III. A Rome
Dans la Ville Eternelle siégeait un Pape très vieux, sans aucun appui humain, ayant contre lui la Turquie mahométane, la Russie schisniatique, l'Allemagne infectée de protestantisme et de Joséphisme, la Scandinavie et l'Angleterre hérétiques, la France révolutionnée et révolutionnant toute l'Europe . Le vieux Pape ne peut compter surl'Espagne qui vient de faire sa paix avec la République française, ni sur Naples qui s'apprête sous main à en faire autant. D'ailleurs l'Espagne, Naples, l'Autriche même laisseront faire pour peu qu'on leur promette quelque lambeau de l'Italie, en particulier des Etats romains.
Le moment est bon pour tomber sur la Papauté. Le Directoire qui comptait parmi ses membres un prêtre apostat, Siéyès, et parmi ses ministres un évêque apostat, Talleyrand, n'y manqua pas. D'abord on demande à Pie VI une chose impossible : de retirer ses brefs contre la constitution civile du clergé. 11 s'y refuse.
L'Armée française s'empare des trois Légations de Bologne, de Ferrare et de Ravenne. Vers la fin de la même année 1797,1e général Duphot, attaché
à l'ambassade de France, ayant été tué à Rome dans une émeute, le Directoire enjoint aux troupes françaises d'envahir les Etats de l'Eglise. On signifie au Pape que sou domaine temporel cesse d'exister. Les cardinaux sont contraints de s'exiler et de se disperser.
Pie VI, malgré ses cuatre-vingt-un ans, est luimême emporté de Rome comme un captif. Il est traîné à Florence, à Pise, à Briançon, à Valence, recueillant partout sur ses pas les hommages et les ovations du peuple chrétien. Il meurt à Valence le 29 août 1799, après vingt-quatre ans six mois et quatorze jours de Pontificat.
Et l'impiété s'écrie: « C'est le dernier des Papes ! » Non, Messieurs. L'Eglise n'est pas morte avec Pie VI. L'Eglise n'est pas morte avec le xvnf siècle. Elle va ressusciter. Les sophistes et les bourreaux ont épuisé sur elle leur rage impuissante. Elle survit aux bourreaux et aux sophistes. Chantons son immortalité!
Amen !
DIX-SEPTIÈME CONFÉRENCE
L'Église et la France à la fin du XVIIIe siècle
Depuis un an j'essaie de vous raconter les combats de l'Eglise. Je vous ai dit les combats de l'Eglise primitive, les combats de l'Eglise au moyen âge, les combats de l'Eglise dans les temps modernes. Nous en étions à la Révolution. En terminant cette étude si mouvementée, je vous invite à jeter un dernier regard sur l'Eglise et sur la France à la fin du xvme siècle.