. — Et pendant que la France s'éveillait à une vie nouvelle sous le
Directoire, que devenait l'Eglise universelle, la Papauté, Pie VI?